VERS L'IDÉAL
à Théodore BOTREL
en manière de préface
Pour vous payer des dons si larfçement ojerts, Il vous suffît, ami, d'un rien, de quelques larmes; Et, s'il fallait encore embellir tant de charmes. On pouvait vous donner desjleurs : voici des vers.
Des vers écrits pour vous et par un camarade L'iiommage sejnhlera sans doute su perjlu; Mais c'est là votre orgueil d'avoir ainsi voulu Que ce soit un Breton qui vous donne l'aubade.
Je reconnais bien là le barde Jîer et doux Dont le cœur est toujours où s'ouvrirent ses rêves : Nous autres, qui vivons viainteriant loin des grèves, Nous aimons à parler avec ceux de '' chez nous ".
Merci, car uji Breton peut seul dire à voix haute Qu'on s'hoïiore là-bas des bravos recueillis : Si nul ne fut jamais prophète en son pays. On 7ie chante que vous de la Lande à la Côte.
La Bretagne eut toujours ses poètes charmeurs : Par les sentiers ^fleuris d'ajoncs et de bruyère Ils vont très lentement, graves comme en prière. De la foule fuyant les banales clameurs.
Mais, si noble que soit le but qu'il veut poui^suivre, Le poète s attarde en rêves décevants Car, son poème écrit en des vers triomphants, La forme le retient prisonnier dans un livre.
Mais ceux pour qui le Livre est à jamais fermé, Qiiils ne l'aient pas trouvé sur la route suivie Ou que le tourbillon des choses de la vie Les empêche d'ouvrir même l'ouvrage aimé,
Ceux qui Ji'ofit jamais lu, ti ayant jamais su lire : Le pêcheur qu'une barque emporte tous les soirs. Le laboureur qui passe en semant les espoirs^ L'artisan dont le rêve est souvent du délire;
Ceux qui ne savent plus, ceux dont s'ouvrent les yeux Le vieillard dont la main ne peut tourner la page, L'enfant qui ne connaît eticore que l'image. Ceux-là n'auront-ils pas un poète pour eux ?
Et si, dans leur regret de F étude choisie. Si, par leur ignorance ou leur légèreté. Ils vivent sans Jamais sourire à la Beauté, Seront-ils do?ic privés de toute poésie ?
Et c'est bien là ton rôle, ô naïve Chanson, D'aller au cœur de tous sans le secours du Livre Et défaire vibrer dans le bonheur de vivre L'âme où ton charme éveille un suave frisson.
La Chanson qui pénètre au fond de la chaumière Pour s'asseoir au foyer, courir sur les iits-civs. Suivre le pâtre aux champs, le mousse sur les fiots. Apportant à chacun la joie et la lumière ;
La Chanson qu'on dirait un soupir de roseau,
La Chanson qui sait prendre aussi la voix des houles
Pour faire tressaillir d'émotion les foules,
La Chanson qui s'élève ainsi qu'un chant d'oiseau ;
La Chanson qui va, vient, sur mer, sur la montagne. Voilà ce qu'on demande à ceux qui vont rêvant Et ce que leur fierté 7ious refuse souvent... Et voilà ce qu'on aime au pays de Bretagne.
Et vous êtes venu vers les déshérités, Et vous avez compris, vous dont grandit le rêve Au rythme languissant des vagues sur la grève. Que s'ils 7i' étaient pas lus les vers seraient chantés.
El vous avez chanté la Chanson la meilleure,
î\jjn pas celle qui passe et qu'on écoute en vain.
Mais celle gui pour l'âme est un baume divin
El met comme un rayon sur le front quelle effleure.
Ainsi, vous avez dit aux Bretons de " chez nous " : « Frères, écoutez bien la voix de vos ancêtres, « Comme eux sachez rester fidèles à vos prêtres, (( Et ne rougissez pas de tomber à genoux. »
Et j'ous, le hjrde ainiéque la foule enrirotnie, Vous avez-, par des i-ers que tous ont recueillis, Su rendre encor plus cher à tous le grand Pars Dont Anne de Bretagne a porté la coui^onne.
Même en France gardant les costumes si beaux Qui furent des Bretons r orgueil et la richesse, A régal 7îiaintenant de la Bonne Duchesse Vous quittez vos souliers pour chausser des sabots.
Et vous allez partout, dissipant d'uv sourire Le nuage qui monte à l'horizon si noir : Par vous qui le chantez va retiaître F Espoir Que d autres ont rêvé, mais ne savaient qu'écrire.
Alors que, d'un dédain ou d'un geste moqueur, Les sceptiques penseurs semaient partout le Doute, Vous avez eu des i7iots pour les tnettre en déroute. Qui n'ont d'autre secret que de venir du cœur.
Et nous vous disons tous : a Poursuivez votre ouvrage, C'est un apostolat que Jious applaudissons ; En France, où tout finit, dit- on, par des chansons. Il suffit d'un refrain pour rendre le courage !n
Et les bretons, conduits par un chef si loyal, Marcheront avec vous pour jnener la campagne. Heureux et fiers surtout quil parte de Bretagne L'élan qui fait monter les cœurs vers r Idéal.
SULLIAN-COLLIN.
ly
La Sabotière
LA SABOTIERE
Musique de Théodore BOTREL
Ail?nontroppo . ,
c • ' ■> o Avec force
■ce
A . mis, cho.quons
en ca . deii . ce Nos sa.bots ,pe.tits et
lun ''Oup de sabot 1
t .1- IIU. J J 1^^ ; J J' II?
gros, Car voi.cl que je com men.ce
(un coup de ^aboO
. (un coup de '.aboli k .
