ÉTATS GÉNÉRAUX DE
Où sont les hommes plus constans Que femmes ont esté tons temps En gouvernemens de païs?
Que fist la mère Sainct Loys, Lui estant Roy et meindre d'ans?
Elle édifia en dedans Le chastel d'Angiers et fonda; En toutes vertus habonda; Elle appaisa la grant discorde ïhs barons françois vile et orde , Qu'ils avoient de gouverner , Non pas pour bien mais pour régner.
Car ohascuns tenoit une bende; Ghascnns vouloit avoir prébende Et tenir le royaume en bail.
Le Roy n'ot donc à soustenail ( Que estoit d'environ cinq ans ) Fors sa mère, qui fut engrans Du garder -comme son vray fil.
Et quant elle vit le péril, A Dieu courut , a Dieu clama.
Et donls Dieu, qui bien l'ama Lai mist en cuer et en pensée Qu'on feist finale assemblée A certain jour en parlement Pour veoir et finablement Qui devroit lors ce bail avoir Des barons. L'on le fist sçavoir Aux nobles, peuple et gens d'église :
Et à celle journée prise
Forent tous , et lors que fist elle ?
Blanche , fille au* roy de Caatelle ,
Mère de Saint Loys le Roi
De France , fiât mettra en art *y
Un beau lit richement paré
Or en droit parlement eatoré.
Là mîst le Roy en mi la couche,
Et puis commença de sa bouche
A dire à tous les assistons :
— Il me semble qu'il est contens
D'avoir le bail , charge et la cure
Du Roy, que maint prince procure.
Se c'est pour son bien , Dieu le vueille
Que en sa grâce le recueille ,
Ainsi comme mestier lui est.
Véez icy vo seigneur tout prest,
Fils de Roy de France et vo Roy,
Je le tous jure par ma foy
Et sur le péril de mon ame ,
Je suis sa mère , povre dame ,
Vesve , Royne , née d'Espaigne,
Fille de Roy , d'amis lointaingne ,
Desconseilliée , sans Seigneur,
Qui voy le mal et la doleur
De mon enfant et de son règne,
Le mal qui au bien commun règne
Et qui est taillié de régner
Por défault de bien gouverner.
Et pour ce que je suy estrange
Je n'en vueil blâme ne louange
Reoevoir de cy en avant.
Vez cy vostre seigneur devant
Sain et net des membres qu'il a. »
Et à tous illeo le monstra
Sain et bel , et gent , et en tous cas
Gracieua, net ethault et bas ,
Plaisans et doulz à resgarder ,
Disans : — On le veuillez garder
Gomme vo siegneur souverain :
J'en oste désormais ma main.
Sain et en bon point le vous diarge ; Envers Dien et tons m'en descharge , Et le met dedans vostre garde. »
Ce lait cfaascnn d*eufac le resgarde Pitensement et en celle heure Ghascun de pitié plaint et pleure.
Et tous les barons, qui la forent, Qni pour le bail estriver durent, Et qui ont longtemps estrivé.
Furent si de Dieu inspiré Les nobles, le peuple et prélas Et tous ceulx qui sirent au bas Et aultres privé et estrange Crient: — Vive la Roine Blanche Et nostre Roy vive ensement. Et elle ait le gouvernement Sur tous, seule et primeraine Et le Roy en son vray demaine Comme sa mère et nostre damé Et comme vraye preudefiune , A qui de cuer obéirons , Servirons et conseillerons , In renonçant a tous les drois , Que neus y avons sur les lois Et establishment de France. »
Là firent paix et acordance ; Li uns aux autres eurent paix.
Droit en la chambre du palais, Dont si grant contens povoit nestre Que plus grand ne porroit pas estre, Soudainement sont fais amis.
En celle heure les ennemis, Et ceulx, qui furent en discorde, Sont tous liez à une corde De vraie amour d'umilité, A l'oneor, a l'utilité
Du Roy , de la Royne et du règne :
Du bien commun la joye règne* Chascun louoit Dieu humblement De ce joieux aoordement.
Furent es moutiers et es raee Haultes grâces à Dieu rendues Qce par miracle soubdaing ÀvoTt acordé ce desdaing.
Et en signe qu'il fost mémoire Que ceste chose eust été voire Et mise à paix par ce miracle» .
Qui fut un précieux triarcle, A ce temps pour la gent de Franc* Fust établi qu'en remembranoe De ce miracle et celle paix Seroit li lit a tousjours mais En tous lieux, où les Roys seroient Pour jugement et que tendraient De France la saincte couronne. Et pour ce encore on l'ordonne.
Et rappelle en lit de justice, Qui est à ee remembre propice , Toutefois que Roys proprement Doit venir en son parlement , Ou qu'il soit pour justice ailleurs.
