LXXIV. — * Se retrouve dans le ms. de Baveux
- Proverbe qui signifie qu'en voulant avaler son potage trop chaud on s'expose à se brûler, c'est-à-dire que l'impatient risque de se faire du tort. Hastivet est une espèce de personnification formée de hâtif, et cette leçon doit être préférée à Trop hastif, à cause du temps du verbe. On voit ici le proverbe en train de devenir conte populaire.
Qui emprunte ne peult choisir; 20 Ç'ay je ouy dire longtemps a.
[Entre vous, gcntilz amoureux, Soyez tousjours doulx et loyaulx ; Lessez parler les envyeulx, 24 Car sur eulx tomberont les maulx.
Je prie a Dieu qui tout créa Qu'il me vueille reconforter Et de bref en joye retourner 28 Vers la belle qui mon cueur a.J
Las ! que feray je, desoUée, Quant j'ay perdu le myen amy ?
J'avoye acquis ung amoureux A l'avantaige^ Le plus beau, le plus gracieulx
De son li^naige; Mais faulx rapport et faulx langaige Nous ont séparez moy et luy.
Las ! que feray je, désolée, 10 Quant j'ay perdu le myen amy?
Comment as tu ousé songer, Faulce envieuse.
De m'avoir fait tel destourbier,
Mallencontreuse ?
Sy te tenoye, langue hydeuse, James ne parleroys de my.
Las ! que feray je, désolée, 16 Quant j'ay perdu le myen amy?
LXXV. — * A l'avantage, dans les conditions les plus satislisantes.
Quant je pense au tant doulx maintien De sa personne, Mon povrc cucur ne tient a rien,
Tant je frisstjnne !
Tant est mignonne sa personne Que ja n'aymc aultrc que luy.
Las! que fcray je, désolée, 26 Quant j'ay perdu le myen amyr
Et quant jcsuys en ces haults boys En la belle umbrc, J'ouys le chant si doulx et courtoys
D'oyscaulx sans nombre, Et par dessoubz la belle rouse Chante regretz de mon amy.
Las ! que feray je, désolée, 34 Quant j'ay perdu le myen amy?
Désormais en malheureté Me fauldra vivre, Laisser toute jouyeuseté Et dueil ensuvvre.
Je prie a Dieu qu'il me délivre Du grief mal que j'ay a souffrir.
Las! que feray je, désolée, 42 Quant j'ay perdu le myen amy?
LXXVP
Je suys amoureulx d'une rouse Qui des faulx jaloux est enclouse Et tousjours sur elle ont les yeulx.
Mauldiz sovent les faulx envieulx !
5 Car je les hay sur toute chouse.
En no jardrin je suis entrée :
Trouvay la rouse espanouye :
LXXVL — ' Cette chanson paraît faite de morceaux rapportés.
Sy doulcement je l'ay cuillie Et l'ay donnée a mon amy :
10 « Tenez, tenez : veez cy la rouse. »
Des faulx jaloux jesuis enclouse Tant qu'a mon amy parler n'ouse Ce moys de may tant gracieulx; Mais en despit d'entre tous culx i5 Je la vous donne ceste rouse.
Je ne luy ose faire chère A mon amy quant je le voy, De paour qu'aux jaloux n'en desplaise Ou qu'ilz s'en courrousent a moy :
20 Mal est batu qui pleurer n'ouse.
Tout le cueur de moy sy en tremble Corne fait la fueille d'un tremble Quant le vent la souffle sy fort.
Aux faulx jaloux Dieu doint la mort :
25 Nous ne pourrons plus vivre ensemble.