MON DOCTEUR
Bon docteur, vieil ami d'enfance, Tu voudrais me guérir ? Tant mieux !
En ton savoir j'ai confiance ; Mais quoi ! tu parais soucieux.
Tu dis d'un air plein de mystère, Qu'il n'est plus permis d'ajourner?
Qu'il faut vite me condamner Au régime le plus sévère?
Docteur, halte-là !
Tout, excepté çà.
Tu me dis, savant Esculape,
Que mes jours sont en grand danger;
MON DOCTKUR 139
Qu'aimant trop le jus de la grappe Je dois d'abord m'en corriger i...
Diable ! le cas est assez grave Et vaut bien qu'on y songe un peu...
Ne plus boire, mais, sacrebleu!
J'ai de si bons vins à la cave !
Docteur, halte-là !
Tout, excepté ça.
Tu prétends, quelle fantaisie !
Que je fatigue mon cerveau
A faire de la poésie,
A chercher toujours du nouveau;
Tu veux, la chose est plus commode,
Pour simplifier mon travail,
Que, nouveau Ponson du Terrail,
J'écrive un roman à la mode ?
Docteur, halte-là 1 Tout, excepté çà.
Lorsque, parfois, je m'exaspère En voyant mainte iniquité, Docteur, tu blâmes ma colère Qui ne vaut rien pour ma santé ; De m'échauffer ainsi la bile Je dois m'abstenir désormais:
Eh quoi ! ne plus dauber jamais Sur le fourbe ou sur l'imbécile?
Docteur, halte-là !
Tout, excepté ça.
Docteur, bon docteur, tu m'invites
A la sagesse, à la raison,
Je rends, dis-tu, trop de visites
A l'autel du dieu Cupidon.
Tu prétends que près d'une femme
Mon sang bouillonne trop ardent,
Qu'à mon âge, c'est imprudent,
Et qu'il faut modérer ma flamme?..
Docteur, halte-là !
Tout, excepté ça.
Bon ! voilà le docteur qui tonne, En criant que je ne veux rien, Rien suivre de ce qu'il m'ordonne, Pourtant il parle pour mon bien.
« Alors, me dit-il, je t'avise Qu'avant six mois tu seras mort...
Au moins te mettras-tu d'accord Avec le prêtre, avec l'église ? »
Docteur, halte-là!
Nous verrons, pour ça.