‹ Chansons du XVe si¿ecleChapitre 7 sur 104 · XI. IX Réveille toi franc cueur jouyeulx · texte numérisé non relu

XI. IX Réveille toi franc cueur jouyeulx

CXXXVIII Réveillez vous, Picars et Bourguignons

LV Roync des fleur» que j'ay tant dcsirec. .

CXTX Se jo son maii maridade

l.II Si confié prcns de mes belles amours. .

CXX Si j'ay perdu par medisans.

C'AVÎII Sy j'ayme mon amy. . .

XCV Sy je perdoys mon amy

\. Si je suis trouvée

V Si je suis trouvée

XXX VI Si vous demourez longuement

XLIV Soubz une aubépine fleurie

XXXVIII Souvent m'esbas et mon cueur est marry

XCVI Tousjours de celle me souvyn

XXX Trop penser me font amours

VII Une mousse de Bisquaye

CXLI Une petite hacqucnéc

XLV Ung cspervier venant du vert boicauge.

XLVI Vecy la doulce nuyt de may

LUI Vccy venir la gellcc

CXXIII Vray dieu d'amours, confortez moy.. .

VIII Vray dieu d'amours, confortez moy. . . CXX IV \'ray (.lieu d'amours, réconfortez ma dam CXXII \'ray Dieu ! qu'amoureux ont de peine !

CXXI \'ray Dieu ! qui m'y confortera

CXXXIV Yo ! yo ! compère, commcri.

ii3

Puisque Robin j'ay a non, 2 J'aymeray bien Marion.

Elle e3t gente et godinette% Marionnette, Plus que n'est femme pour vray, Hauvay ^ !

7 Plus que n'est femme pour vray.

D'or en avant je vueil estre Plus grant maistre :

Pastoureau je deviendray^ Hauvay !

1 2 Pastoureau je deviendray.

Et merray * mes brebis pestre Sur Terbette ;

I. — ' Cette chanson, par les noms qu'elle contient, ainsi que par son allure, se rattache encore au cycle rustique de Robin et Marion, auquel appartiennent un grand nombre de pastourelles du treizième siècle (voy. Bartsch, Romances et Pastourelles, Leipzig, Vogcl, 1870), et qu'a surtout rendu célèbre le charmant opéra -comique d'Adam de la Halle. C'est peut-être à notre chanson, qui serait ainsi une des plus anciennes du recueil, que Villon fait allusion sous le nom de Marionnette {Gr. Test.^ huit. cliv.). — Elle se retrouve dans le ms. de Baveux.

- Godinette, mignonne, gentille.

'^Hauvay; des refrains analogues (//^i/yoz, avoi) se retrouvent dans les pastourelles plus anciennes.

* Merray, mènerai.

Ma panncticrc saindray, Hauvay I 17 Ma panncticrc saindray.

Et s^ay bien qu'il m'y fault mcctrc Pour repaistrc :

Croyez que point n'y faudré^ Hauvay!

22 Croyez que point n'y faudray.

Je suis seur qu'y fairons feste • Marionnette Le m'a dit et je le croy, Hauvay!

27 Le m'a dit et je le croy.

^^ Pastourelle joUic^ Dieu te doint tresbon jour.

Il m'est prins grant envie De devenir pastour, 5 Et d'en savoir le tour. »

« Comment scroit pastour Qui n'a rien a garder? »

(( Si avoye vostre amour, Bien la saroyc garder, 10 Car j'en sçay bien le tour*.»

« M'amour n'arez vous mie, De paour de deshonnour :

James jour de ma vie Je n'avmé par amour.

1 5 Et si n'en scav le tour. "

II. — ' Cette strophe, qui n*a ni le rhythme ni les rimes des autres, est sans doute altérée.

(( Amie, belle amye, Ne craingncs deshonnour, Car jamès en ma vie Ne lerray vostre amour, 20 Jamès et a nul jour. »

La belle s'est soubzrise^ En disant : « Amy doulx, Sy vous savez la guise Du joly jeu d'amours, 25 Sy m'en monstrez le tour. »

^^ Gente pastourelle au cueur gay, Qui moutons gardez en la prée, La vostre amour m'y soit donnée, 4 Et la mienne vous donneray.

