LE RETARD
Comme elle est en retard ! Un pas...
Est-ce le sien ? C'est pouriant l'heure, Demeurer, je ne le puis pas !
Descendre ? On verra que je pleure.
Me voici dans la rue allant...
Mon pas hésite et se dérobe! ' Je suis les femmes en tremblant...
J'ai cru reconnaître sa robe.
Ce n'est pas elle ! C'est fini.
Je rentre... j'ai peur de moi-même!
Joie envolée ! azur terni !
A cette heure-là, comme on l'aime!
On se souvient de tout, qu'un jour Elle a pleuré, que les dimanches.
On allait loin, et qu'au retour Sa peau gardait l'odeur des branches.
Enfin, c'est elle, l'air joyeux.
« Est-ce que je t'ai fait attendre ? » Et, voyant des pleurs dans mes veux, E'ie ne semble pas comprendre.
CHANSONS. l5
CHANSON
Faut-il, pour trouver bon l'été, Trouver moins propice l'automne ?
Continuelle, la beauté Semblerait-elle monotone ?
Faut-il que l'âme ou que le ciel Ait des orages ou des fièvres ?
Faut-il l'absinthe près du miel Pour que le miel soit doux aux lèvres
Pour voir à sa source le jour, Pour trembler de peine ou de joie.
Faut-il que l'aile de l'amour.
A peine ouverte, se reploie ?
Les lèvres, le cœur et les yeux Sont-ils à ce point misérables Qu'en les perdant ils sentent mieux Les choses les plus désirables ?
ib
Le rêve serait-il meilleur De n'avoir qu'une vie égale Où des contrastes de bonheur Seraient l'antithèse idéale ?
CHANSON
Mon cœur, je l'ai donné souvent, Donné souvent pour peu de chose, Pour le sourire décevant D'une lèvre frivole et rose,
A des fillettes de Paris Qui sont l'image de la femme, Et qui ne savent pas le prix Qu'a la jeunesse de notre âme.
Elles jouaient avec mon cœur, Mon cœur si naïf et si tendre ; Rieuses, d'un ongle moqueur Elles s'amusaient à le fendre.
J'aimais chacune cependant...
Toutes, elles s'en sont allées.
Et je croyais en les perdant.
Perdre des ailes envolées ;
l8 CHANSONS.
On eût dit des papillons bleus Qui s'en venaient par fantaisie Boire, délicats et frileux, Une goutte de poésie.
CHANSON D HIVER. IQ