JUILLET
Air des Trois Couleurs.
Quoi! vous fuyez, vous, les vainqueurs du monde! Devant Leipzig le sort s'est-il mépris ? Quoi ! vous fuyez ! et ce fleuve qui gronde , D'un pont qui saute emporte les débris ! Soldats, chevaux, pêle-mêle, et les larmes, Tout tombe là ; l'Elster roule entravé. Il roule sourd aux vœux, aux cris, aux larmes : « Rien qu'une main , (bis) Français , je suis sauvé ! »
« Rien qu'une main ? malheur à qui l'implore ! « Passons, passons. S'arrêter! et pour qui? » Pour un héros que le fleuve dévore :
Blessé trois fois, c'est Poniatowski.
Qu'importe! on fuit. La frayeur rend barbare. A pas un cœur son cri n'est arrivé.
De son coursier le torrent le sépare : '< Rien qu'une main, Français, je suis sauvé!
sî— V 1 66 ■<—& Il va périr; non; il lutte, il surnage; Il se rattache aux longs crins du coursier. « Mourir noyé ! dit-il , lorsqu'au rivage « J'entends le feu , je vois luire l'acier ! « Frères, à moi! vous vantiez ma vaillance. « Je vous chéris; mon sang l'a bien prouvé. « Ah ! qu'il m'en reste à verser pour la France ! «Rien qu'une main, Français, je suis sauvé! >>
Point de secours ! et sa main défaillante Lâche son guide : adieu, Pologne, adieu! Mais un doux rêve, une image brillante Dans son esprit descend du sein de Dieu. « Que vois-je? enfin , l'aigle blanc se réveille, « Vole, combat, de sang russe abreuvé.
" Un chant de gloire éclate à mon oreille. « Rien qu'une main , Français, je suis sauvé ! »
Point de secours! il n'est plus; et la rive Voit l'ennemi camper dans ses roseaux.
Ces temps sont loin, mais une voix plaintive Dans l'ombre encore appelle au fond des eaux.
Et depuis peu, (grand Dieu, fais qu'on me croie!) Jusques au ciel son cri s'est élevé.
Pourquoi ce cri que le ciel nous renvoie : « Rien qu'une main, Français, je suis sauvé! »
C'est la Pologne et son peuple fidèle Qui tant de fois a pour nous combattu. Elle se noie au sang qui coule d'elle. Sang qui s'épuise en gardant sa vertu.
Comme ce chef mort pour notre patrie.
Corps en lambeaux dans l'Elster retrouvé. Au bord du gouffre un peuple entier nous crie : « Rien qu'une main, Français, je suis sauvé ! »
HATONS-NOUS!
FÉVUIER 1831.
AiR : Ah ! si ma dame me voyait.
Ah! si j'étais jeune et vaillant,
Vrai hussard, je courrais le monde,
Retroussant ma moustache blonde,
Sous un uniforme brillant ,
Le sabre au poing et bataillant.
Va , mon coursier, vole en Pologne :
Arrachons un peuple au trépas.
Que nos poltrons en aient vergogne.
Hâtons-nous; l'honneur est là bas. (éw.)
Si j'étais jeune, assurément J'aurais maîtresse jeune et belle.
Vite en croupe, mademoiselle; Imitez le beau dévouement Des femmes de ce peuple ainîant.
Vendez vos parures j oui, toutes.
En charpie emportons vos draps.
De son sang sauvez quelques gouttes.
Hâtons-nous j l'honneur est là bas.
Bien plus j si j'avais des millions , J'irais dire aux braves Sarmates :
Achetons quelques diplomates, Beaucoup de poudre, et rhabillons Vos héroïques bataillons.
L'Europe qui marche à béquilles , Riche goutteuse, ne croit pas A la vertu sous des guenilles.
Hâtons-nous; l'honneur est là bas.
Pour eux, si j'étais roi puissant.
Combien je ferais plus encoi^e !
Mes vaisseaux, du Sund au Bosphore,
Iraient réveiller le Croissant,
Des Suédois réchauffer le sang;
Criant: Pologne, on te seconde!
Un long sceptre au bout d'un bon bras
Peut atteindre aux bornes du monde.
Hâtons-nous; l'honneur est là bas.
Si j'étais un jour, un seul jour, Le dieu que la Pologne implore, Sous ma justice, avant l'aurore.
Le czar pâlirait dans sa Cour :
Aux Polonais tout mon amour!
Je saurais, trompant les oracles, De miracles semer leurs pas.
Hélas! il leur faut des miracles!
Hâtons-nous; l'honneur est là bas.
Hâtons-nous! mais je ne puis rien. O Roi des cieux, entends ma plainte Père de la liberté sainte.
De ce peuple unique soutien.
Fais de moi son ange gardien.
Dieu, donne à ma voix la trompette Qui doit réveiller du trépas.
Pour qu'au monde entier je répète :
Hâtez-vous; l'honneur est là bas.
173 <-^^ L^ÉGRIYAIN PUBLIC.
COUPLETS DE FETE ADRESSES A M. J. LAFFITTE, PAK DES ENFANS QUI IMPLORAIENT SA BIENFAISANCE. ^'
Air de la République.
LES ENFANS
Daignez, monsieur, nous servir d'interprète. Chantez, pour nous, Jacques qui fait du bien,
l'écrivain.
A le louer, enfans, ma plume est prête. Des malheureux, oui, Jacque est le soutien. Je le peindrai pur, dans son opulence, Des titres vains dont l'orgueil se nourrit.
LES ENFANS
Chantez plutôt notre reconnaissance :
Des enfans n'ont pas tant d'esprit.
l'écrivain.
On peut chez lui célébrer la richesse Qui trop souvent corrompit les humains.
Fruit du travail, tout l'argent de sa caisse Sans les salir, a passe dans ses mains. Parfois chez nous la probité prospère ; Aux grands talens parfois le ciel sourit.
LES ENFANS
Parlez plutôt de notre pauvre père :
Des enfans n'ont pas tant d'esprit.
l'écrivain.
Je veux surtout le peindre à la tribune. A la raison sa voix donna l'essor.
Il défendit la publique fortune Lorsqu'aux proscrits il prodiguait son or. 11 nous montra la patrie expirante Sur des trésors que le pouvoir tarit.
LES ENFANS
Peignez plutôt notre mère souffrante :
Des enfans n'ont pas tant d'esprit.
l'écrivain.
Je veux aussi peindre la calomnie :
Point de vertus que respectent ses traits.
Mais par le souffle une glace ternie , Plus pure aux yeux brille l'instant d'après. En vain des sots il connut l'inconstance, Du citoyen la palme refleurit.
LES ENFANS
Dites plutôt qu'il est notre espérance Des enfans n'ont pas tant d'esprit.
l'écrivain.
Pauvres enfans! je vois ce qu'il faut dire : De vos pai-ens Jacque est l'unique appui. Les biens si chers auxquels un père aspire, Vous priez Dieu de les verser sur lui. Pour lui porter ces vœux d'une âme pure, Vous attendiez que sa poi'te s'ouvrît.
Plus grands que vous passent par la serrure; Des enfans n'ont pas tant d'esprit.