‹ Chansons du XVe si¿ecleChapitre 10 sur 104 · XXVII · texte numérisé non relu

XXVII

L'amour de moi sy est enclose Dedans un joly jardinet Ou croist la rose et le muguet 4 Et aussi fait la passerose.

Ce jardin est bel et plaisant; Il est garny de toutes flours; On y prend son esbatement 8 Autant la nuit comme le jour.

Helas! il n'est si douce chose Que de ce doulx roussignoUet Qui chante au soir, au matinet :

I 2 Quant il est las il se repose.

Je la vy l'autre jour cueillir La violette en ung vert pré, La plus belle qu'oncques je veis i6 Et la plus plaisante a mon gré.

5 Sa droiture, ce qui lui revient de droit, ce qui est dans son droit.

XXMI. — * Cette jolie chanson a eu beaucoup de succès, comme l'attestent les différents recueils où elle a été transcrite plus ou moins exactement. On la retrouve dans le ms. de Baveux (n® Sj), dans celui de Vire (n® lo), dans le ms. fr. iSq-j (f° Lxxii) et dans le recueil d'Alain Lotrian de 1 343 (f' Lxx^^I v®).

Je la regardé une pose* :

Elle estoit blanche comme let.

Et douce comme un aignelet, 20 Vermeillette comme une rose.

Mon seul espoir et toute ma liesse, Celle en qui plus au monde j'ay fiance, Doulx fut le jour que je prins aliance 4 Avecques vous; ce m'est plaisir sans cesse.

J'ay veu le temps qu'entreprint Malebouche * De me bannir de vous villainnement; Mais son effect luy tourna en reprouche^ 8 Car el parloit et ne savoit comment.

Par mal parler el m'a fait telle presse Qu'a peine ay peu y trouver résistance; Mais non obstant, quand elle auroit puissance, 12 Toujours mon cueur est a vous, ma maistresse.

Sy vous m'aymésj tant plus le cas me touche; Pourquoy donc tant en tient on parlement?

C'est temps perdu, et fust ce un parent prouche,

i6 Quant il vouldroyt y mcstre empeschement.

Atant vous pry, m'amour et ma richesse. Que de mon corps faciez vostre plaisance En vous servant, et j'auré suffisance 20 Autant ou plus que d'une grant princesse.

2 Une pose, un espace de temps.

XXVIII. — * Malebouche, personnification de la médisance empruntée au roman de la Rose.

L'autricr quant je chevauchoys, A l'orée d'ung vert boy»

Trouvay gaye bergère :

De tant loin qu'ouy sa voix Je l'ay araisonncc, TandcTclo' î '( Dieu vous adjust, bergère!

8 Dieu vous adjustj bergère! »

Tandis que l'araisonnoys, Ung grant lou saillit du boys

O la go u lie bace :

La plus belle des brebiz Il en a emportée, Tanderelo !

Dieu vous adjust, bergère!

i6 Dieu vous adjust, bergère !

Quant la bergère si vit Que le lou tint sa brebiz,

A haulte voiz s'escrj'e :

« Qui m'y rendra ma brebiz.

Et je seray s'amye ? »

Tanderelo !

Dieu vous adjust, bergère !

24 Dieu vous ad)ust, bergère!

Quant le chevalier oyt Ce que la bergère a dit,

Mist la main à l'espée :

Au devant du lou s'en va.

XXIX. — ' Tanderelo, refrain analogue à ceux des anciennes pastourelles, auxquelles cette pièce se rattache intimement.

La brebiz a laissée.

Tanderclo !

Dieu vous adjust, bergère!

32 Dieu vous adjust^ bergère !

« Tenez, belle, tenez cy :

Je vous rends vostre brebiz

Saine comme les aultres ; Or me ftiictes mon plaisir

Comme j'ay fait le vostre. »

Tanderelo!

Dieu vous adjust, bergère!

40 Dieu vous adjust, bergère!

« Chevalier^ cinc cens mercyz :

Pour ceste heure n'ay loisir,

Aussi je n'oseroye ; Et m'en eussiès sauvé dix, Pour rien ne le feroye. »

Tanderelo !

Dieu vous adjust, bergère!

