‹ Chansons du XVe si¿ecleChapitre 39 sur 104 · XCVIII · texte numérisé non relu

XCVIII

« Quant je seray lassus en mes chasteaulx, Et vous serez ung penseur de chevaulx -,

* Toppin, pot ; tupin dans le français du seizième siècle.

^ S'est esclasa : s'est brise, s'est fendu.

^ Je rétablis ce mot, que je regarde comme le substantif verbal de digna, dîner.

■' n D'une pièce de bœuf salé. »

*• « Je n'en voulais pas. » Gyn est l'anc. fr, ffiens, prov. ges, sur lesquels voy. Mém. de la Soc. de Linguistique de Paris, t. I, p. i68.

XCVIL — * J'acointay, je fis connaissance de. Ce verbe conserve le sens primitif de cointc; voy. la note sur xlviii, i.

XCVIII. — ^ Cette chanson grossière, mais non populaire, tranche avec le ton des autres.

^Penseur, panseur. Penser et panser, comme on peut le voir dans Littré, sont originairement un seul et même mot.

Et je scray une dame honorée, 4 Pour Dieu ne dictes pas que vous m'aicz améc. »

a Quant je seray sur mon cheval monté Et je seray bien armé et bardé, Et vous serez une vieille riddée, 8 Pour Dieu ne dictes pas que je vous ayc amée. »

0 Fi ! c'est erreur d'aymcr tclz paulurcaux ' Que gens de court et aultrcs affectreaux * ; C'est trop mcspris* d'y mectre sa pensée : 2 Pour Dieu ne dictes pas que vous m'aicz amce. »

a Je vous confesse que vous avez raison, Car vous aymer c'est trop grant desraison, Pour ce qu'estes une ordeuse' affectée. i6 Pour Dieu ne dictes pas que je vous aye amée. »

« Je m'en teray et pour mon grant honneur, Car vostre amour me seroit deshonneur A moy qui suis une dame estimée.

20 Pour Dieu ne dictes pas que vous|m'aiez amée. »

« Vous estes laide et horrible a tous yeux : De vous caicher vous n'en vauldrés que mieuLx, Si vous n'estes bien tendue " et fardée ; 24 Pour Dieu ne dictes pas que je vous aye amée. »

' Gaulureaux : godelureaux. Voy. dans Littré des formes semblables.

* Affectreaux , mot formé comme cuidereau , plus usité : gens affectés, prétentieux.

5 Mesprendref commettre une erreur, une faute.

^ Ordeiix ou ordoiix^ dérivé de ord^ « sale » .

"^ Tendue. Il s'agit des artifices employés par les femmes, à l'aide des coiffes dont leur visage était entouré, pour tendre la peau de leur front et en effacer ainsi les rides.

a Et VOUS, quaquart** et puant marjolet, Pas n'estes digne d'estre le mien varlet Pour abreuver ou penser m'hacquenée.

28 Pour Dieu ne dictes pas que vous m'aiez améc. »

« Vostre hacquenée vous fait souvent mestier, Car elle sert bien a vostre mestier Pour souvent faire une grant chevauchée. 32 Pour Dieu ne dictes pas que je vous ayc amée. »

a Quoy qu'il en soit^ vous serez déboutez D'entre noz dames et a plat desmontez; Et quant serez illec la guelle bée, 36 Pour Dieu ne dictes pas que vous m'aiez amée. »

« Et vous serez ung jour femme de bien ; Et que vauldrez? je n'ouse dire rien; Chascun dira : Vella la veroUée ^.

40 Pour Dieu ne dictes pas que je vous aie amée. »

Que faire s'amour me laisse ?

2 Nuit et jour ne puis dormir.

Quant je suis la nuyt couchée, 4 Me souvient de mon amy.

Je m'y levay toute nue, 6 Et prins ma robbe de gris *;

Passé parla faulce porte, 8 M'en entray en noz jardrins ;

' Qiioquart, voy. xxxv, i3. — Marjolet, pour mariolet^ diminutif masculin de mariole, marionnette, poupée; mot trèsusité à cette époque pour railler les jeunes gens trop élégants et de peu de fond.

' Ce mot range notre chanson parmi les plus récentes du recueil.

Page 1