‹ Chansons de P.J. de Béranger (volume 2)Chapitre 82 sur 95 · L'ÉVÉNEMENT DU JOUR · texte numérisé non relu

L'ÉVÉNEMENT DU JOUR

Air

N'y a pas de mouchard où c'que nous v'ià, Cadet, que dis-tu de c'tour-là?

Sauver son mari ! conviens-tu Qu' c'est d'un' femme qu'a bien d'ia vertu. Moi, batelier d'ia Guernouillière, Quoique Tmariage ne m'tent' guère, Ah I ah !

Je voudrais oui dà, Epouser un' comtesse comm' ça.

C'te femm' là m'conviendrait beaucoup, A sa santé buvons un coup.

. Malade, mais n'se r'butant pas, La pauv' mère y perd tous ses pas, Pour son mari, d'puis une s'maine, Sur les g'noux on dit qu'ell'se traîne; Ah! ah!

Je voudrais oui dà, Épouser un' comtesse comm' ça.

' i5 décembre i8i5, évasion de La Valette.

Sachant qu'à son mari l' lend'main On doit fair' prendre un vilain ch'min^ Pour l'tirer d' prison tant bien qu' mal Eir lui met sa robe et son schall — Lui disant : Souviens-toi d'ton poste ... Pour courir plus vit' prends la poste.

Ah! ah!

Je voudrais oui dà, Épouser un' comtesse comm' ça.

Le roi que c'beau trait z'a touché, N'fait qu'semblant d'en être fâché ; Mais nos députés furibonds En sont colèr' comme des dindons.

C'te femme-là f ra crever de rage, Tous ces p'tits seigneurs de village.

Ah! ah!

Je voudrais oui dà.

Épouser un' comtesse comm' ça.

Cadet, nous qui somm' gens d'honneur, Buvons encore à son bonheur; Pour moi qui babill' sans raison, Et qui crains d'pourrir en prison ; D'même que ben d'autres du fond d' l'ame,^ Je souhaitons un' pareille femme.

Ah ! ah !

Je voudrais oui dà, Épouser un' comtesse comm' ça.

s—t> 4.5 <— «s LE PORTE-COTON DU ROI.

Air : "V'Ià c' qu' c'est qu' d'aller au bois .

D'un Roi qu'on désirait, dit-on, C'est moi qui suis porte-coton.

A la cour tenant bien ma place,

Je vois, quoi qu'il fasse,

Le Roi face à face.

Français, honorez tous en moi,

Le porte-coton du Roi.

Mes honneurs, long-temps abolis,

Refleurissent avec les lis.

Au Louvre enfin, la bonne chère

De mon savoir-faire

Fait un ministère.

Français, honorez tous en moi.

Le porte-coton du Roi.

L'an passé, l'on sait que céans Nous avons craint mons d'Orléans ; Mais de coton faisant dépense,

Lui-même je pense,

Eut mal à la panse.

Français, honorez tous en moi,

Le porte-coton du Roi .

Aujourd'hui ne voilà-t-il pas Qu'au nom du roi des Pays-Bas, Mon maître qui respire à peine,

Tenant sa bedaine,

Près de moi se traîne.

Français, honorez tous en moi,

Le porte-coton du Roi.

Fils d'un vaurien dont les projets Donnaient la colique aux Anglais, Un autre petit personnage ,

Malgré son bas âge.

M'accable d'ouvrage.

Français, honorez tous en moi.

Le porte-coton du Roi.

Un trône où même on est porté, Est un siège un peut haut monté ; Sa Majesté, ne vous déplaise,

Bien plus à son aise

S'assied sur ma chaise.

Français, honorez tous en moi.

Le porte-coton du Roi.

Lorsque le coton manquera,

Et c'est quand Wellington voudra ;

Qu'une Charte que sans réserve

Personne n'observe.

De coton me serve.

Français, honorez tous en moi,

Page 1