‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 333 sur 340 · LA MAITRESSE DU ROI · texte numérisé non relu

LA MAITRESSE DU ROI

Air

Mère, dans sa riche voiture

Par six chevaux conduite au pas ,

Quelle divine créature !

C'est notre roiiie; oui, n'est-ce pus?

LA MKRE.

Jamais la reine, qu'on délaisse, N'eut, ma fille, un luxe cffronttV Honte à cette folle beauté I Du roi ce n'est que la maîtresse.

630 CHANSONS DE BÉRANGER

— Ah ! je voudrais, dit la fille à part soi,

Devenir maîtresse d'un roi.

LA FILLE

Mère, vois briller sur sa tête L'ur, les perles, les diamants.

A-t-elle donc, aux jours de fête, De idus splendides vêtements?

LA MÈRE

Malgré dentelles et panaches,

Ses traits chez nous sont bien connus.

Elle a fui d'ici les pieds nus.

Où, pauvre, elle gardait nos vaches.

— Ah! je voudrais, dit la fille à part soi, Devenir maîtresse d'un roi.

LA FILLE

Qui survient ? Dame belle et lière.

Son carrosse, au galop conduit, Jette à l'autre un flot de poussière , Et, l'accrochant, fait rire et fuit.

LA MÈRE

Rivale qu'un grand nom abrite, Cette dame, osant tout tenter.

Jusqu'au lit du roi veut monter Pour écraser la favorite.

— Ahl je voudrais, dit la fille à part soi, Devenir maîtresse d'un roi.

LA FILLE

Le roi défend celle qu'il aime.

A cheval, un jeune seigneur Veille sur elle, et, beau lui-même.

D'un àoMX regard quête l'honneur.

Bis.

LA MERE

Fils d'une race renommée,

Il sait complaire, et va, dans peu.

Obtenir ou le cordon bleu ,

Ou le plus haut rang dans l'armée.

— Ah! je voudrais, dit la fille à part soi, Devenir maîtresse d'un roi.

LA FILLE

Ou arrête ; elle veut descendre.

S'avance un prêtre au noble aspect.

La main qu'elle daigne lui tendre, Mère, il la baise avec respect.

LA MÈRE

Pour être évêque, à cette ouaille, Par lui que d'encens est offert ; Par lui qui va parler d'enfer Au pécheur mourant sur la paille !

— Ah! je voudrais, dit la fille à part soi. Devenir maîtresse d'un roi.

LA FILLE

Voilà que passe devant elle Une noce de villageois.

L'épousée en paraît moins belle ; L'époux va rougir de son choix.

LA MÈRE

Non ; ne crains rien. Dans leur cabane La misère a trop bien compté Les sueurs qu'au peuple ont coûté Les vices de la courtisane.

— Ah 1 je voudrais, dit la fille à part soi . Devenir maîtresse d'un roi.

CHANSONS DR DERANGER

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