‹ Chansons. Éd. complète, avec les airs notés et le portrait de l'auteurChapitre 142 sur 218 · A MADAME ACHILLE JUBINAL · texte numérisé non relu

A MADAME ACHILLE JUBINAL

Air : Échos des bois errants dans ces vallons. — 26.

Sur ton berceau le refrain cVun ami Voltigera , dit ta mère qui veille.

Comme un oiseau sur la branche endormi, Pour te chanter ma muse se réveille.

C'est un ami , cher petit nourrisson , Qui te dira ta première chanson.

•Autour de toi tout semble s'égayer

Sous le regard d'une mère ravie :

Sa douce voix t'apprend à bégayer

Des mots touchants qui charmeront ta vie.

C'est un ami , cher petit nourrisson , Qui te dira ta première chanson.

Ta mère est là prompte à sécher tes pleurs : Pour réjouir son àme qui rayonne , Que ton printemps . comme un arbuste en fleurs Donne à rêver aux beaux fruits de l'automne.

C'est un ami , cher petit nourrisson , Qui te dira ta première chanson.

Dieu veuille alors que l'ange du berceau , Qui verse en nous des trésors d'harmonie ,

De ton cœur pur , ainsi qu'un frais ruisseau Fasse jaillir la source du génie.

C'est un ami , cher petit nourrisson , Qui te dira ta première chanson.

Dans le chemin s'il te faut un appui , Pour te guider vers lavenir prospère , J'en connais un, tu peux compter sur lui : C'est le savoir et l'amour de ton père.

C'est un ami , cher petit nourrisson , Qui te dira ta première chanson.

Faible d'abord , un monde bienveillant Va t'accueillir sur la grand'route humaine ; Fort , tu verras dénigrer ton talent :

L'envie un jour a fait naître la haine.

C'est un ami , cher petit nourrisson , Qui te dira ta première chanson.

Si Dieu te fît pour un destin si beau , Dans le combat , comme après la victoire , Les ailes d'or de l'ange du berceau S'élargiront pour abriter ta gloire.

C'est un ami , cher petit nourrisson , Qui t'aura dit ta première chanson.

LxV BATAILLE DES EPERONS D"OR.

iPhiinc de Groeninglie, prùs de Couitiai.)

MERCRKDI 11 JUILLET 1302.

Musique de A. Geoaert. — 84.

Vers Courtrai d'orgueilleuses bandes Accourent au bruit des clairons ; Contre les communes flamandes Philippe (1) a lancé ses barons.

Ce n'est pas le peuple de France , Serf sous la féodalité , Non , c'est contre la liberté Le despotisme qui s'avance !

Flandre , combats avec fierté :

Cette lutte sera féconde ,

Car , de ton sol ensanglanté ,

Le germe de la liberté

Va poindre et transformer le monde.

Mais le tocsin se fait entendre...

Les chevaliers, fléau d'enfer, Passent en ravageant la Flandre Et par la flamme et par le fer.

Bénis par leur famille en larmes , Dans leur sainte rébellion ,

(I) Pliilippelc-Bel roi de France.

Au cri sacré : « Flandre au lion ! « (i) Peuple et bourgeois ont pris les armes.

Flandre , combats avec fierté :

Cette lutte sera féconde ,

Car , de ton sol ensanglanté ,

Le germe de la liberté

Va poindre et transformer le monde.

Nos châteaux-forts et nos églises

Se sont ouverts à deux l)attants ;

La noblesse , pour nos franchises ,

Est au milieu des combattants. (2)

Et la religion chérie

Vient servir , dans sa majesté ,

La cause de l'humanité

Sous les drapeaux de la patrie.

Flandre , combats avec fierté :

Cette lutte sera féconde ,

Car , de ton sol ensanglanté ,

Le germe de la liberté

Va poindre et transformer le monde.

Gloire au transport qui vous anime

Juliers , Borluut , Coninck , Breydel, (3)

Pour une défaite sublime

Ou pour un triomphe imm.ortel !

Le champ d'honneur est leur tribune ,

Ils électrisent nos soldats :

Les Flamands ne souffriront pas

Qu'on touche aux droits de la commune.

(I) Vlandercn dcn Lcuw.

(â) Mais il faut suiioiil signaler la p;irt que la imlilesse namaiidc prit à la défense de la Flandre. [llisloire île Flandre, Kcivyn de l.cUcnliovc'j.

(3) Guillaume de Juliers, Builuut, uhol des Gantois. Conyntk, Urcydcl , clR'fs des cor|)oialions de Druges.

Flandre , combats avec fierté :

Cette lutte sera féconde ,

(-ar , de ton sol ensanglanté ,

Le germe de la liberté

Va poindre et transformer le monde.

Aux flamands un prêtre héroïque.

En disant : " Dieu , sois avec nous ! " A montré le saint viatique :

Tous nos guerriers sont à genoux.

Puis , prenant un peu de poussière , Chacun , devant les ennemis , Donne à la terre du pays Le baiser d'un fils à sa mère.

Flandre , combats avec fierté :

Cette lutte sera féconde ,

Car , de ton sol ensanglanté ,

Le germe de la liberté

Va pomdre et transformer le monde.

Les chevaux font trembler la terre ; Et , lance au poing , bannière au vent , Des chevaliers l'armée entière Roule vers nous comme un torrent !

Ainsi qu'aux flots dans la tempête Dieu , notre suprême témoin , Leur dit : « Vous n'irez pas plus loin. Soudain un fossé les arrête !

Flandre , combats avec fierté :

Cette lutte sera féconde ,

Car , de ton sol ensanglanté ,

Le germe de la liberté

Va poindre et transformer le monde.

En vain chaque ennemi s'élance Afin d'atteindre à l'autre bord :

Le goc'dendag brise la lance , (i) Le (joedendag donne la mort !

La Flandre venge ses injures :

Nobles , prêtres , gens des métiers Renversent les barons altiers Dans leurs magnifiques armures.

Flandre , triomphe avec fierté :

Ta victoire sera féconde ,

Car , de ton sol ensanglanté ,

Le germe de la liberté

Va poindre et transformer le monde.

Enfin de la chevalerie

Les vainqueurs , plus pieux encor,

Sur les autels de la patrie

Déposent les éperons d'or.

Et les nations opprimées

Se disent : — A nous l'avenir :

Pour nous sauver et nous unir

Il existe un Dieu des armées !

Flandre , triomphe avec fierté :

Ta victoire sera féconde ,

Car , de ton sol ensanglanté ,

Le germe de la liberté

Va poindre et transformer le monde.

Les peuples sont une famille :

La France , en sa virilité ,

A , sous les murs de la Bastille ,

Brisé la féodalité.

Belgique , dans l'histoire humaine ,

Tes fils ont des titres plus beaux,

(1) noedcn:la(j : I\las<uo liérisfée de pointes de fer. Nos so'.ihils appuliiicnl p;ir ironie bonjour on goeilendag, celte aune dont ils allaient l'aire un si terrible usage. (Histoire de Belgique, Tliéodore Juste).

Car ils ont des temps féodaux Les premiers secoué la chaiiie !

Flandre, triomphe avec fierté :

Ta victoire est toujours féconde , Car sur ton sol ensanglanté , La moisson de la liberté Germa pour transformer le monde.

Là SAINT-HUBERT.

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