‹ Chansons. Éd. complète, avec les airs notés et le portrait de l'auteurChapitre 140 sur 218 · COUPLETS DEDIES A M. VICTOR JOLY · texte numérisé non relu

COUPLETS DEDIES A M. VICTOR JOLY

oui, je suis ne à La Haye, le 30 mai 1816, d'une mère belge et d'un pèie français qui vinrent lialiiler Mons six mois après ma naissance.— Oui, j'ai le coeur belge : je l'ai'prouvé yav mes chansons patriotiques, ri je suis fier dédire (|ue, seul en Bclpi(iue jusqu'à ce jour, W. Vicloi' Joly a songé à laire de mol un étranger dans le pays que je regarde comme ma pairie. — Oui , je me suis fait une position par mon travail.

Saiicho me reproche tout cela comme un crime. Pourquoi ?

Air : Faitt cV la vertu, pas trop n'en faut. — c2.

Sancho, cesse de t'in^iter :

Tu ne me feras pas chanter (l).

Sancho, dans des lignes fleuries, Démasquant mes vastes projets, Dit que j'ai choisi trois patries , Afin de mordre à trois budgets.

Sancho, cesse de t'irriter :

Tu ne me feras pas chanter.

Du Hollandais j'ai l'avarice ; Et, pour te rendre ton encens , Du Français je tiens la malice , Du Belge je tiens le bon sens.

(I) Donner de l'argent à un pamphlétaire de bas élagc pour acheter son silence. (Diclionnairc de poche à Tubage de M. Victor Joly).

Sancho, cesse de t'irriter :

Tu ne me feras pas chanter.

Je suis le plus adroit compère Car, longtemps avant d'être né , Je me taisais un sort prospère :

Quel destin je me suis donné !

.Sdiicho, cesse de t'irriter :

Tu ne me feras pas chanter.

Je pose, régente, administre :

Guillaume ma fait commandeur, Léopold m'a nommé ministre , Et Napoléon sénateur.

Sancho, cesse de f irriter :

Tu ne me feras pas chanter.

Sancho, trêve aux plaisanteries ; Pour te placer, j'ai résolu De t'ofï'rir à mes trois patries :

Nulle d'elles ne t'a voulu.

Sancho, cesse de t'irriter :

Tu ne me feras pas chanter.

Pour vivre selon ta coutume , On te voit, d'un air menaçant, Sur sa gorge mettant ta plume , Gueuser l'aumône du passant.

Sancho, cesse de t'irriter :

Tu ne me feras pas chanter.

Le sublime touche au grotesque :

Quand passe un homme vert encor,

Sur ton échine gigantesque

Il ne pleut pas toujours de lor.

Sancho, cesse de firriter :

Tu ne me feras pas chanter.

Fesse-Mathieu pour me pourfendre Près de toi sepuise à rimer :

Vous êtes faits pour vous entendre Et pour ne pas vous estimer.

Sancho, cesse de t'irriter :

Tu ne me feras pas chanter.

Contre moi désormais ta rage Peut se vautrer dans tes écrits :

Je n'aurai plus pour ton chantage Que le silence et le mépris.

Sancho, cesse de t'irriter :

Tu ne me feras pas chanter.

Janvier 1858.

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