JUIN
Ans : Faut d'ia vertu, pas trop n'en faut.
Puisque le tyran est à bas, )
Laissez -nous prendre nos ébats. I
Aux maîtres des cérémonies Plaise ordonner que , dès demain , Entrent sans laisse aux Tuileries Les chiens du faubourg Saint- Germain.
Puisque le tyran est à bas , Laissez -nous prendre nos ébats.
Des chiens dont le pavé se couvre Distinguez -nous à nos colliers.
On sent que les honneurs du Louvre Iraient mal à ces roturiers.
Puisque le tyran est à bas , Laissez -nous prendre nos ébats.
Quoique toujours sous son empire L'usurpateur nous ait chassés, Nous avons laissé, sans mot dire, Aboyer tous les gens pressés.
Puisque le tyran est à bas, Laissez-nous prendre nos ébats.
Quand sur son règne on prend des notes , Grâce pour quelques chiens félons !
Tel qui long -temps lécha ses bottes Lui mord aujourd'hui les talons.
Puisque le tyran est à bas, Laissez -nous prendre nos ébats.
En attrapant mieux que des puces , On a vu carlins et bassets Caresser Allemands et Russes Couverts encor du sang français.
Puisque le tyran est à bas, Laissez- nous prendre nos ébats.
Qu'importe que, sûr d'un gros lucre, L'Anglais dise avoir triomphé :
On nous rend le morceau de sucre, Les chats reprennent leur café.
Puisque le tyran est à bas , Laissez -nous prendre nos ébats.
Quand nos dames reprennent vite Les barbes et le caraco , Quand on refait de l'eau bénite , Remettez - nous in statu quo.
Puisque le tyran est à bas , Laissez- nous prendre nos ébats.
Nous promettons, pour cette grâce, Tous, hors quelques barbets honteux, De sauter pour les gens en place, De courir sur les malheureux.
Puisque le tyran est à bas, • Laissez -nous prendre nos ébats.
LA CENSURE
CHANSON
QUI COURUT MANUSCRITE AU MOIS d'aOUT l8l4-
Air : Qu'est-ce qu'ca m'fait, à moi?
Que, sous le joug des libraires, On livre encor nos auteurs Aux censeurs, aux inspecteurs, Rats- de- cave littéraires; Riez -en avec moi.
Ah ! pour rire Et pour tout dire, Il n'est besoin , ma foi , D'un privilège du roi !
L'état ayant plus d'un membre Que la presse eût fait trembler, Qu'on ait craint son franc parler Dans la chambre et l'antichambre; Riez -en avec moi.
Ah! pour rire Et pour tout dire, Il n'est besoin, ma foi, D'un privilège du roi !
Que cette chambre sensée Laisse avec soumission,
Sortir la procession Et renfermer la pensée ; Riez -en avec moi.
Ah ! pour rire Et pour tout dire, Il n'est besoin, ma foi, D'un privilège du roi !
Qu'un censeur bien tyrannique De l'esprit soit le geôlier, Et qu'avec son prisonnier Jamais il ne communique ; Riez -en avec moi.
Ah ! pour rire Et pour tout dire, Il n'est besoin , ma foi , D'un privilège du roi!
Quand déjà l'on n'y voit guère, Quand on a peine à marcher, En feignant de la moucher, Qu'on éteigne la lumière; Riez -en avec moi.
Ah ! pour rire Et pour tout dire, Il n'est besoin , ma foi , D'un privilège du roi !
Qu'un ministre qui s'irrite Quand on lui fait la leçon.
Lise tout bas ma chanson Qui lui parvient manuscrite ; Riez -en avec moi.
Ah ! pour rire Et pour tout dire, Il n'est besoin, ma foi, D'un privilège du roi !