« Je prensisse moult ' grant plaisance, Belle^ de voz moutons garder.

Mais que ce fust en espérance 8 Que vous me voulissiez aymer.

« Vostre regard et voz doulx yeulx, Vostre face tant collorée, Ont mis mon cueur en grant pensée :

12 Point je ne dors, ainsi m'aist Dieulx'. »

* La forme soiibp'ise, dont je fais par conjecture un participe, est régulière; l'anc. fr. disait ris pour ri; cf. it. riso.

III. — ^ Le premier couplet de cette chanson se trouve dans le ms. i597 (M).

- Je prensisse, je prendrais.

^ Nous retrouverons souvent cette locution, parfois fort altérée. Elle se décompose en : ainsi m'aide Dieu (que je dis vrai).

La pastourelle fut bien buigc, Et rcs(x>nt gracieusement :

« Je n ay pas le cuer si vollaigc lô Qu'il vous semble, par mon serment.

« Car j'ay mon pastoureau tout quis, Le plus beau de ceste contrée, Et si lui ay m'amour donnée :

20 S'il m'ayme bien, si fais je iuy. »

Hellas! qu'elle est a mon gré.

Celle que je n'ousc nommer !

Hellas ! qu'elle est a mon gré, 4 Celle que n'ouse dire !

L'autre jour jouer m'allay En marchant la verdure * ; Trouvay la belle en ung pré, 8 Sur l'erbe qui point dure*.

D'amours faisoit ung chapellet' Vray Dieu ! qu'il estoit bien fait !

Par amour Iuy demanday I 2 Et elle me l'octrove.

IV — * Le verbe marcher a encore ici son sens primitif de « fouler aux pieds » : voy. Littré.

* « Qui pousse droite. »

* Chapellet. Un chapel de fleurs, en ancien français, c'est une couronne; chapelet en est un diminutif. Le sens actuel n'est que métaphorique : cL rosaire, ail. Rosenkran^.

Si je suis trouvée Avecques mon amy, En doy je estre blasmée 4 Pour parler a luy ?

Mon père et ma mère sy m'ont mariée

A un vieil bon homme

Maudit soit le jour qu'oncques je le vy ! 8 Hellas! mes amours ne sont pas ycy.

Quant ce vient le soir que je suis couchée, Mon villain s'endort toute la nuitée; Je pleure et souppire, je ne puis dormir. 12 Hellas! mes amours ne sont pas vcy.

[Quant ce vient le jour que je suis levée, Mon amy m'aporte saincture dorée, Saincture dorée, chapperon aussy.

ï6 Helas ! mes amours, helas! ce sont iP.]

Sur toute couleur j'ayme la tannée ^ : Pour ce que je l'ayme m'en suys habillée,

Et toutes les aultrcs ay mis en obly.

20 Hellas ! mes amours ne sont pas ycy.

V. — * Cette chanson appartient à toute une classe, qu'on peut appeler les chansons de la mal mariée, ou de la Maumariée (une chanson de ce nom est mentionnée au livre V de Pantaf^ruel; voy. aussi la farce de CalbainsAnc. Th. Fr., t. H, p. 144, où l'imprime a mCiimiarice)\ des chansons sur le même type se rencontrent encore en grand nombre dans le répertoire populaire.

^ Cette strophe, où la donnée est autre et où le refrain diffère, paraît interpolée.

' Tanné, brun foncé.

[Le noir se complaint et ne scel a qui ; De ducil est actaint et prcîk]uc transy : Sy plus longuement il vit sans mercy, 24 Mourir lui convient; hcllas ! qu'cssc cy *?]

( Kou .;.if;ii(>icl sauvui^c ljui cliaiilc .1 la raméc, Va dire a mon amy que je suis mariée, Que je suis mariée hors de mon dcî»ir. 28 Hclusl mes amours ne sont pas ycy*.|

Qu

uant m'en venoye du bois l'autrier, D'ouir le doulx chant des ovseaulx Et Loyset le franc bcrgier (C'est le plus beau des pastoureaulx), En retournent vers mes aigneaulx J'ouy chanter dedans le boys Bergère faisant ses aveaulx * :

8 Cestoit la plus belle des trois.

Dedens le boys m'en retourné, Trouvé Margot et Marion Soubz la feulle du bois ramé Qui cherchoient les fleurs au buysson ; Je les salué par leur nom^ D'aymer les priay plusieurs foiz ; Mais l'une me respondit non :

1 6 Cestoit la plus belle des troys.

