LE A^EIL OUVRIER
Musique de Vaiiteur. — 70.
Je n'ai jamais fait de mal à persomie ; Vieil ouvrier je vous implore tous !
La charité sauve celui qui domie ; Jadis aussi j'ai donné comme vous.
Pour l'homme fort mendier c'est un vice ; L'âge affaiblit et mes yeux et ma main : En attendant que Ton m'ouvre un hospice, N'ai-je pas droit de mendier mon pain ?
Dans les bea,ux jours, quand la jeunesse amie A mon travail me trouvait si joyeux, Je n'ai pu faire aucune économie ; Je soutenais mes parents déjà vieux.
Il me souvient quelle fut leur souffrance Quand une balle a déchiré mon sein :
J'ai combattu pour notre indépendance !
N'ai-je pas droit de mendier mon pain ?
Que de tourments cet hiver nous amène ! Quand il fait froid les besoins sont plu;? grands. Le pain est cher. L'ouvrier peut à peine Gagner assez pour nourrir ses enfants.
J'avais un fils , bras de fer , âme pure , Dieu l'a repris... Je suis seul et j'ai faim ! Les chiens partout trouvent leur nourriture... N'ai-je pas droit de mendier mon pain !
Retirez donc les ouvriers, vos frères.
Partout du ])Ouge où leur misère entra ; Fondez, puissants, des cités ouvrières : Craignez encor , craignez le choléra !
Dieu la voulu , nous sommes solidaires ; Tremblez , palais , car le bouge est malsain ; Le mal se gagne : oh ! les hommes sont frères ! Nai-je pas droit de mendier mon pain?
Oui , j'ai ce droit ; tête et cœur , tout l'affirme : Le Christ un jour l'inscrivit dans sa loi. Sous mes haillons, vieillard caduc, infirme. Je suis un homme aussi bien que le Roi ! Rayon divin , mon àme est immortelle Ma pauvreté s'illumine soudain :
En attendant qu'aux cieux Dieu la rappelle. J'ai bien le droit de mendier mon pain.