‹ Chansons de P.J. de BérangerChapitre 64 sur 145 · LES MARIONNETTES · texte numérisé non relu

LES MARIONNETTES

Air : La marmotte a mal au pied.

Les marionnettes, croyez-moi,

Sont les jeux de tout âge :

Depuis l'artisan jusqu'au roi,

De la ville au village ; Valets, journalistes, flatteurs,

Dévotes et coquettes, Ah! sans compter nos grands acteurs,

Combien de marionnettes !

L'homme, fier de marcher debout,

Vante son équilibre :

Parce qu'il court et va partout,

Le pantin se croit libre ; Mais dans combien de mauvais pas

Sa fortune le jette !

Ah ! du destin l'homme ici bas

N'est que la marionnette.

Ce tendron des plus innocens ,

Que le désir dévore , Au trouble secret de ses sens

Ne conçoit rien encore.

Veiller la nuit, rêver le jour,

L'étonné et l'inquiète.

Elle a quinze ans : ah ! pour l'amour La bonne marionnette !

Voyez ce mari parisien ,

Que maint galant visite :

Il vous accueille mal ou bien ,

Vous cherche ou vous évite.

Est-il confiant ou jaloux ,

A l'air dont il vous traite ?

Non : de sa femme un tel époux

N'est que la marionnette.

Près des femmes que sommes-nous?

Des pantins qu'on ballotte.

Messieurs, sautez, faites les fous

Au gré de leur marotte !

Le plus lourd et le plus subtil

Font la danse complète ; Et Dieu pourtant n'a mis qu'un fil

A chaque marionnette.

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