* Strophe sans doute interpolée.

^ Strophe irrégulière, ajoutée après coup.

VI. — ^ Faisant ses aveaulx, faisant ce qui lui plaisait, se divertissant. Avoir son avcL en vieux français, c'est avoir tout ce qu'on peut souhaiter. Diez iEtym. Wb., II c.) donne de ce mot une étymologie très-douteuse [lapiîius). Je suis porté à le rattacher à velle : on aura dit en bas latin viyere, essere ad

Quant d'elle )e fus esconduit ', De ducil rompy mon flajollet; Et je luy vy les fleurs cuillir :

Je luy demandé ung bouquet :

« Allon emprès ce buissonnet, Et la nous ferons noz degoys '. »

Elle me donna ung buffet^ :

24 C'estoit la plus belle des troys.

« Puis qu'ainsi est, gentcs bergères^ Pour meshoen ^ adieu vous dy ; Car vous estes ung peu trop ficres. »

L'une des troys me respondit :

« He ! Robin, revenez lundy; »

Ung riz gecta tout de gingois ^, Fist ung signe que j'entendy :

32 C'estoit la plus belle des troys.

Une mousse de Bisquaye* L'autre jour près ung mouUin Vint à moy sans dire gairc,

vt'lle, d'où avcl et finalement aveaux. Ce qui rend cette explication incertaine, c'est que le mot manque dans les autres langues romanes.

^ Sur le rapport d'éconduire avec escondire et conduire, voy. Littré.

^ De^^oys, subst. verbal de def[oiser, paraît signifier ici simplement (( divertissement ». Cf. Bêle ert la /este et degoissie Toiirn. de Chauvenci, v. 1929).

^ Buffet, soufrict.

^Meshoen, compose de mais [cf. désormais] et hoen, oan,

cette année ». de hoc anno.

^ De gingois, de côte.

VII. — ' Mousse; c'est l'csp. mo^a: le masc. seul est resté dans notre langue, avec un sens spécial. On voit que mousse signifiait d'abord en général « jeune garçon, jeune fille ».

Moy hurtant sur mon chemin, Hlanchc comme un parchemin; Je la baisé à mon aise, Et me dit sans faire noise :

8 " Soaz, soaz, ordonarcquin '. »

Je luy dis que de Bisquaye J'estoys son prochain voisin :

(f Mccton nous près ccstc haie En l'ombre soubz l'aubcpin:

La parlerons a butin ' ; Faictes tout a ma requeste. »

Lors feist signe de la teste :

i6 « Soaz, soaz, ordonarequin. »

a Par mon serment, vecy raige Ce n'est françoys ne latin :

Parlez moy aultre langaige.

Et laissez vostre bisquayn.

Mectons no besongne a fin.

Parlons d'amours, je vous prie. »

Lors me dist, n'en doubtez mye :

24 a Soaz, soaz, ordonarequin. »

Avoir n'en peuz aultre chose, Par ma foy, a ce matin, Fors baiser a bouche close Et la main sur le tetin.

« Adieu, petit musequin \

-Ce refrain est, si je ne me trompe, le plus ancien exemplj qu'on ait de la langue basque. Je remets aux basquisants le soin de le traduire.

^ A butin, proprement t à la condition de partager le butin », comme le montrent les exemples cités dans l'historique de Littré; puis « en mettant tout en commun », ce qui esta peu près le sens de notre passage.

* Musequin. diminutif amical de museau, « minois ».

A Dieu soyez ^, ma popine'. »

Lors me dit la bisquayne :

32 « Soaz, soaz, ordonarequin. »

I Vray dieu d'amours, confortes moy Vous m'avez mys en grant esmoy Pour la belle que point ne voy En ceste nouvelle saison :

Helas ! comment passeray donc 6 Ce mois de may qui est si long ' ?]

Je me suis adventuré, En noz jardrins- suis entré Pour cuillir rose ou bouton En ceste nouvelle saison :

Hellas ! comment passeray donc 1 2 Cest mois de may qui est si long ?

