‹ Chansons et poèmes /Henri HeineChapitre 7 sur 39 · VI. — Les Grenadiers · texte numérisé non relu

VI. — Les Grenadiers

Chez les Cosaques prisonniers, Quand vint le jour de délivrance.

Tête basse, deux grenadiers Prirent le chemin de la France.

3i CHANSONS ET POÈMES

En Prusse, on dit à ces Français Les désastres de leur patrie, La grande armée anéantie, L'Empereur pris par les Anglais.

Et, rpiand ils surent ces nouvelles, Ils pleurèrent : « Je vais mourir, Dit l'un d'eux ; je sens de plus belle Ma vieille blessure s'ouvrir ».

Et l'autre répondit : « Mon frère.

Je voudrais mourir avec toi.

Mais quoi ! mes petits et leur mère Là-bas crèvent dq faim sans moi.

— Que m'importent enfants et femme ?

Qu'ils aillent, s'il faut, mendier.

Moi, j'ai d'autres soucis dans TAme :

Mon empereur est prisonnier.

Reçois ma dernière demande.

Mon vieux, et fais ce que je dis :

Si je meurs en terre allemande, Tu m'enterreras au pays;

Sur ma tombe il faut que l'on mette Ma croix fixée à son ruban ; Avec fusil et baïonnette, Avec mon sabre sur le flanc,

Je veux, au tombeau, camarade, Monter la garde jusqu'au jour Où, le bruit de la canonnade Et le roulement du tambour

Réveillant mes os et ma cendre.

Je pourrai, sur le champ d'honneur.

Me dresser encor pour défendre Mon empereur, mon empereur! »

Vil. — Le Message.

Debout, mon page I en selle, vite I Que ton cheval d'un vif élan, Par monts, par vaux, se précipite Vers le château du roi Duncan.

Là, glisse- toi comme une anguille.

Et demande au palefrenier

3g CHANSONS ET POEMES

De te dire quelle est la fille Du roi qui va se marier.

S'il dit : « la brune », saule en selle, Viens en hâte me l'annoncer ; Si : « la blonde », sans te presser, Tu m'en donneras la nouvelle.

Chez le cordier, auparavant, Prends une corde longue et forte, Et puis, silencieusement, Reviens céans et me l'apporte.

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