Celle Royne prinst des meillours Conseillers, barons, gens d'église Où elle pot, et par bonne guise Et sainctement se gouverna ;
Et son fils le Roy ordonna Es lettres d'escripture sainte.
Et par manière de complainte Souvente fois la saincte Dame Lui monstroit le salut de l'ame Comment l'on devoit Dieu douter Et péchié mortel redouter, Disans : — Chier-fils, plus chier aroye
Vous voira mourir, se povoye, •ii. fois, se vous aviez corps tel Que ce que par peschié mortel Eussiez Die* ▼ostre eréatour Oflendu par tm seul tour. • C'estoit la chanson et la harpe, Dont la saincte femme le berse, Et les mets, dont il fu servis.
Preudoms fut tant corn fat vis, Et à .xv. ans ot mott de maus De grans peines et de travaulx Car plusieurs firent alianoe Contre loi et sans défiance De ses pers et de ses barons. .
Mauclerc, qui fut Dux des Bretons, Contre le Roy se révéla.
Mais en yver son ost mut là Le Roy et la Roy'ne sa mère.
En grant yver, par yoye amère, Au Duc Mauclerc mistrent le siège.
Et au derrain fut prins au piège Par assault, par asseoir, par mine.
La hart ou col on brief termine Se rendit au Roy débonnaire, Qui a merci le voult retraire.
Ses ennemis humilia Et les mauvais cuers ralia :
Par pité et miséricorde.
Les reçupt à paix et concorde.
Et vonlt illec Jhésu Crist amer, Que .111. fois en passa la mer , Sur les ennemis de la foy.
La fut en Thomas prins oc Roy Et délivrés des ennemis De Dieu, de qui il fut amis.
Et depuis encore y couru :
Sainctement en chemin mouru.
Il ama Dieu, et fu prudons :
Et Dieu lui fit de nobles dons
A sa vie : et après m sert Le recupt en joyeux déport.
Couronne lui donne de gloire.
Contre le monde obtînt victoire :
Il fat larges, humble et doulx Aux povres gens et envers tons.
Vrais justicier, sans vaxiUer Les choses fist a droit aler A Paris, qui trop mal aloient.
A son vivant maint garissoient De leurs maulx par son atouchier.
Gent de religion ot chier:
Ou palay la saincte chapelle Fist, que chascuns ainsis appelle.
De grans reliques Faourna ; A bien faire tondis tourna ; Royaumont fonda de Cisteaulx, Grant abbaye ; li lieux est beaulx Et l'édifice de grant paine.
Grant rente y a et grant domaine.
Saint Jacques fist de Tospital , A Paris qui siest bien à val.
A la porte sainct Honnouré A les quinze vingt estoré, Povres gens, qui ne voient goûte.
De saint Augustin fist sans doubte L'abbaie dicte Royaulieu.
Les Jacobins, la maison Dieu De Gompiengne édifia, Celle de Pontoise qui a Bonnes rentes; et la chapelle De Gorbueil fonda bonne et belle, Et mains autres lieux renommés, Qui ne sont pas icy nommés.
Onquea n'ot de mal foire envie Lui vivant. Et après sa vie Fut canonisés, et levés, Et saint par mérite trouvés :
Pour lequel Dieux fait mains miracles :
Et aussi garit par signaeles
A son vivant maint langoreus.
Li ventres, t , esté eurevx,
Qui fat enpli de tel même*
Et ports tel Boy terrien ,
De quoy France est tant renommée.
Tant soustenue et tant amée
Que c'est li glorieus patrons
Aux Roy8, aux peuples, aux barons, ,
Qui par ses prières protège
Le dit royaume et qui l'alège
De plusieurs maulx par sa saineté !
Sa bonne mère , dont dit ai ,
Fina ses jours en vie saincte
A Paris , et partout fût plainte
Et plourée piteusement.
Apportée rat humblement
A Nautbuisson, et la repose.
L'église a enclos riche chose ,
Qu'elle fonda dedens son cuer.
La à abbesse et mainte suer
De Cisteaux, qni est ordre grise,
Et qui rendent digne servise
Chascun jour comme fonderesse,
Du lieu dame et défenderesse.
Par les mérites Jhésn Crist
Et par son cuer, qui laiens gist,
Est le lieu saint l'abbaie
De maintes vertus embellie.
Et bien semble a sa sépulture
Qu'elle fut Roïne de droiture
Terrienne, vaillant et sage.
Et qui voit sa vie et l'usage ,
Qu'elle ot de Dieu ça jus servir,
Il y devroit bien advertir :
C'est belle chose à regarder
Pour soy de folie garder.
Miroir du mariage, chap. 7£.
Eustache Dbschamps.