‹ Chansons de P.J. de BérangerChapitre 130 sur 145 · LE TEMPS · texte numérisé non relu

LE TEMPS

AtR : Ce magistrat irréprochable.

Près de la beauté que j'adore, Je me croyais égal aux dieux; Lorsqu'au bruit de l'airain sonore, Le Temps apparut à nos yeux, [bis.) Faible comme une tourterelle Qui voit la serre des vautours, Ah! par pitié, lui dit ma belle, Yieillard, épargnez nos amours!

Devant son front chargé de rides, Soudain nos yeux se sont baissés; Nous voyons à ses pieds rapides La poudre des siècles passés.

A l'aspect d'une fleur nouvelle Qu'il vient de flétrir pour toujours, Ah! par pitié, lui dit ma belle, Vieillard, épargnez nos amours!

Je n'épargne rien sur la terre ; Je n'épargne rien même aux cieux.

Répond-il d'une voix austère :

Vous ne m'avez connu que vieux.

Ce que le passé vous révèle, Remonte à peine à quelques jours.

Ah! par pitié, lui dit ma belle, Vieillard, épargnez nos amours!

Sur cent premiers peuples célèbres, J'ai plongé cent peuples fameux Dans un abyme de ténèbres, Où vous disparaîtrez comme eux.

J'ai couvert d'une ombre éternelle Des astres éteints dans leur cours.

Ah! par pitié, lui dit ma belle, Vieillard , épargnez nos amours !

Mais, malgré moi, de votre monde

La volupté charme les maux ;

Et de la nature féconde

L'arbre immense étend ses rameaux.

Toujours sa tige renouvelle

Des fruits que j'arrache toujours.

Ah! par pitié, lui dit ma belle,

Vieillard, épargnez nos amours!

Il nous fuit ; et près de le suivre ,

Les plaisirs, hélas! peu constans,

Nous voyant plus pressés de vivre,

Nous bercent dans l'oubli du Temps, (bis.)

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Mais l'heure en sonnant nous rappelle Combien tous nos rêves sont courts :

Et je m'écrie avec ma belle :

Vieillard, épargnez nos amours!

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