En noz jardrins suys entre ; Trois fleurs d'amours y trouvay, Une en prins, deux en laissay En cette nouvelle saison :

Helas ! comment passeray donc i8 Cest mois de may qui est si long?

^ ^4 Dieu soye^, forme complète de la locution abrégée en à Dieu, adieu.

* Popine ou poupine, mot caressant, de la famille de poupée et de poupon.

VIII. — * Cette première strophe est transportée ici, avec [' une légère altération, de la chanson cxxiv, dont celle-ci a d'ailleurs emprunté le refrain.

^ Jardrin. Cette forme singulière, qui revient plus d'une fois dans notre ms. , n'est pas une faute de copiste, car non-seulement on la trouve ailleurs, mais elle est encore aujourd'hui usitée dans plusieurs patois.

Ung chapcllct fait en ay ; De troys rcns le commançay Kt a quatre l'achevay \m ceste nouvelle saison :

}{clas! comment passcray donc 24 Ccst mois de may qui est si long?

A troys rcns le commencay, Et a quatre l'achevay; A m'amye le donray En cestc nouvelle saison :

Helas ! comment passcray donc 3o Ccst mois de may qui est si long?

[Sy je la puis rencontrer, D'amours je la vueil prier; Aussi est ce la saison Ou mois qui moys de may a nom ; Hcllas ! comment passcray donc 36 Cest moys de may qui est si long?*]

A m'amye le donray, Et sçay bien que j'en auray Un bon baiser quant vouldray En ceste nouvelle saison ; Hellas ! comment passeray donc 42 Cest moys de may qui est si long ?

Auprès d'un jolys boucquet % L'orée d'une rivière,

^ Cette strophe, qui sépare mal à propos celle qui la précède et celle qui la suit, est visiblement interpolée.

IX. — * Le premier couplet est dans le ms. iSpy; les deux premiers ont été imprimés dans le recueil Lotrian de 1 543 (L).

* Boucquet, petit bois. C'est le sens primitif. On dit encore, par un pléonasme inconscient où l'on croit faire une meta-

Je trouvay le filz Marquct

Qui prioit s'amye chère

Et disoit en tel manière :

({ Je vous aymc, fin cueur doulx. »

Adonc respond la bergère :

« Et comment l'entendes vous? »

« Je l'entends bien, s'il vous plaist.

Belle, que soyés m'amye :

Je vous donray un bocquet De violecte jollie ; Mais d'une chose vous prie, C'est que m'aymez par amours. »

Adonc respond la bergère :

ib « Et comment l'entendez vous?

« Cuydez que pour ung bouquet Vous avez m'amour entière?

Il n'y a si beau varlet Q.ue je ne getasse arriére. »

« Obliez votre manière ; Faictes vous ainsy a tous? »

Adonc respont la bergère :

24 « Et comment l'entendez vous ? o

Robin feist tant par son plet ^ Et par sa belle manière Qu'il joua du flajollet,' Et aussy feist la bergère.

« Vous estes tresbonne ouvrière * ; Faictes vous ainsi a tous? »

Adonc respont la bergère :

32 « Et comment l'entendez vous ? »

phorc, un bouquet de bois. On trouve plus loin, v. 1 1 (cf. vi, 20) ce mot avec le sens que nous lui donnons d'ordinaire. Littrc ne donne dans aucun sens d'exemple antérieur au seizième siècle.

3 Plct, discours, langage.

* Ouvrière de deux syllabes, jusqu'au dix-septième siècle.

Hclasî pourquoy vivent ces faux jaleux ? Tritrcsse ' mort, venez les tous dcstruire : Ils font mourir en douleur et martirc 4 Par chascun jour ces loyaulx amoureux.

Ces faulx jaleux meurent de mort soudaine, Qui nuit et jour ne cessent de pencer A m'esloingncr ma dame souveraine î 8 J'aroye plus cher a la mort m'advancer.

El m'a donné boutons, roses et flours,

Et m'a saisy de ce que je désire, Et sy m'a dict : « Laissez medisans dire;

I 2 Mon bel amy, vostrc seray tousjours. »

Les faulx jalloux, que le fils Dieu mauldye, Ont mal parlé sus m'amye et sus moy; Mais si par eulx je perds ma doulce amye, i6 Ils congnoistront qu'ils ont desbat o' moy.