<(;v. ^;J J j'ii:;. iiJ'- ^M'
La ■ chanson des vieux ^â bnt*^: Fen . du? comme
it
iv— ^
des. pois-chi .ches. Mes sa . bots ne sont point
CnŒUR'en coenant du pi'vd par terré
beaux, Clic! clac! clic! clo! Mes sa. bots ne
' I J n K J-. ^nnl^^n?
sent pas ri.ches...Mais je suis dariS mes sa .
a pifcinp voit '■ntr>'> ksC.? )^ ^ j
bots! Oh! oh! oh!
oh
oh!
Amis, choquons en cadence Nos sabots, petits et gros, Car voici que je commence La chanson des vieux sabots ; Fendus comme des pois-chiches, Mes sabots ne sont point beaux :
Refrain (en chœur) :
Clic ! clac ! clic ! clo !
Mes sabots ne sont point riches. .
Mais je suis dans mes sabots !
Oh! oh! oh! oh!
Les sabotiers de Fougères
Les taillent dans la forêt ;
Les paroirs et les terrières
Virevoltent sans arrêt :
Leir en faut gagner des miches
Pour nourrir tous leurs marmots
Clic ! clac ! clic! clo !
Mes sabots ne sont point riches. . .
Mais je suis dans mes sabots '.
Oh ! oh ! oh ! oh !
On sait ce que l'on achète; On sait où l'on met ses pieds :
C'est dii bon cuir de brouette, Du vrai ci:ir de châtaigniers, Pour aller, le long des friches, ]Mener paître mes troupeaux,
Clic ! clac ! clic ! clo !
Mes sabots ne sont point riches.
Mais je suis dans mes sabots !
Oh ! oh ! vh ! oh '
Mon père ainsi que son père, Comme aussi tous leurs aïeux, En usaient plus d'une paire. . .
Et ne s'en portaient que mieux :
Ce sont presque des fétiches, Ces (• écraseurs de crapauds ! »
Clic ! clac ! clic ! cl<, !
Mes sabots ne sont point riches. . .
Mais l'e suis dans mes sabot;*. !
Oh ! nh ! oh ! oh !
Ils nous font le pied rapide Pour arpenter nos vieux champs ; Ils sont une arme solide Pour assommer les méchants ; Légères comme des biches Ils font sauter nos INIargots!
Clic ! clac ! clic ! clo !
Mes sabots ne sont point riches. . , Mais je suis dans mes sabots I
Oh : oh ! oh ! oh l
Parfois, un de nos gâs tâche De se faire un pied pointu :
Il se traîne comme un lâche, Il boîte à pied-que-veux-tu !
Serons-nous assez godiches Pour imiter ces nigauds ?
Clic ! clac l clic! clo !
Mes sabots ne sont point riches. . , Mais je suis dans mes sabots !
Oh! oh! oh! oh!
Pour réussir à la Ville, Faut singer les élégants ; Il faut faire l'imbécile :
Mettre des souliers, des gants !
T'as raison si tu t'en fiches, Mon gâs; vivons en repos :
Clic ! clac ! clic ! clo !
Nos sabots ne sont point riches. . .
Mais nous sons dans nos sabots ! ! !
Oh ! oh ! oh ! oh !
Musique de Théodore BOTREL
Moderato (sans lenteur)
\\ SJ (à mi voii )
ft^^L^- J''U- IJ'J'J'J- l ï
Un frisson court a travers les
or.ges Et les ma . Vs , On en. tend
^^^^^^^jL^^-i^n^ ' n ,\i
chanter les rou gv-g-or g^s Dans lestail .lis
; L'ombre meurt et c'est de la Lu
Plus fort ^
fc£
. mie.re
Le g"ai re.vei
.: Bu-che.ron
, ouvre dune ta^<;haumiere Au gai so . lei!
^ Tempo REFRAIN . ^ .
3=îg
' Le.ve - toi ! l'aube est déjà le.ve.e! Bii.che
^ * * lj
ronîprends tr. grande co gné.e. Mon gàs.
^Wl^t^^
! Dans le mi .tan
rail.
De la fo rèt pro chaLne
Pour fini
Le vieux chèneTattend !
Un frisson court à travers les orges
Et les maïs ; On entend chanter les rouge-gorges
Dans les taillis.
L'Ombre meurt... et c'est de la Lumière
Le gai réveil :
Bûcheron, ouvre donc ta chaumière
Au bon soleil !
Lève-toi ! l'aube est déjà levée !
Bûcheron, prends ta grande cognée, ^lon gâs 1 Dans le niitan De la forêt prochaine Le vieux chêne T'attend.
Ce géant, c'est toi qui vas l'abattre,
Toi, pauvre nain !
A son pied tu vins souvent fébattre,
Etant gamin ; A son pied tu parlais à ta « Douce >\
Cœur frémissant. . .
Aujourd'hui, la sève t'éclabousse
Comme " • sang :
Entends-tu, quand s'abat ta cognée, Entends-tu cette voix désolée, Mon gâs ?
C'est la clameur , Immense et presque humaine Du vieux chêne Qui meurt !
Bûcheron, quand sur l'arbre tu cognes,
Sois sans remords ; Il sera lami de nos besognes
Et de nos morts :
Dans la Glèbe ou sur la ]Mer bourrue
Ou sur ton seuil Il sera Berceau, Barque ou Charrue
Ou bien. . . Cercueil !
Bûclieron, ramasse ta cognée !
En chantant rejoins ta maisonnée, Mon gâs I Dans le soir d'or, Sans révolte et sans haine, Le grand chêne Est mort ! . . .
Goélands
et Goélettes
«Vj^