‹ Chansons de P.J. de Béranger (volume 2)Chapitre 9 sur 95 · LE CARDINAL ET LE CHANSONNIER · texte numérisé non relu

LE CARDINAL ET LE CHANSONNIER

Air : Je vais Lientôt qiiitter l'empire.

Quel beau mandement vous nous faites 7 !

Prélat, il me comble d'honneur !

Vous lisez donc mes cbansonnettes ?

Ah! je vous y prends, Monseigneur, (pis.)

Entre deux vins, souvent ma muse

Perdit son bandeau virginal.

Petit péché , si son ivresse amuse.

Qu'en dites-vous , monsieur le Cardinal.**

Çà, que vous semble de Lisette

Qui dicta mes chants les plus doux ?

Vous vous signez sous la barrette!

Lise a vieilli; rassurez-vous.

Des jésuites elle raffole ^;

Et priant Dieu tant bien que mal,

e-^ 62 <-^ Pour leurs enfants Lise tient une école. Qu'en dites-vous, monsieur le Cardinal?

A chaque vers patriotique 9 ,

Je vous vois me faire un procès.

Tout prélat se croit hérétique

Qui chez nous a le cœur français.

Sans y moissonner, moi, pauvre homme.

J'aime avant tout le sol natal.

J'y tiens autant que vous tenez à Rome.

Qu'en dites-vous , monsieur le Cardinal ?

Puisque vous fredonnez mes rimes. Vous grand lévite ultramont ain , N'y trouvez-vous pas des maximes Dignes du bon Samaritain ^°?

D'huile et de baume les mains pleines , Il eût rougi d'aigrir le mal.

Ah! d'un captif il n'eût vu que les chaînes.

Qu'en dites-vous , monsieur le Cardinal ?

Enfin , avouez qu'en mon livre ,

Dieu brille à travers ma gaîté.

Je crois qu'il nous regarde vivre j

Qu'il a béni ma pauvreté.

Sous les verrous , sa voix m'inspire

Un appel à son tribunal.

Des grands du monde elle m'enseigne à rire. Qu'en dites-vous , monsieur le Cardinal ?

Au fond vous avez l'âme bonne.

Pardonnez à l'homme de bien , Monseigneur, pour qu'il vous pardonne

Votre mandement peu chrétien.

Mais au conclave on met la nappe ^ ^ ,

Partez pour Rome à ce signal.

Le Saint-Esprit fasse de vous un Pape ! Qu'en dites-vous, monsieur le Cardinal ?

COUPLET

Air. : C'est le meilleur homme du monde.

J'ai suivi plus d'enterremens

Que de noces et de baptêmes.

J'ai distrait bien des cœurs aimans

Des maux qu'ils aggravaient eux-mêmes.

Mon Dieu, vous m'avez bien doté;

Je n'ai ni force ni sagesse ;

Mais je possède une gaîté

Qui n'offense point la tristesse.

Page 1