‹ Chansons de P.J. de Béranger (volume 2)Chapitre 25 sur 95 · COLIBRI · texte numérisé non relu

COLIBRI

Air : Garde à vous.

Mes amis ,

J'ai soumis L'enfer à ma puissance.

De son obéissance J'ai pour gage certain

Un lutin. (^bis.)

Sous forme d'oiseau- mouche A mon chevet il couche.

Lutin doux et chéri , Baisez-moi, Colibri.

Colibri! (ter.)

S'éveillant ,

Babillant, Au jour qui naît et brille , Son petit corps scintille

D emeraude et d'azur

Et d'or pur.

Fleur qui cherche sa tige, Le voilà qui vohige :

L'aurore en a souri.

Baisez-moi, Cohbri.

CoHbri !

Je le vois

A ma voix Voler vers qui m'implore.

Ses ailes font eclore Richesse, honneurs, amours

Et beaux jours.

Quelque soif qui m'embrase , Il peut remplir le vase Que ma bouche a tari. Baisez-moi, Colibri.

Colibri !

Je puis voir Son pouvoir

s-)^ 153 ^—3 Franchir l'espace et l'onde ; Du Pérou, de Golconde M'apporter, dans nos ports,

Les trésors.

Mais, non; point d'opulence, Quand un peuple en silence Souffre et meurt sans abri.

Baisez-moi, Colibri.

Colibri !

Je puis voir

Son pouvoir Me donner des couronnes ,• Des palais à colonnes.

Des gardes et l'amour

D'une Cour.

Mais, non; j'en sais l'histoire Le monde , à tant de gloire , De douleur pousse un cri.

Baisez-moi, Colibri.

Colibri !

Demandons

Pour seuls dons , Simple toit, portes closes; Des chants, du vin, des roses.

Et la paix d'un reclus ,

Rien de plus.

Mon paradis s'arrange, Dieux! et l'oiseau se change En piquante houri.

Baisez-moi, Colibri.

Colibri !

Colibri !

Colibri !

EMILE DEBRAUX '^.

CHANSON-PROSPECTUS POUR LES OEUVRES DE CE CHANSONNIER. Air : Dis-moi, soldat, t'eo souviens-tu?

Le pauvre Emile a passé comme une ombre, Ombre joyeuse et chère aux bons vivans. Ses gais refrains vous égalent en nombre, Fleurs d'acacia qu'éparpillent les vents. Debraux, dix ans, régna sur la goguette, Mit l'orgue en train et les chœurs des faubourgs, Et, roulant roi, de guinguette en guinguette, Du pauvre peuple il chanta les amours.

Toujours enfant, gai jusqu'à faire envie, En étourdi vers le plaisir poussé; Pouffant de rire à voir couler sa vie Gomme le vin d'un tonneau défoncé; Sifflant le sot sous les croix qu'il découvre , Ou sur son char le grand mal affermi ; Sans s'informer par où l'on monte au Louvre, Du pauvre peuple il est resté l'ami.

^^ 156 ^-^ Mais, dites-vous, il avait donc des rentes? Eh! non, messieurs; il logeait au grenier. Le temps, au bruit des fêtes enivrantes, Râpait, râpait l'habit du chansonnier.

Venait l'hiver ; le bois manquait à l'âtre ; La vitre , au nord , étincelait de fleurs ; Il grelottait, mais sa muse folâtre Du pauvre peuple allait sécher les pleurs.

De l'oeil des rois on a compté les larmes; Les yeux du peuple en ont trop pour cela. La France alors pleurait l'éclat des armes Et les grandeurs dont le cours l'ébranla. Ta voix, Emile, évoquant notre histoire. Du cabaret ennoblit les échos.

C'était l'asile où se cachait la gloire. Le pauvre peuple aime tant les héros !

Bien jeune, hélas! il descend dans la fosse. Je l'ai conduit où vieux j'irai demain. Chantant au loin, des buveurs à voix fausse. Aux noirs pensers m'arrachaient en chemin.

s— V 1 57 -<— Œ C étaient ses chants que disait leur ivresse, Chants que leurs iSls sauront bien rajeunir. De son passage est-il un roi qui laisse Au pauvre peuple un si doux souvenir ?

De sa famille allégez l'indigence • Riches et grands, achetez ce recueil.

A tant d'esprit passez la négligence :

Ah! du talent le besoin est l'écueil.

Ne soyez point ingrats pour nos musettes ; Songez aux maux que nous adoucissons.

Pour s'en tenir au lot que vous lui faites. Le pauvre peuple a besoin de chansons.

s-> 159 <-^ LE PROVERBE.

Air :

Epris jadis d'une princesse, Alain vit son cœur rejeté.

Simple écuyer, né sans noblesse, Comme un vilain il fut traité.

La princesse avait une dame, Dame d'honneur, fleur au déclin.

Alain lui transporte sa flamme ; Il est traité comme un vilain.

La dame avait une suivante Qui tenait à la qualité.

En vain de lui plaire il se vante ; Comme un vilain il est traité.

La suivante avait sa soubrette :

Celle-ci cède au pauvre Alain, Surprise, tant bien il la traite, Qu'on Fait traité comme un vilain.

^^ 160 ^e-s La suivante qu'un mot éclaire, Court après Alain mieux goûté.

La dame à son tour veut lui plaire j Comme un baron il est traité.

La princesse enfin moins superbe Ouvre au galant ses draps de lin.

Depuis lors, adieu le proverbe Qui dit : traité comme un vilain.

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