Le cueur de moy en est si doulloureux Et courroucé, dolent et remply d'ire, Pour la belle que souvent je désire ! 20 Las! je n'en dors ni repose mes yeulx.

X. — * Chanson qui se retrouve dans les mss. de Baveux et de Vire.

* L'accoi'd des trois mss. m'empêche d'écrire Traîtresse, mais c'est sûrement là le sens de ce mot.

3 O, avec.

A qui direlle'-^ sa pencée^ 2 La fille qui n'a point d'amy?

La fille qui n'a point d'amy Comment vit elle ?

Elle ne dort jour ne demy

Mais tousjours veille; Ce fait amours qui la reveille Et qui la garde de dormir.

A qui direlle sa pencée, 10 La fille qui n'a point d'amy?

Il en a bien qui en ont deux^ Deux, troys, ou quatre; Mais je n'en ay pas ung tout seul

Pour moy esbatre; Hellas ! mon joUy temps se passe ; Mon tetin commence à mollir.

A qui direlle sa pencée^ i8 La fille qui n'a point d'amy?

J'ay le vouloir si treshumain Et tel couraige, Que plus toust annuyt que demain^ En mon jeune aage,

XI. — ^ Le premier couplet de cette chanson est imprimé dans le recueil de i 543 (L).

' Direlle. Ces formes contractées, qui remontent à des formes plus anciennes où le t était tombé (dira elle)^ se rencontrent surtout au seizième siècle dans des écrits d'un genre populaire. Quand Télision porte sur un e féminin {chantelle, donnil)^ elles n'ont rien d'extraordinaire ; il est plus étonnant devoir, comme ici, un a accentué s'êlider ; mais, en réalité, dans les groupes comme ceux-là (de m. dans dira-t-elle, vientil)., l'accent passe au pronom.

J*aymcroys miculx mourir de rage Que de vivre en un tel ennuy.

A qui di relie sa pencéc 26 La fille qui n'a point d'amy ?

XIP

'^ Bcrgcrottc savoysicnne, Qui gardes moutons aux praz, Dy moy si viculx cstre myenne :

Je te donray uns soûlas', Je re donray uns soûlas, Et ung petit chapperon ; Dy moy se tu m'aymeras 8 Ou par la merande' ou non. »

(( Je suis la proche voisine De monsieur * le cUra, Et pour chose qu'on me die Mon vouloir ne changera,

XII. — ' Cette chanson est mélangée de formes dialectales savoisiennes. En 1 5o2, en prêchant à Toulouse, Ollivier Maillard chanta un cantique sur Tair Berf^eronnette savoisienue [Ane. Poés. Fr., p. p. A. de Montaiglon, t. VII, p. 148]. Encore au milieu du seizième siècle, elle était assez populaire pour être citée dans la jolie farce de Calbain [Ane. Th. Fr.. t. II. p. 144).

^ Uns soûlas : des souliers (v. fr. soulers). Uns, unes, s'emploient pour désigner des objets qui vont nécessairement, soit par plusieurs (unes lettres)., soit, et surtout, par deux {unes lèvres, unes forces, uns soulers., etc).

^ La merande paraît bien se retrouver dans la chanson xlvi. qui est aussi mélangée de savoisien : je ne comprends pas cette expression.

* Monsieur en trois syllabes, comme assez souvent au quinzième siècle. Sieur est une forme parallèle de seigneur, dans laquelle \'n mouillée s'est affaiblie en /. Elle représente, par conséquent, le vrai régime de sire, tandis que seigneur est le régime de seindre [Passion, 2j

Mon vouloir ne changera Pour François ne Bourgoignon. »

« Par le cor De, si fera i6 Ou par la merande ou non. ^^

En amours n'a sinon bien, Nul mal, qui ne l'y pence ; James homme n'y eust rien 4 Qui eust peu d'espérance.

Je le dy pour mon amy :

Je le congnois d'enffance; Il m'aime, auxi fai ge lui :

8 Dieu le gard de meschance !

Oncques puis que je le vy Je n'euz aultre aliance.

