‹ Chansons de P.J. de BérangerChapitre 33 sur 145 · A MESSIEURS LES GASTRONOMES · texte numérisé non relu

A MESSIEURS LES GASTRONOMES

Air : Tout le long de la rivière.

Gourmands, cessez de nous donner La carte de votre dîner :

Tant de gens qui sont au régime Ont droit de vous en faire un crime.

Et d'ailleurs, à chaque repas D étouffer ne tremblez-vous pas?

C'est une mort peu digne qu'on l'admire. Ah ! pour étouffer, n'étouffons que de rire ; N'étouffons, n'étouffons que de rire.

La bouche pleine, osez-vous bien Chanter l'Amour, qui vit de rien?

A l'aspect de vos barbes grasses, D'effroi vous voyez fuir les Grâces :

Ou, de truffes en vain gonflés, Près de vos belles vous ronflez.

L'embonpoint même a dû parfois vous nuire. Ah ! pour étouffer, n'étouffons que de rire ; - N'étouffons, n'étouffons que de rire.

Vous n'exaltez, maîtres gloutons, Que la gloire des marmitons :

Méprisant l'auteur humble et maigre Qui mouille un pain bis de vin aigre ,

Vous ne trouvez le laurier bon Que pour la sauce et le jambon; Chez les Français quel étrange délire ! Ah! pour étouffer, n'étouffons que de rire; N'étouffons, n'étouffons que de rire.

Pour goûter à point chaque mets A table ne causez jamais; Chassez-en la plaisanterie :

Trop de gens , dans notre patrie , De ses charmes étaient imbus; Les bons mots ne sont qu'un abus.

Pourtant, messieurs, permettez-nous d'en dire! Ah! pour étouffer, n'étouffons que de rire; N'étouffons, n'étouffons que de rire.

Français , dînons pour le dessert :

L'Amour y vient, Philis le sert :

Le bouchon part , l'esprit pétille ; La Décence même y babille, Et par la Gaîté, qui prend feu, Se laisse coudoyer un peu.

Chantons alors l'aï qui nous inspire.

Ah ! pour étouffer, n'étouffons que de rire ; N'étouffons, n'étouffons que de rire.

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