REFLEXIONS MORALES ET POLITIQUES
d'un marchand d'habits de la capitale.
NOVEMBRE l8l4-
Air : Vaudeville des Deux Edmond.
Tout marchands d'habits que nous sommes , Messieurs, nous observons les hommes :
D'un bout du monde à l'autre bout
L'habit fait tout.
Dans les changemens qui surviennent, Les dépouilles nous appartiennent :
Toujours en grand nous calculons.
Vieux habits ! vieux galons !
Parfois en lisant la Gazette, Comme tant d'autres, je regrette Que tout Français n'ait pas gardé
L'habit brodé.
Mais j'en crois ceux qui s'y connaissent; Les anciens préjugés renaissent :
On va quitter les pantalons.
Vieux habits ! vieux galons !
Les modes et la politique
Ont cent fois rempli ma boutique ;
Combien on doit à leurs travaux
D'habits nouveaux !
Quand de nos déesses civiques On met en oubli les tuniques, Aux passans nous les rappelons.
Vieux habits ! vieux galons !
Un temps fameux par cent batailles Mit du galon sur bien des tailles ; De galon même étaient couverts
Les habits verts T.
Mais sans le bonheur point de gloire!
Nous seuls, après chaque victoire, Nous avions ce que nous voulons. Vieux habits ! vieux galons !
Nous trouvons aussi notre compte Avec tous les gens qui, sans honte, Savent dans un retour subit ,
Changer d'habit.
Les valets, troupe chamarrée, Troquant aujourd'hui leur livrée, Que d'habits bleus 2 nous étalons !
Vieux habits ! vieux galons !
' La livrée impériale, vert et or.
'' La livrée royale.
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Les défenseurs de nos grands -pères, Sortant de leurs nobles repaires , Reprennent enfin à leur tour
L'habit de cour.
Chez nous retrouvant leurs costumes, Avec talons rouges et plumes , Ils vont régner dans les salons.
Vieux habits ! vieux galons !
Sans nul égard pour nos scrupules , Si la foule des incrédules Mit au nombre de ses larcins
L'habit des saints ; Au nez de plus d'un philosophe Je vais en revendre l'étoffe :
De piété nous redoublons.
Vieux habits! vieux galons!
Long -temps vantés dans chaque ouvrage, Des grands, qu'aujourd'hui l'on outrage, Portent au fond de leurs manoirs
Des habits noirs.
Mais , grâce à nous , vont reparaître Ces manteaux qu'eux-mêmes, peut-être, Trouvaient bien pesans et bien longs.
Vieux habits ! vieux galons !
De m'enrichir j'ai l'assurance :
L'on fêtera toujours en France,
En ville, au théâtre, à la cour,
L'habit du jour.
Gens vêtus d'or et d'écarlate, Pendant un mois chacun vous flatte; Puis à vos portes nous allons.
Vieux habits ! vieux galons !