‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 280 sur 340 · UNE IDÉE · texte numérisé non relu

UNE IDÉE

Am : Soir pi matin sur la futisère.

Des maux présents l'âme obsédée Je rêvais en vrai songe-creux, Quand devant moi passe une idée.

Une idée! Oui, bourgeois peureux.

Celle-ci, Messieurs, jeune et belle, Est faible encor; mais je prétends, Si le bon Dieu prend pitié d'elle.

La voir grandir en peu de temps.

CHANSONS DE BERANGER

Je lui crie : — Où vas-tu, pauvrette?

Maint gendarme t'attend là-bas ; Des mouchards la foule te guette ; Le commissaire suit tes pas.

— Tant de peine qu'on leur voit prendre. Dit-elle, accroît l'espoir que j'ai :

Du peuple ils me font mieux comprendre; C'est un commentaire obligé.

— Moi qui suis vieux, pour toi je tremble; On va te barrer le chemin.

Vois ces bataillons qu'on rassemble , Ces escadrons le sabre en main.

— Bien mieux que tambours et trompettes Réveillant un cœur endormi ,

Je passe entre les baïonnettes Pour recruter chez l'ennemi.

— Fuis, mon enfant; fuis, je t'en prie; On détruira jusqu'à ton nom.

Vois-tu venir l'artillerie?

La mèche approche du canon.

— Peut-être aussi sera-t-il nôtre, Ce canon qui fait ton effroi.

C'est un avocat comme un autre :

Il peut demain plaider pour moi.

— Les députés t'ont prise en haine.

— Au plus fort ils donnent raison.

— Les ministres forgent ta chaîne.

— Mes ailes poussent en prison.

— Contre toi l'Église aussi gronde.

— A son encens j'aurai mon tour.

— Les rois te bannissent du monde,

— Je me cacherai dans leur cour.

Mais soudain quel affreux carnage !

Partout du sang ! partout la mort !

La discipline ôte au courage Le prix d'un héroïque effort.

C'est eu vain. Plus forte et plus calme, L'Idée , embrassant uu tombeau , Aux vaincus décerne une palme Et s'envole avec leur drapeau.

CHANSONS DE BERANGER

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