‹ Chansons de P.J. de BérangerChapitre 115 sur 145 · AUX ÉLECTEURS DU DEPARTEMENT DE... PAR M · texte numérisé non relu

AUX ÉLECTEURS DU DEPARTEMENT DE... PAR M

Air : J'ons un curé patriote.

Electeurs de ma province , Il faut que vous sachiez tous Ce que j'ai fait pour le prince, Pour la patrie et pour vous.

L'état n'a point dépéri :

Je reviens gras et fleuri.

Quels dînes,

Quels dînes

Les ministres m'ont donnés!

Oh! que j'ai fait de bons dînes!

Au ventre toujours fidèle, J'ai pris , suivant ma leçon , Place à dix pas de Villèle, A quinze de d'Argenson ; Car dans ce ventre étoffé Je suis entré tout truffé.

Quels dînes,

Quels dînes

Les ministres m'ont donnés !

Oh! que j'ai fait de bons dînes!

Comme il faut au ministère Des gens qui parlent toujours Et hurlent pour faire taire Ceux qui font de bons discours , J'ai parlé, parlé, parlé; J'ai hurlé, hurlé, hurlé.

Quels dînes,

Quels dînes Les ministres m'ont donnés !

Oh! que j'ai fait de bons dînes!

Si la presse a des entraves , C'est que je l'avais promis; Si j'ai bien parlé des braves, C'est qu'on me l'avait permis.

J'aurais voté dans un jour Dix fois contre et dix fois pour.

Quels dînes,

Quels dînes Les ministres m'ont donnés ! Oh! que j'ai fait de bons dînes!

J'ai repoussé les enquêtes, Afin de plaire à la cour ; J'ai, sur toutes les requêtes, Demandé Y ordre du jour.

Au nom du roi, par mes cris,

J'ai rebanni les proscrits.

Quels dînes , Quels dînes Les ministres m'ont donnés!

Oh! que j'ai fait de bons dînes!

Des dépenses de police

J'ai prouvé l'utilité ;

Et non moins Français qu'un Suisse,

Pour les Suisses j'ai voté.

Gardons bien, et pour raison ,

Ces amis de la maison.

Quels dînes,

Quels dînes Les ministres m'ont donnés !

Oh ! que j'ai fait de bons dînes !

Malgré des calculs sinistres, Vous paîrez, sans y songer, L'étranger et les ministres, Les ventrus et l'étranger.

Il faut que, dans nos besoins, Le peuple dîne un peu moins.

Quels dînes, Quels dînes Les ministres- m'ont donnés !

Oh! que j'ai fait de bons dînes!

Enfin, j'ai fait mes affaires:

Je suis procureur du roi;

J'ai placé deux de mes frères, Mes trois fils ont de l'emploi.

Pour les autres sessions, J'ai cent invitations.

Quels dînes !

Quels dînes

Les ministres m'ont donnés !

Oh! que j'ai fait de bons dînes!

s— ► 342 -<— s LA COURONNE.

COUPLETS CHANTÉS PAR UN ROI DE LA FÈVE. Air :

Grâce à la fève, je suis roi.

Nous le voulons : versez à boire !

Çà, mes sujets, couronnez -moi!

Et qu'on porte envie à ma gloire; A l'espoir du rang le plus beau Point de cœur qui ne s'abandonne.

Nul n'est content de son chapeau; Chacun voudrait une couronne.

Un roi sur son front obscurci Porte une couronne éclatante.

Le pâtre a sa couronne aussi, Couronne de fleurs qui me tente.

A l'un le ciel la fait payer ; Mais au berger l'amour la donne; Le roi l'ôte pour sommeiller, Colin dort avec sa couronne.

Le Français, poëte et guerrier, Sert les muses et la victoire. Le front ceint d'un double laurier, Il triomphe et chante sa gloire.

Quand du rang qu'il doit occuper Il tombe, trahi par Bellone,

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Le sceptre lui peut échapper, Mais il conserve sa couronne.

Belles, vous portez à quinze ans La couronne de l'innocence :

Bientôt viennent les courtisans ; Comme les rois on vous encense.

Comme eux de pièges séducteurs L'artifice vous environne ; Vous n'écoutez que vos flatteurs, Et vous perdez votre couronne.

Perdre une couronne! A ces mots Chacun doit penser à la sienne.

Je n'ai point doublé les impôts ; Je n'ai point de noblesse ancienne.

Mon peuple, buvons de concert :

La place me paraît si bonne !

N'allez pas avant le dessert Me faire abdiquer la couronne.

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