‹ Chansons de P.J. de Béranger (volume 2)Chapitre 38 sur 95 · PREDICTION DE NOSTRADAMUS · texte numérisé non relu

PREDICTION DE NOSTRADAMUS

POUR l'an DEUX MIL.

Air des Trois Couleurs.

Nostradamus, qui vit naître Henri quatre, Grand astrologue, a prédit dans ses vers, Qu'en l'an deux mil, date qu'on peut débattre. De la médaille on verrait le revers.

Alors, dit-il, Paris dans l'allégresse.

Au pied du Louvre ouïra cette voix :

« Heureux Français, soulagez ma détresse; « Faites Taumone (bis) au dernier de vos rois. »

Or, cette voix sera celle d un homme Pauvre, à scrofule, en haillons, sans souliers. Qui, né pi^oscrit, vieux, arrivant de Rome, Fera spectacle aux petits écoliers.

Un sénateur criera : « L'homme à besace ! « Les mendians sont bannis par nos lois. » — « Hélas! monsieur, je suis seul de ma race. « Faites l'aumône au dernier de vos rois. »

^-> 236 ^-^ « Es-tu vraiment de Ja lace royale? « — « Oui, répondra cet homme, fier encor. « J'ai vu dans Rome, alors ville papale, « A mon aïeul, couronne et sceptre d'or. « Il les vendit pour nourrir le courage « De faux agens , d'écrivains maladroits. « Moi , j'ai pour sceptre un bâton de voyage. « Faites l'aumône au dernier de vos rois.

« Mon père âgé, mort en prison pour dettes, « D'un bon métier n'osa point me pourvoir. « Je tends la main; riches, partout vous êtes « Bien durs au pauvre, et Dieu me l'a fait voir. « Je foule enfin cette plage féconde « Qui repoussa mes aïeux tant de fois. « Ah ! par pitié pour les grandeurs du monde , « Faites l'aumône au dernier de vos rois.

Le sénateur dira : « Viens ; je t'emmène « Dans mon palais; vis heureux parmi nous. '< Contre les rois nous n'avons plus de haine : « Ce qu'il en reste embrasse nos genoux.

^~> 237 <-s « En attendant que le sénat décide « A ses bienfaits si ton sort a des droits, « Moi, qui suis né d'un vieux sang régicide, n Je fais l'aumône au dernier de nos rois. »

Nostradamus ajoute en son vieux style : La république au prince accordera Cent louis de rente, et, citoyen utile, Pour maire, un jour, Saint-Cloud le choisira. Sur l'an deux mil on dira dans l'histoire, Qu'assise au trône et des arts et des lois, La France en paix, reposant sous sa gloire, A fait l'aumône au dernier de ses lois.

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