‹ Chansons. Éd. complète, avec les airs notés et le portrait de l'auteurChapitre 172 sur 218 · LE CREDO DU CHANSONNIER · texte numérisé non relu

LE CREDO DU CHANSONNIER

Musique de l'auteur. — 95.

L'athéisme a parlé : quel sublime langage !

Le blasphème à la bouche et le cœur plein de fiel ,

C'est entre l'homme et Dieu la lutte qui s'engage :

Vite , nouveaux titans , escaladez le ciel !

A de pareils penseurs ces choses sont faciles.

Moi , j'ose en faire ici le ridicule aveu ,

Je me range humblement parmi les imbéciles :

J'ai la simplicité de croire encore en Dieu.

Dans vos rêves de sang une hécatombe humaine De l'âge d'or perdu doit hâter le retour ; Vous croyez arriver au bonheur par la haine Tandis que le bonheur est une œuvre d'amour. De la fraternité le Christ fut le Messie , Et sa loi pour jamais est vivante en tout lieu ; J'espère en l'avenir de la démocratie : J'ai la simplicité de croire encore en Dieu.

L'homme est un grain de sable en face de ce globe ,

Qui lui-même est un point jeté dans l'univers ;

11 n'est pas de secret pourtant qu'il ne dérobe

A la splendeur des cieux, aux profondeurs des mers.

J'admire , en m'inclinant , la science superbe

Qui , pour franchir l'espace , unit l'onde et le feu :

Priez-la seulement de créer un brin d'herbe...

J'ai la simplicité de croire encore en Dieu.

Qui féconde la terre , û sainte agriculture , Dans les larges sillons qui tracent ton chemin ? La nature : d'accord. — Mais qui fît la nature ? Ce n'est pas moi, ni vous, n'est-ce pas, mon voisin? Chaque jour nous apporte une faveur insigne ; Le progrès paraît lent à l'homme qui vit peu. Adam sema le blé , Noë planta la vigne. J'ai la simplicité de croire encore en Dieu.

Les jurons s'élançaient de la mer à la nue , Le rhum coulait à flots des flancs d'un vieux baril... Tout à coup les marins , dégrisés , tète nue , Tombent à deux genoux : c'est l'heure du péril ! Otez donc la prière aux douleurs maternelles : Je pense que la mort est un ange ù, l'œil bleu, Qui reprend les enfants pour leur donner des ailes. J'ai la simplicité de croire encore en Dieu.

Novembre 186 5.

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