‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 295 sur 340 · PANTHÉISME · texte numérisé non relu

PANTHÉISME

A UN ANCIEN PnOPIIETE SAINT-SIM ONIE.X

Air de la Pipe de tabac.

Salut et gloire , ô mon prophète !

Ton front rayonne, et devant toi

Tombe le Christ, dont la défaite

Va nous valoir une autre loi.

Toi qui sais Dieu, l'homme et notre âme.

Prends ma table pour Sinaï ;

Parle, et ta loi, je la proclame

Au bruit de vingt bouchons d'aï.

Chantons un hymne à la matière, Que tu rétablis dans ses droits.

Ta loi l'institue héritière De tous les cultes à la fois.

Le pape en déchire sa robe , Mahomet n'a plus feu ni lieu.

Vivat I nous verrons sur le globe Ton dieu régner, s'il plaît k Dieu.

Tu divinises la nature ; Épicure autrefois l'osa.

Lucrèce a tenté l'aventure Dont l'honneur reste à Spinosa.

Finis la statue ébauchée ; Rends-la plus belle, orno-la mieux.

C'est la matière endimanchée Qu'un panthéisme ingénieux.

Mais, vient dire un vieux moniiislp, La matière a vaincu sans vous.

Reine de notre âge égoïste ,

Nous lui devons mœurs , lois et goûts.

Pour faire action méritoire,

Mieux vaudrait, apôtres nouveaux.

Enrayer son char de victoire

Que d'aiguillonner ses chevaux.

Votre Dieu, disent les sceptiques, S'il vit en nous, à l'être humain Dut montrer, dès les temps antiques.

Le but, la borne et le chemin.

Eu vain donc la raison s'éveille ; Au progrès l'homme aspire à tort ; Il essaime comme l'abeille.

Il bâtit comme le castor.

Le poëte qu'un souffle agite

Crie : Eh quoi ! l'âme, à notre mort.

Sans mémoire, de gite en gîte,

Entre au hasard, pleure et puis sort I

Prostituée et vagabonde ,

Quoi ! cette âme , esclave ici-bas ,

N'a point de ciel où fuir un monde

Qu'elle sent crouler sous ses pas!

Le Très-Haut, t'écrit un saint prêtre, Roi des cieux, est notre soutien.

C* Dieu seul à tout donna l'être ; Tous les germes sont dans le tien.

CHANSONS DE BERANGER

A l'uu on va par la pensée ;

Vivants ou morts, l'autre est en nous.

De l'un l'âme est la fiancée ;

De tous les corps l'autre est l'époux.

Prophète, ces gens déraisonnent.

Ils prédiront, dans leurs regrets, Qu'au sol où les tyrans moissonnent Ton culte fournira l'engrais.

Plus d'un républicain le pense, Aveugle qui préfère encor Au panthéisme à large panse Le mysticisme aux ailes d'or.

Ne connais-tu pas Don Quichotte?

Voilà l'esprit pur, lance au poiug.

Son écuyer boit, mange et rote; C'est la chair en grossier pourpoint.

Pour que Sancho nous moralise.

Entre la broche et le cellier, Sous les dalles de notre église Enterrons le preux chevalier.

Gloire au grand Pan! qu'il soit fétiche,

Loup, bœuf, ibis, singe, éléphant;

Qu'il soit cet Olympe si riche

En symboles d'un monde enfant.

Qu'il soit Phallus! Vois, ô mon maître!

Les fêtes qui vont avoir lieu.

De ton Dieu que de dieux vont naître !

Puisqu'il est tout, tout sera Dieu.

CHANSONS DR RÉRANGER

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