‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 283 sur 340 · LA COURONNE RETROUVEE · texte numérisé non relu

LA COURONNE RETROUVEE

Air :

Bon Dieu 1. que vois-je? une couronne Dont chaque rose a plus de trente hivers !

Où, malgré l'orgueil qu'il nous donne, Sèche un laurier peu respecté des vers. C'est un débris du temps où ma naissance Était fêtée, hélas 1 comme un heau jour.

Ce laurier parlait d'espérance ; Ces fleurs parlaient d'amour.

Et ces convives si fidèles , Au joyeux chant qui rend l'aï plus doux,

Que plus tard j'ai pris sous mes ailes, Pensent-ils même à moi, qui pense à tous? Oiseaux charmants, au souvenir volage, Tous sont épars, chacun dans son enclos.

Nous n'avons plus le même ombrage , Plus les mêmes échos.

Quel souvenir de ma jeunesse Le sort moqueur me fait là retrouver I

0 jours de joie et de tendresse 1 Nous n'étions rien; nous pouvions tout rêver. Amis si gais , maîtresse folle et bonne , Nul astre encore à mon œil n'avait lui

Quand vos mains tressaient la couronne Qui m'attriste aujourd'hui.

Et la beauté tendre et rieuse Qui de ces fleurs me couronna jadis?

Vieille , dit-on , elle est pieuse ; Tous nos baisers, les a-t-elle maudits?

J'ai cru que Dieu pour moi l'avait fait naître ; Mais l'âge accourt qui vient tout effacer.

0 honte ! et sans la reconnaître Je la verrais passer !

Oui, ces fleurs ont paré ma tête Dans un banquet d'enivrante gaieté.

Un seul de nous donnait la fête ; Ami discret, doiLX à ma pauvreté.

Las 1 il n'est plus ; mais j'entends sa parole : « Chante, dit-il, tandis que nous passons. »

Et sa belle âme un jour s'envole Au bruit de nos chansons.

Cette couronne si flétrie Fut belle aussi le jour où je l'obtins.

Quelle âme est à ce point tarie.

D'être sans pleurs pour ses amours éteints? Aux longs regrets la mienne s'abandonne. De mon bonheur unique et vain lambeau ,

Ah 1 que n'as-tu , pâle couronne , Séché sur mon tombeau !

CHANSONS DE BERANGER

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