‹ Chansons de P.J. de BérangerChapitre 87 sur 145 · LE JUGE DE CHARENTON · texte numérisé non relu

LE JUGE DE CHARENTON

NOVEMBRE l8l6.

Air : De la Cosaqui.

Un maître fou qui, dit-on, Fit jadis mainte fredaine, Des loges de Charenton S'est enfui l'autre semaine ; Chez un juge, qui griffonnait, Il arrive et prend simarre et bonnet, Puis à l'audience, hors d'haleine, Il entre et soudain dit : Prechi! prêcha!

Et patati, et patata, Prêtons bien l'oreille à ce discours-là.

« L'Esprit saint soutient ma voix, « Et les accusés vont rire ; «TMoi, l'interprète des lois, « J'en viens faire la satire.

« Nous les tenons d'un impudent « Qui , pour s'amuser, me fit président.

1 II n'y a point de mauvais discours que ne puisse faire oublier une action généreuse; et rien n'est plus honorable, suivant moi, que la protection accordée à des infortunés placés sous le poids d'une accusation capitale. Aussi je n'aurais pas reproduit ici cette chanson, sans l'espèce de scandale que , lors de son apparition , elle causa jusque dans les deux chambres. Mais je ne puis m' empêcher d'avouer que si j'avais pu la condamner à l'oubli qu'elle mérite sans doute, j'en aurais toujours regretté le dernier couplet.

« J'ai long-temps vanté son empire , « Mais j'étais alors payé pour cela. »

Et patati, et patata, Pouvait- on s'attendre à ce discours -là.

« Le drame et Galimafré « Corrompent nos cuisinières.

« En frac on voit un curé, « Et nos enfans ont trois pères.

« Le mariage est un loyer :

« On entre en octobre, on sort en janvier.

« Les cachemires adultères « Nous donnent la peste, et ma femme en a. »

Et patati, et patata, Il a mis de tout dans ce discours -là.

« Pour débaucher un mari « Que les filles ont d'adresse !

« Sous madame Dubarri « Elles allaient à confesse.

« Ah! qu'enfin (et le terme est clair), « L'épouse et l'époux ne soient qu'une chair ;

« Et vous, qui nous tentez sans cesse, « Filles, respectez l'habit que voilà. »

Et patati, et patata, Rien n'est plus moral que ce discours-là.

« Mais triste effet du typhus, « Au lieu d'église on élève «Le temple du dieu Plutus,

« Qui sera beau s'il s'achève.

« Partout régnent les intrigans , « On n'interdit plus les extravagans :

« Ce dernier point n'est pas un rêve, « Puisqu'en robe ici je dis tout cela. »

Etj&tati, et patata.

On trouve du bon dans ce discours -là.

Il poursuivait sur ce ton, Quand deux bisets , sous les armes , Remènent à Charenton Cet orateur plein de charmes.

Néanmoins l'avocat Bêlant S'écrie : Ah! les fous ont bien du talent! J'ai fait rire et verser des larmes ; * Mais je n'ai rien dit qui valût cela.

Et patati, et patata, C'est moi qu'on sifflait sans ce discours -là.

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