‹ Chansons de P.J. de Béranger (volume 2)Chapitre 90 sur 95 · LES MOEURS · texte numérisé non relu

LES MOEURS

Air : Contentons-nous d'une simple bouteille.

Mes chers amis, respectons la décence.

Ce mot lui seul vaut presque une chanson ; Sans équivoque, et surtout sans licence. Je vais parler de l'amant de Lison ; Le drôle, un jour, d'un ton fait pour séduire, Lui détaillait de lubriques horreurs.

Ce qu'il disait, je pourrais vous le dire, Mais je me tais par respect pour les mœurs.

Sachez que Lise est une fille honnête Qui se choqua d'un pareil impromptu ; Mais au vaurien ne vient-il pas en tête De pénétrer le fond de sa vertu !

Sein ferme et blanc né saurait lui suffire ; Déjà deux doigts sont en besogne ailleurs. Ce qu'ils y font, je pourrais vous le dire, Mais je me tais par respect pour les mœurs.

Au bord du lit sur le nez il la pousse. Et bravement l'attaque par le dos ; Lise indignée, en sentant qu'il la trousse, Sans doute alors se livrait aux sanglots.

sss— > 69 <— «K

Dans ce cœur tendre aussitôt ce satire Enfonce, enfonce un long sujet de pleurs, Ce que c'était, je pourrais vous le dire, Mais je me tais par respect pour les mœurs.

Long-temps encor, Lison, dans sa posture, A tours de reins se débat viyement.

On me dira que c'était par luxure ; C'est par vertu, moi, j'en fais le serment. Or, pour six mois, sa vertu sut réduire L'insolent même à pleurer ses erreurs.

Ce qu'il gagna, je pourrais vous le dire, Mais je me tais par respect pour les mœurs-

Page 1