‹ Chansons de P.J. de BérangerChapitre 39 sur 145 · JUIN · texte numérisé non relu

JUIN

Ans : Faut d'ia vertu, pas trop n'en faut.

Puisque le tyran est à bas, )

Laissez -nous prendre nos ébats. I

Aux maîtres des cérémonies Plaise ordonner que , dès demain , Entrent sans laisse aux Tuileries Les chiens du faubourg Saint- Germain.

Puisque le tyran est à bas , Laissez -nous prendre nos ébats.

Des chiens dont le pavé se couvre Distinguez -nous à nos colliers.

On sent que les honneurs du Louvre Iraient mal à ces roturiers.

Puisque le tyran est à bas , Laissez -nous prendre nos ébats.

Quoique toujours sous son empire L'usurpateur nous ait chassés, Nous avons laissé, sans mot dire, Aboyer tous les gens pressés.

Puisque le tyran est à bas, Laissez-nous prendre nos ébats.

Quand sur son règne on prend des notes , Grâce pour quelques chiens félons !

Tel qui long -temps lécha ses bottes Lui mord aujourd'hui les talons.

Puisque le tyran est à bas, Laissez -nous prendre nos ébats.

En attrapant mieux que des puces , On a vu carlins et bassets Caresser Allemands et Russes Couverts encor du sang français.

Puisque le tyran est à bas, Laissez- nous prendre nos ébats.

Qu'importe que, sûr d'un gros lucre, L'Anglais dise avoir triomphé :

On nous rend le morceau de sucre, Les chats reprennent leur café.

Puisque le tyran est à bas , Laissez -nous prendre nos ébats.

Quand nos dames reprennent vite Les barbes et le caraco , Quand on refait de l'eau bénite , Remettez - nous in statu quo.

Puisque le tyran est à bas , Laissez- nous prendre nos ébats.

Nous promettons, pour cette grâce, Tous, hors quelques barbets honteux, De sauter pour les gens en place, De courir sur les malheureux.

Puisque le tyran est à bas, • Laissez -nous prendre nos ébats.

LA CENSURE

CHANSON

QUI COURUT MANUSCRITE AU MOIS d'aOUT l8l4-

Air : Qu'est-ce qu'ca m'fait, à moi?

Que, sous le joug des libraires, On livre encor nos auteurs Aux censeurs, aux inspecteurs, Rats- de- cave littéraires; Riez -en avec moi.

Ah ! pour rire Et pour tout dire, Il n'est besoin , ma foi , D'un privilège du roi !

L'état ayant plus d'un membre Que la presse eût fait trembler, Qu'on ait craint son franc parler Dans la chambre et l'antichambre; Riez -en avec moi.

Ah! pour rire Et pour tout dire, Il n'est besoin, ma foi, D'un privilège du roi !

Que cette chambre sensée Laisse avec soumission,

Sortir la procession Et renfermer la pensée ; Riez -en avec moi.

Ah ! pour rire Et pour tout dire, Il n'est besoin, ma foi, D'un privilège du roi !

Qu'un censeur bien tyrannique De l'esprit soit le geôlier, Et qu'avec son prisonnier Jamais il ne communique ; Riez -en avec moi.

Ah ! pour rire Et pour tout dire, Il n'est besoin , ma foi , D'un privilège du roi!

Quand déjà l'on n'y voit guère, Quand on a peine à marcher, En feignant de la moucher, Qu'on éteigne la lumière; Riez -en avec moi.

Ah ! pour rire Et pour tout dire, Il n'est besoin , ma foi , D'un privilège du roi !

Qu'un ministre qui s'irrite Quand on lui fait la leçon.

Lise tout bas ma chanson Qui lui parvient manuscrite ; Riez -en avec moi.

Ah ! pour rire Et pour tout dire, Il n'est besoin, ma foi, D'un privilège du roi !

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