JOCRISSE
Air : Moti père était pot. —
Loin de prendre pour parvenir La plume ou la palette , Jocrisse , en garçon d'avenir , Choisit la clarinette.
Quinze ans des échos Ses deux concertos Furent le long supplice :
Messieurs , écoutez Les difficultés Que sait vaincre Jocrisse.
Son oncle était , selon son vœu , Valet d'une princesse ; L'oncle , enchanté de son neveu , En parle à son altesse.
Voilà qu'un beau jour Il joue à la cour , Grâce à sa protectrice ; Chaque souverain Veut l'ouïr soudain :
— Voyez grandir Jocrisse.
Jocrisse , lancé par les rois Sur la grand'route humaine , Pour les nobles et les bourgeois Devint un phénomène.
Jocrisse ici bas
Trouve sous ses pas
Sans Y mettre malice , Un double trésor :
Des fleurs et de lor.
— Voyez grandir Jocrisse.
Notre homme avec ses deux solos Fit le tour de la terre ; La Fortune , image des flots , Le porte en Angleterre.
Il est applaudi :
Sensible lady Lui donne un cœur novice :
L'enfant d'Albion Vaut un million.
— Voyez grandir Jocrisse.
Jocrisse, par ce million , Revint un homme unique ; On le fit chef de bataillon De la garde civique.
Vingt fois décoré , Il sera titré :
Quel acte de justice î L'or rend orateur :
Il est sénateur.
— Voyez grandir Jocrisse.
Vieux , Jocrisse un jour dit : " Je meurs ! •' Ma conscience est nette ; " Adieu ma femme et les honneurs , « Adieu ma clarinette ! « Il fait le grand saut...
Trop souvent au sot Ce vieux monde est propice ; Et le ciel sourit Au pauvre d'esprit :
Ainsi finit Jocrisse.
Quelle rumeur clans la cité !
Comme chacun s'agite !
Un convoi vient de ce côté ; Rangeons nous au plus vite.
Quel riche convoi ! Les chantres , je croi , Seront lents à l'office ; Résonnez , tambours , Feu , cloches , discours :
On a perdu Jocrisse !