‹ Chansons. Éd. complète, avec les airs notés et le portrait de l'auteurChapitre 47 sur 218 · ADOLPHE ROUSSEL, A LOUVAIN · texte numérisé non relu

ADOLPHE ROUSSEL, A LOUVAIN

Air des Trois Couleurs. — 35.

Louvain est libre ! — Un soldat sans défense ,

Un Hollandais, prisonnier impuissant,

Est mutilé par la foule en démence

Qui , l'œil hagard , se vautre dans son sang !

Roussel accourt, et, bravant la mort même.

Crie, en montrant un chêne aux verts rameaux :

" 0 Liberté , sous ton arbre suprême

" Tu ne veux pas {bis) abriter des bourreaux ! ^^

" Fuyez cet arbre : il appelle l'orage

" Sur l'assassin 1 Monstres , retirez-vous !

•' Sous ce haut chêne, au vigoureux feuillage,

•• La Liberté pourrait vous broyer tous !

•' N'approchez plus de son antique emblème :

" Il fut, hier, planté par des héros.

" 0 Liberté, sous ton arbre suprême

" Tu ne veux pas abriter des bourreaux ! "

" Pauvre étranger! — Pour trouver tant de charmes

" A le frapper déjà mort à demi,

" Qu'avait-il fait? — Un ennemi sans armes

" Pour un soldat n'est plus un ennemi.

•' Vous , des soldats , des soldats ! quel blasphème !

•. Vous nous feriez rougir de nos sarraus î

" 0 Li1)erté, sous ton arbre suprême

" Tu ne veux pas abriter des bourreaux ! ■■-

Sublime instant ! — Bien que des cris de haine

Autour de lui retentissent partout,

La liaclie en main , Roussel abat le cliène :

Il est tombé ; Roussel seul est debout !

Au loin la foule est dans un trouble extrême :

L'arbre, en couvrant le cadavre en lambeaux.

Semblait lui dire en sa chute suprême :

•• Je ne veux pas abriter des bourreaux ! -

Quand vint la nuit, tous ces êtres infâmes Qui lâchement avaient donné la mort.

Dans leur sommeil, hommes, enfants et femmes Fuyaient, hideux, les rêves du remord.

Sanglants échos d'un sanglant anathème, Les bois, les prés, les vallons, les coteaux. Tout répétait, comme l'arbre suprême :

•' Je ne veux pas abriter des bourreaux ! -

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