Ce n'est rien ce monde cy 1 2 Qui n'y a sa plaisance.

Dempuis que j'adiray bon temps ' , J'en ay le cueur tout admorty; J'ay este en langueur longtemps Depuys que malheur m'abaty :

Prendre me fault aultre party

Pour mieulx avoir, Ou aultrement je suis banny 8 Pour toute douleur recepvoir.

XIV. — * Adirer, perdre, égarer. — Bon temps, sans article, est aux quinzième-seizième siècles une personnification très-aimée.

Soucy u mys et oppressé Mun cueur en grant subjcction; Mcllcncolic n'a cessé De me faire compression, I.aquel a mys en passion

Par trop longtemps Mon cueur sans nulle occasion, 1 6 Dont je ne me tiens pas content.

Je souloye rire et danser Avec ces compaignons galloys '; Mais maintenant me fault chanter :

« Bon temps, reviendras tu jamès? »

Je ne viz plus dcsoremais.

Mais je languis;

Car Fortune pour entremais'

24 M'a du tout en son malheur mys.

Mais j'ay bon couraige et espoir, Auquel je me fye du tout ; Doresnavant me fault pourveoir Qui me mectra sur le bon bout ;

2 Galloys. Ce mot, dans la langue du quinzième siècle, désigne un bon vivant, un joyeux compagnon: on le trouve surtout au pluriel, et emportant par conséquent l'idée d'une société. On peut le rattacher à la folle confrérie des Galois dont parle le chevalier de La Tour Landry (ch. cxxi, p. 241 , qui aurait flori au quatorzième siècle. Quant à cette confrérie, elle s'était donné ce nom parce qu'elle prétendait faire revivre les mœurs gaies et brillantes de la cour d'Artur. — Gaïloisc, au féminin, a un sens analogue, mais plus marqué. — On a donné à ce mot de gallois une signification tout autre; mais l'hypothèse qui fait des compagnons gallois une association patriotique (voy. A. Caste, F.tude sur Olivier Basselin, Caen, 1S66) ne paraît pas suffisamment établie.

' Pour entremais. Ironique. On appelait entremets les divertissements somptueux qu'on introduisait dans les grands festins.

Je feray du sot et du lourt

Pour mieulx suyvir :

Car qui n'est ung homme de court 32 A nul bien ne peult parvenir.

Mauditz soyent ces mariz jaleux Qui sur leur femmes font le guet !

Hz font aux pouvres amoureux Souvent endurer chault et froit.

Car jalouzie et le quaquet

Des envyeulx Ont maint appoinctement ^ défait; 8 Mais ilz n'en sçauroycnt valoir myeulx.

H ce ! Dieu, ou avoit il les yeulx Le père qui la luy donnoit, Veu qu'il est sy malgracieulx Et que si mal luy advenoit ?

Ung chascun vcoit qu'il est sy lait

Et si hydeux, Point de plaisir on n'y prendroit i6 Et eust il cent mil escuz vieulx.

Et entre vous, faulx medisans, Qui de chacun voulez parler, Cuydez vous pour vous, faulx truanSj Vraiz amoureulx faire hncr?

Chacun face a sa volunté

Sans riens blasmer : Sy vous avez vos jours tinez, 24 Laissez les despourveus régner*.

XV. — * Appointements au sens qu'a conservé l'anglais appointment, arrangement convenu, et spécialement rendez-vous d'amour.

^ Régner, souvent usité autrefois dans le sens de « briller, prospérer, vigere ».

Hclas! que vouiay^e mesfait En vous servant le temps passé ?

Terriblement mon povre cucur Kn est tresgrandement navré.

Maulditz soycnt ces maris jaleux,

Et envieulx !

Hz nous fairont nos jours fincr 32 Avant que nous devenons viculx^

Adieu, ma dame, adieu vous dy Las! ne sçay que doy devenir, Ne ne sçay la raison pourquoy Vers vous je puisse avoir mespris.

Pour Dieu, ayez ung souvenir

D'un amourculx Qui pour vous va ses jours finyr 40 En l'ermitage douloureux'.

XVP

Chacun mauldit ces jalleux.

Mais je ne les mauldis mye :

Il n'est pas vray amoureux 4 Qui n'est jalleux de s'amye.