48 Dieu vous adjust, bergère !

Trop penser me font amours^ dormir ne puis 2 Si je ne voy mes amours toutes les nuytz.

«Comment parleray je avons, fin franc cueurdoulx?» (( Vous v parlerez asscs, mon amy doulx : Vous viendrez a la fenestre a la minuvt; Quant mon père dormira j'ouvriray l'uys. » Trop pencer me font amours, dormir ne puis 8 Si je ne voy mes amours toutes les nuyts.

Le gallant n'oblia pas ce qu'on luy dist, De venir a la fenestre a la minuyt; La fille ne dormoit pas^ tantoust l'oyst :

roulc nue en sa chemise cl luy ouvrit. Trop penser me font amours, dormir ne puis 14 Si je ne voy mes amours toutes les nuitz.

« Mon amy, la nuit s'en va et le jour vient : Despartir de noz amours il nous convient; Haisons nous, acollons nous, mon amy gcnt, Comme font vrays amoureux secrètement. » Trop pcnccr me font amours, dormir ne puis 20 Si je ne voy mes amours toutes les nuyts.

XXXP

Mauldiz soyent tous ses envieulx Qui m'ont voulu charge donner Par leur faux et maulvais parler, 4 Disant que je suis amoureulx.

Par mon serment, sy je l'estoyc.

J'en penseroye trop mieulx valoir.

Et volontiers y aprendrove :

8 C'est belle chose que savoir.

Car a tout bien considérer.

C'est le plaisir dessus les cieulx Lequel est le plus a priser I 2 Et qui rend le cueur plus joyeulx.

Hz ont dit que j'ay belle amie.

Mais que ne la vieulx pas nommer :

Ce seroit a moy grant follie If") De dire ce que doy celer.

Je suis celluy qui en tous lieulx L'honneur des dames veulx garder, Et a les servir m'emploier, 20 Maulgré les faulx villains jalleux.

XXXI. — ^ Cette chanson est imprimée dans le recueil Lo trian de i343.

En amours je suis bien eureulx .

Je le maintiens et le puis dire; J'ay tout ce que mon cueur désire 4 En despit des faulx envieulx.

J'ay ja enduré mainte injure De ces faulx jaleux, sur ma foy, Qui ont voulu, je le vous jure, 8 Prendre desbat avecques moy.

Mais de fait tout j'en enduroye ; Car sy autrement j'eusse fait, J'eusse ja perdu en effect I 2 A veoir celle que tant j'aymoie.

J'aimois mieulx tout endurer d'eulx, Qui ne me vallent trestous rien, Que si je perdisse a veoir ceulx i6 Qui m'ayment et que j'ayme bien.

Mais sy aux coups fussions venuz, Je n'eusse pas fuy pour eulx; Je les eusse tresbien batuz :

20 Oncques amant ne fut paoureux.

XXXIIP

Dieu gard celle de deshonneur Que j'ay long temps amée !

Avec elle par grant doulceur Ma jeunesse ay passée, i Or voy je bien que c'est folleur D'y avoir ma pensée,

XXXIII. — * Cette chanson se retrouve dans les mss. de Bayeux et de ^ Vire

Puis qu'elle m'a dit par rigueur :

8 « Nostrc amour est finéc. »

A jxiurpcnscr je me suis mys Quel Jesplaisir luy avoys fait :

Jour de ma vie ne luy mcsfis, Ne ne le vouldroie avoir fait.

Pour bien faire souvent mal sourt,

C'est vérité prouvée :

Dieu soit loué du temps qui court!

16 J'auré myeulx l'autre année.

[Hellasî que vous a fait mon cucur Bien je le doy triste nommer.

Jamais ne veis ung tel malheur D'homme pour loyaument amer ; J'en av souffert maint dueil amer, xMon œil en rend larmes et plours : Ainsy convient mon temps passer 24 Puisque j'ay perdu mes amours'.]

Hellas ! il est fait de ma vie :

Mesnaige - a pris sur mov vigour ; A Dieu command joye et baudour ', 4 Esbalement et chanterie.

Je m'y souloye aller esbatre Avecques ces gentilz gallans; Mais maintenant suis a mon atre 8 A nourir mes petiz entVans.

- Cette strophe manque dans les deux autres mss. et proient sans doute d'une autre chanson.

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