‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 338 sur 340 · L'OLYMPE RESSUSCITE · texte numérisé non relu

L'OLYMPE RESSUSCITE

AïK : Je remaniais Madulinclle , ou le Violon t)ri>i.

Rien ne s'en va qui ne revienne, Sinon toujours, au moins trois fois Des Jésuites qu'il vous souvienne ; Qu'il vous souvienne aussi des rois.

Les dieux s'en vont, mais en province.

Là que de dieux j'ai dccouverls , De ceux que le bon sens i^viucc De notre ciel et de nos ver»!

CHANSONS DE DÉRANGER

J'entre dans une académie, Où le beau parleur du canton Prédit qu'une école ennemie Aura le sort de Phaéton.

Puis un prêtre, en citant Hprace, Me dit : — J'ai du vin renommé; Venez diner sur mon Parnasse , Coteau ijuc Flore a parfumé.

Chez ce curé, rimeur classique, A table je me vois assis Entre Momus, fils de l'Attique, Et Jupiter aux noirs sourcils.

Tout l'Olympe dîne à la cure :

Phébus mange en auteur glouton, Neptune trinque avec Mercure , Bacchus rit au nez de Pluton.

Si Minerve est toujours bégueule, Vénus, qui tient Mars aux arrêts.

De Champagne arrose la meule Où l'Amour dérouille ses traits.

« Dieux puissants, leur dis-jc après boire, « A vos atours secs et mesquins , « En vous, des vieux peintres d'histoire ' Je crois voir tous les mannequins.

o — Lasl nos vainqueurs, faisant ripaille, « Répondent-ils, depuis vingt ans » Ont mis l'Olympe sur la paille.

« Eucor si c'étaient des Titans! »

Mais bilenci' ! Aiiollou s'enllanime.

Le dieu dit : » Monsieur le curé,

<i Pour l'Olympe, dont je suis l'àme, « Ne chantez plus Miserere.

« Les doigts de rose de l'Aurore « Vont enfin nous rouvrir les cieux.

a Ce qui fut doit renaître encore :

« Les morts ne sont jamais trop vieux.

« Curé , par un retour de mode , « Troquant l'excès contre l'abus , i Vous remonterez d'ode en ode , a Du galimatias au phébus.

c C'est nous que la sculpture invoque; I La peinture nous reviendra.

« Rentrons, pour illustrer l'époque, « Dans les gloires de l'Opéra.

" La harpe et la mythologie « Vont saper un Pinde ostrogoth ; « Pour nous ont combattu l'orgie , « Le laid, le trafic et l'argot.

« Déjà meurt l'école nouvelle ; « Déjà Satan bâille et s'en va.

« Viens, Jupin, du haut de l'échelle « Voir dégringoler Jéhovah.

« A nous si l'ennemi s'oppose, « Passons, sans crainte de revers, « Entre les vides de la prose « Et le vide plus grand des vers.

» Que de bourreaux eu prose, en rimes I « Que de meurtres qui font pitié!

I Muses , vite , à travers ces crimes » Passez sur la pointe du pied.

CHANSONS DE BÉRANGER

«r Grâce aux doctrines éclectiques,

!■ En France on doit s'entendre au mieux

" A redorer les basiliques,

« A rebadigeonner les dieux.

« En avant l'Olympe homérique !

« Vieux Pégase, accours, et je pars.

« Mais respect à la politique !

« Ici laissons Neptune et Mars.

« Las de notre long ostracisme , a Paris va nous tendre les bras ; 0 II prouve assez son atticisme « Par le cortège du bœuf gras.

'< — Ah! dit le curé, sur tes traces, <■ Phébus, nous touchons à nos fins.

'<■ Chantez, Amours, Muses et GrAces » Faites la barbe aux Séraphins. »

« Le Bon Sens, à notre passage, 1 Dira : Puisque je n'y peux rien , '< Vivent les dieux ! Qu'importe au snge « D'être à la fois juif et païen !

Rien ne s'en va qui ne revienne.

Sinon toujours, au moins trois fois ; Des Jésuites qu'il vous souvienne; Qu'il vous souvienne aussi des rois.

CHANSONS DE BERANGER

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