L'aultre jour jouer m'alloye Tout autour d'ung vert buysson; Trouvay m'amye par voye 8 Parlant a ung compaignon.

Je soupçonne les deux dernières strophes de ne pas appartenir au texte primitif de la chanson ; outre qu'elles ne continuent guère bien ce qui précède, elles offrent des rimes plus que défectueuses.

XVI. — * Cette chanson se retrouve en partie dans le ms. de Baveux.

Mais je ne sçay qu'il lui dist :

Le jeu ne me plaisoit mye, Dont j'eu cueur triste et mary 1 2 Et entré en jalouzie.

Me tiray ung peu arriére Pour mieulx viser leur façon Et regarder la manière i6 De m'amye et du mignon.

Tout leur conseil ^ j'entendy, Tantoust fut leur départie; J'en le cueur tout resjouy 20 Et fu hors de jalousie.

En passant parmy la rue, M'en entray en sa maison :

De joye fut toute csmeue, 24 Et me compta sa raison^,

M'appellant son myeulx amé, Disant : « Je suys vostre amye; Aultre que vous ja n'aymé, 28 Ne ne feray en ma vie. »

Quant vy la bonté ma dame* Et toute s oppinioUj J'euz a l'eure, sur mon ame, 32 Le cueur plus fier qu'ung lyon :

Affin qu'en fust mcncion Je me mys la a escripre Tout par moy ceste chançon 36 Soubz une espine fleurie.

' Conseil^ « entretien à voix basse », d'où « secret. »

^ Conter sa raison, dire ce qu'on pense, ce qu'on a à dire.

* Reste de la construction usitée au moyen âge, où le de

possessif pouvait se supprimer; nous disons encore « les tours

Notre-Dame », etc.

Chappcau de saulgc' vicul pwrtcr Ce moys de may par desconfort, Puisque la belle m'a fait tort 4 Qui m'a change pour aultre amer.

Elle m'avoit promys sa foy Que tousjours elle m'aymeroit, Et jamès ne me changeroit 8 Ne aymcroit aultre que moy.

Mais elle a bien faulcé sa foy.

Et ung aultre amc, bien le sçay ; Dont j'ay eu du dueil si tresfort 12 Que j'ay esté presqu'a la mort.

En l'ombre d'un buyssonnet, L'orée d'une saulaye, Moy seul par ung matinet, Plus pensif que ne souloye, Advis me fut que j'estoye Couché revers pour dormir, Et ma dame je perdoye; 8 Lors je me pris a gémir.

Et pour mes pleurs estre escriptz Prins papier et escriptoire;

XVII. — * Chappeau, couronne. — Sur le chappeau de saulf^e, voy. la citation de Carloix dans l'historique de Littré. au mot sauf^e. — L On voit qu'on attribuait un chapeau de sauge à un amant que sa belle avait abandonné. Dans certaines provinces, l'envoi d'un bouquet de sauge annonce à un prétendant que sa demande n'est pas agréée.

De clameurs, pleurs, aussi cris, Mon cueur feist son inventoire, Duquel je feis ung mémoire Adressant a mes amours, Pour m'ouster de l'asscssoire i6 Ou j'abondoye en doulours.

Puis de cueur intencieux Pour gecter hors fantasie, Du rousignoul graciculx Invocqué la courtoisie, En luy disant : « Je te prie^ Va saluer de par moy Ma doulce et loyalle amie 24 Pour qui je suis en esmoy. »

Et le doulx roussignolet O sa pleume grivollée^ M'a laissé la tout seuUet :

Vers m'amye a prins voilée.

Laquelle estoit désolée Pour mon cas, mais toutesfoiz Elle fut reconsollée 32 Par son chant doulx et courtoys.

Et pour ce, amans par amours, Si faulx semblant point vous picque, L'oyseau vous donrra secours Dont le chant passe musique ^ ; Il scet toute la praticque D'esjouyr les dolloreux, Et tout son vouloir applicque 40 A servir les amoureux.

XVIII. — ^ Grivollée, grivcléc. Sur Tétymologic de grive^ voy. Littré.

* Musique : ce mot, dans nos chansons, comme dans la langue du quinzième siècle en général, signifie la composition musicale savante, par opposition aux chants ruraux.

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