SI JE MEURS ICI
Si je meurs ici pour la France, Mes amis, ne me plaignez pas Car jamais je n'eus l'espérance D'un aussi glorieux trépas.
Prenez mon rosaire en ma poche Afin d'en encercler mes poings...
Si la bombe ou l'obus du Boche Me les ont respectés, du moins ;
Qu'à côté de moi « Rosalie »
Repose en sa jupe d'airain.
L'arme noble, et claire, et jolie Dont j'ai l'heur d'être le parrain ;
Dites à ma douce compagne Que je l'attends chez les Elus, Là-haut «, dans une autre Bretagne »
Où nous ne nous quitterons plus ;
Remettez-lui ma croix de Guerre ; En la lui donnant, dites-lui :
« Hier, il ne la méritait guère » Mais il l'a gagnée aujourd'hui. »
Dans la bonne Glèbe natale Mettez-moi... quand vous le pourrez Après quoi, sur mon humble dalle De granit gris, vous graverez :
« Dans son dernier lit-clos de chêne,
» Poète et soldat tour à tour,
» Ici gît un crieur de Haine
» Qui n'avait rêvé que l'Amour. »
(Arras, juillet 1915.)