‹ Chansons de P.J. de BérangerChapitre 72 sur 145 · A L'USAGE DE LISE · texte numérisé non relu

A L'USAGE DE LISE

MOIS DE MAI l8l5.

Air : Un Magistrat irréprochable.

Lise, qui règnes par la grâce Du Dieu qui nous rend tous égaux, Ta beauté , que rien ne surpasse , Enchaîne un peuple de rivaux.

Mais si grand que soit ton empire , Lise , tes amans sont Français ; De tes erreurs permets de rire, Pour le bonheur de tes sujets.

Combien les belles et les princes Aiment l'abus d'un grand pouvoir !

Combien d'amans et de provinces Poussés enfin au désespoir !

Crains que la révolte ennemie Dans ton boudoir ne trouve accès ; Lise, abjure la tyrannie, Pour le bonheur de tes sujets.

Par excès de coquetterie

Femme ressemble aux conquérans,

Qui vont bien loin de leur patrie Dompter cent peuples différens.

Ce sont de terribles coquettes !

N'imite pas leurs vains projets.

Lise, ne fais plus de conquêtes, Pour le bonheur de tes sujets.

Grâce aux courtisans pleins de zèle , On approche des potentats Moins aisément que dune belle Dont un jaloux suit tous les pas.

Mais sur ton lit, trône paisible, Où le plaisir rend ses décrets , Lise, sois toujours accessible, Pour le bonheur de tes sujets.

Lise , en vain un roi nous assure Que s'il règne , il le doit aux cieux , Ainsi qu'à la simple nature Tu dois de charmer tous les yeux.

Bien qu'en des mains comme les tiennes Le sceptre passe sans procès , De nous il faut que tu le tiennes Pour le bonheur de tes sujets.

Pour te faire adorer sans cesse , Mets à profit ces vérités.

Lise, deviens bonne princesse, Et respecte nos libertés.

Des roses que l'amour moissonne Ceins ton front tout brillant d'attraits. Et garde long -temps ta couronne Pour le bonheur de tes sujets.

s-> 202 «-s L'OPINION DE CES DEMOISELLES.

MOIS DE MAI l8l5.

Air : Nom d'un chien, j'veut être épicurien.

Quoi, c'est donc bien vrai qu'on parie Qu' l'enn'mi va tout r'mettre chez nous

Sens sus d'ssous.

L' Palais -Royal, qu'est not' patrie, S'en réjouirait 5 Chacun son intérêt.

Aussi point d' fille qui ne crie : Viv' nos amis , Nos amis les enn'mis !

D' nos Français j' connaissons l's astuces : Ils n' sont pas aussi bons chrétiens

Qu' les Prussiens.

Comra' l'argent pleuvait quand les Russes F'saient hausser d' prix Tout' les filles d' Paris !

J' n'avions pas 1' temps d' chercher nos puces. Viv' nos amis , Nos amis , les enn'mis.

Mais, puisquils rvienn't faut les attendre. Je r'verrons Bulor, Titchakof , Et Platof ;

L' bon Saken , dont 1' cœur est si tendre , Et puis ce cher...

Ce cher monsieur Blùcher :

Ils nous donneront tout c' qu'ils vont prendre. Viv' nos amis, Nos amis , les enn'mis !

Drès qu' les plum's de coq vont r'paraître , J' secourons , d' façon à F fair' voir,

Not' mouchoir.

Quant aux amans, j' dois en r'connaître, Ça tomb', sous 1' sens, Au moins deux ou trois cents.

Pour leurs entré' , louons un' fenêtre.

Viv' nos amis, Nos amis , les enn'mis !

J' conviens que d' certain's honnêt's femmes Tout autant qu' nous en ont pincé,

L'an passé; Et qu' nos cosaqu's , pleins d' leurs bell's flammes Prenaient 1' chemin Du faubourg Saint-Germain.

Malgré 1'. tort qu' nous ont fait ces dames , Viv' nos amis, Nos amis, les enn'mis!

Les affair's s'ront bientôt bâclées, Si j'en crois un vieux libertin D' sacristain.

Quand y aurait queuqu's maisons d' brûlées, Queuqu's gens d'occis, C'est 1' cadet d' nos soucis.

Mais j' rirai bien si j' sommes violées. Viv' nos amis, Nos amis, les enn'mis!

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