DI
Avoir nous fault dame nouvelle Que loyaulment nous serviron ; Ne scay si nous cschapperon Ce temps d'esté sans riens avoir; Mais toutes fois nous esperon 24 De bien vivre et mieulx avoir.
Les grandes dames doyvent avoir Pitié de leurs povres servans; Nécessité est de savoir Qu'il fault aider aux escoutans Et non pas croire les rapportans ; Faulx rapporteurs sont tousjours prests ; Bien doy mauldire mesdisans, 32 Car par eulx j'ay mains maulx souffers.
Mes maulx souffers n'est que du mains, Qui auroit saison gracieuse; J'auré des biens, j'en suis certains^ Sy ma vie n'est malleureuse :
Qui a malheur tout luy court sus, Et ne peult venir a bon port; Qui bonne maistresse a il se actcnd 40 D'avoir a la fin bon confort.
Si je suis trouvée Au boys sous la ramée Aveques mes amours, Pour chose que je voye Point ne changeroye 6 Mes loyalles amours.
L'aultrier m'aloye esbaloyent :
Rencontray bergère ses aigneaulx gardent;
L. — * Cette chanson paraît également fort altérée. Esbaloyant, voy. xxiv, 3, et ci-dessous lx, 2.
le lui prins a dire : o Serez vous m'amyc? » Elle m'y rcspond : « Vostrc courtoisie Ne inc dcsplaisl mie. »
12 Mes loyalles amours!
Je la prins par sa main qui blanchoye* Et la gccté sur l'crbc qui verdoyé; Je luy fciz courtine D'une blanche cspine Et d'une aultre flour Qu'on appelle rose ; C'est bien aultre chose 20 Que daymer par amour.
James je n'auré envie D'amer femme aulcunnement Sy je ne sçay de quel gent 4 Elle est et qui l'a nourrie.
J'en avois une choisie Qui disoit qu'el m'aymoit tant; Mais elle est a plus de cent 8 Autant comme a moi amye.
Cil est bien fol qui se fie En femme quant el se vent ; Car qui luy fault de paiement*, 12 L'amour est bien toust faillie.
' L'ancienne langue exprimait la coloration par une série de verbes en -oyer que nous avons perdus ou que nous n'employons plus dans c^- sens : blanchovcr, verdoyer, rougeoyer, indoyer. etc., étaient bien plus pittoresques que être blanc, vert, roiif^c, bleu, etc.
LL — ' Qui luy fault de patentent, si on manque à la payer.
LU
Si congié prcns de mes belles amours^ Vrays amoureux, ne m'en voullés blasmer; Car j'ay souffert de plus grèves doulours Que ne font ceulx qui nagent" en la mer. Car aymer m'est tous les jours tant amer Qu'avoir ne puis d'elle ung tout seul regard Fors en fierté pour mon cueur entamer; 8 Sy prens congié avant qu'il soit plus tard.
J'apperçoy bien clerement tous les jours Que mes amours commancent a finer; Joué el m'a des plus estranges tours Que jamès homme saroit ymaginer; Pourtant ma part en vieulx habandonncr, Car n'ay trouvé loyaulté de regard : Je ne dy pas pour luy blasme donner; 1 6 Sy prens congié avant qu'il soit plus tart.
Pour moy soulloit fliire plainctes et plours Telz qu'il sembloit qu'elle se deust pasmcr, Tant avoit paour, ce me disoit tousjours, Que aultre dame je ne voulsissc aymer. Mais de rigueur elle se vieult armer, Et paint retfuz dedans son estandart^. De sa prison vueil mon cueur deffermer; 24 Sy prands congié avant qu'il soit plus tard.
La mercy Dieu, j'ai desja fait mon cours, Et les nouveaulx commancent a régner*;
LIL — * La seule forme de cette chanson, qui est une ballade, noins VEnvoi, indique qu'elle n'est pas populaire. La première trophe se trouve dans le ms. i 597.
* Qui naviguent.
^ Métaphore empruntée à l'usage de peindre sur son étenlard quelque emblème allégorique.
* Régner; voy. xv, 24.
Je n'y ay plus réconfort ne recours : laisser convient les aultrcs gouverner; Mais je scay bien qu'avant leur retourner Hz en auront tout autant pour leur part Comme j'ay eu, et n'en vieulx mot sonner; 32 Sy prens congic avant qu'il soit plus tard.