‹ Chansons de P.J. de BérangerChapitre 62 sur 145 · ÉLOGE DE LA RICHESSE · texte numérisé non relu

ÉLOGE DE LA RICHESSE

Air du vaudeville d'Arlequin cruello.

La richesse, que des frondeurs

Dédaignent, et pour cause, Quand elle vient sans les grandeurs,

Est bonne à quelque chose.

Loin de les rendre à ton Crésus , Va boire avec ses cent écus,

Savetier, mon compère.

Pour moi , qu'il m'arrive un trésor, Que dans mes mains pleuve de l'or, De l'or, De l'or,

Et j'en fais mon affaire !

Je souris à la pauvreté ,

Et j'ignore l'envie :

Pourquoi perdrai -je ma gaîté

Dans une douce vie ?

Maison, jardin, livres, tableaux, Large voiture et bons chevaux

Pourraient-ils me déplaire?

Quand mes vœux prendraient plus d'essor, Que dans mes mains pleuve de l'or, De l'or, De l'or,

Et j'en fais mon affaire !

Bonjour, Mondor, riche voisin.

Ta maîtresse est jolie ; Son oeil est noir, son esprit fin ,

Et sa taille accomplie.

J'atteste sa fidélité; Mais que peut contre sa fierté

L'amour d'un pauvre hère ?

Pour te l'enlever, cher Mondor, Que dans mes mains pleuve de l'or, De l'or, De l'or,

Et j'en fais mon affaire !

Le vin s'aigrit dans mon gosier

Chez un traiteur maussade; Mais, à sa table, un financier

Me verse-t-il rasade :

Combien, dis-je, ces bons vins blancs? On me répond : Douze cents francs.

Par ma foi, ce n'est guère.

En Champagne on en trouve encor :

Que dans mes mains pleuve de l'or, De l'or, De l'or,

Et j'en fais mon affaire!

A partager dès aujourd'hui,

Amis, je vous invite.

Nous saurions tous, en cas d'ennui,

Me ruiner bien vite.

Manger rentes et capitaux, Equipages, terres, châteaux,

Serait gai, je l'espère.

Ah ! pour voir la fin d'un trésor, Que dans mes mains pleuve de l'or, De l'or, De l'or, Et j'en fais mon affaire !

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