‹ Chansons et toastsChapitre 99 sur 100 · COUPLET · texte numérisé non relu

COUPLET

.lé bois et tu . Ion, Et sur la cam.pa.gne de.

.ser te L'hi.ver

i tend son blanc man -teau.. Par. fois trou.

aijt les cieux mn . ro . ses Bril-lenl quel-ques pâ . les raj

.ons . Tout se ra . nime el nous crov.ons Voir n. lors

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L' lu . »er nlTi-e ans . si «>-s beaux jours.

Le plus beau Pays

(P-age 13b)

Mollv< de Polka.

-va . ge, L'd pa.ys que l'on con-Uaît peu, Où ja mais

bleu. Là, jajuais de peu. sers mo . ro ses Ne ri-dent

.mais sous te so . leil On ue vil pa p. pa . .reil! Ju .

mais sous le su . Uh Ou ue m po yi pti. ntril '

Au bord de la Rivière

(Paye 165)

Andantinn

l-COU'LET

Voir au sn.lpil le . vant Le fl ». t qui Rf.frxin.

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A Francisque Sarcey

Je connais une Déité, Plus intéressante et plus belle Que tout ce que l'art nous révèle Des Phidias, des Praxitèle, Ces maîtres de l'antiquité.

Cette riante enchanteresse, Cette amoureuse au cœur ardent.

N'aura jamais, je le confesse, Et la raideur et l'air pédant Des froides beautés de la Grèce.

Elle n'aura jamais le ton, Ni les traits rêveurs et moroses, Ni les trop langoureuses poses, De quelque Vénus en carton.

La divinité que je rêve, Et qui rayonne sur mes jours, Est une blonde fille d'Eve, Aux francs et robustes contours.

Je vous la peins comme je l'aime, Insoucieuse, un peu bohème,

Inconstante comme le temps, Changeante comme le nuage, Et portant sur son frais visage Les rieurs d'un éternel printemps.

C'est la folle au joyeux délire, A l'œil rempli de volupté, D'esprit et de malignité.

A voir sa verve on pourrait dire Qu'elle eut pour mère la Gaîté Et pour père un éclat de rire !

C'est celle que l'on voit toujours, Légère comme une gazelle, Allant de la plaine aux faubourgs.

De la mansarde à la tonnelle, Traînant constamment après elle Tout un essaim bruyant d'Amours.

C'est l'infatigable frondeuse, Cinglant, sans trêve ni repos, La bande toujours trop nombreuse .Des cafards, des fourbes, des sots; C'est celle, enfin, dont l'œil s'enflamme. Et qui, le cœur plein de fierté, Redevient une forte femme Au souffle de la Liberté.

Et pour finir la ressemblance De ce portrait fait sans façon, Voici son acte de naissance:

Son pays se nomme la France; Elle s'appelle : La Chanson !

A Edmond Lepelletier.

Chanson, âme de nos festins, Pour qu'on en garde la mémoire, Dis-nous un peu de ton histoire...

Viens-tu des Grecs ou des Latins?

Dis-nous le secret de ton âge, Dis-nous à qui tu dois le jour.

Est-ce à Bacchus? est-ce à l'Amour ?

Viens-tu d'un fou ? viens-tu d'un sage ?

Viens-tu des hommes ou des dieux ?

Pour rendre tes charmes fidèles, Faut-il te peindre avec des ailes ?

Es-tu de la terre ou des cieux?

L'historien, cherchant la trace De ta naissance et de ton nom, Des bras du tendre Anacréon Te fait passer dans ceux d'Horace.

En France tu parais plus tard.

Rabelais, qui de toi s'inspire,

Te communique son franc rire ; Tu séduis Piron et Panard.

Puis, bientôt, Désaugiers jalouse Ces aimables voluptueux ; Béranger est ton amoureux, Et Nadaud, un matin, t'épouse.

O Chanson, rayon de gaîté !

Un dieu dut t'envoyer sur terre Pour faire oublier la misère Dont le genre humain est doté.

Reste la Muse, grave ou folle.

Vivant par l'esprit et le cœur, Gardant toujours pour la douleur Le refrain qui berce et»console#!

Chante l'Amour et ses élus ; Chante le doux jus de la grappe; Du bout de ta marotte frappe Sur le vice et sur les abus,

Reste cette Muse féconde Qui, pour aider l'esprit nouveau, Veut aussi porter le flambeau Qui doit un jour guider le Monde

Chanson, je bois à tes succès ; Qu'elle soit ou grecque ou latine Peu m'importe ton origine, Ton cœur sera toujours français!

A Félix Charpentier

Non, la Chanson n'est pas cette fille impudique, Inepte et débitant, dans un jargon nouveau, Des vers qu'on vend au poids et qu'à l'aune on fabrique, N'ayant rien dans le cœur et rien dans le cerveau.

Jeune et belle toujours comme une nymphe antique Qu'un Phidias eût fait naître sous son ciseau, La Chanson, c'est la muse et fine, et poétique, Qui cause avec la fleur et chante avec l'oiseau.

C'est l'amoureuse ardente, enjouée et coquette, Fille de notre race, enfant de la goguette, Ayant grâce de reine et gaîté de pinson.

C'est, au jour du danger, la muse aux larges ailes, Faisant jaillir des cœurs de nobles étincelles... C'est celle qui nous charme, enfin, c'est la Chanson

A Henri Cor

Voici le mois charmant, plein de métamorphoses, Avril, qui nous revient avec les jours bénis, Qui met des rayons d'or à tous les fronts moroses, Du bonheur dans les yeux, de l'amour dans- les nids

Avril, c'est le printemps et ses horizons roses; Cest dans le bois en fleur, les concerts infinis; C'est l'immense réveil des êtres et des choses; C'est la sève qui monte, et les cœurs rajeunis.

Oh ! dans ce renouveau si doux pour le poète, Pour chanter l'hosanna de la Nature en fête, Amis, mêlons nos voix à celles des pinsons ;

Et buvons au printemps, buvons aux fleurs nouvelh

A ces choses qui sont éternellement belles :

Au soleil, à l'amour, aux oiseaux, aux chansons !

Tiaîlç^r

Salut à la Chanson, reine de nos festins !

La seule majesté dont les calmes destins

S'accomplissant joyeux à travers tous les âges,

Sont du moins rarement troublés par les orages !'

Tandis que d'autres vont, payant leur fol orgueil

Par les pleurs de l'exil ou l'ombre du cercueil,

La nôtre, toujours jeune et toujours plus aimée,

Avec son innombrable et poétique armée

De rêveurs, de rimeurs, de galants troubadours,

En des sentiers fleuris vit et chante toujours ;

Parlant haut, dédaignant toute vaine réclame,

Se moquant bien, surtout, qu'on la raille ou l'acclame,

Franche de ton, d'allure et libre en ses propos,

Chantant pour son plaisir et non pas pour les sots.

Pauvre Chanson! un jour, dans ses serres cruelles, Un vautour l'étreignit et lui broya les ailes. Et depuis ce moment d'infamie et d'horreur, La goguette fermée, on la vit, sans pudeur.

Pendant plus de vingt ans se vautrer sur les planches, Sotte, et ne chantant plus que les poings sur les hanche: Alors on put juger, par tant d'abaissement, Ce qu'un despote fait de tout rayonnement.

A toi dont le grand cœur toujours bat, toujours vibre, Ce qu'il te faut surtout, ô Chanson ! c'est l'air libre ! Reviens donc parmi nous, sors de ton long sommeil. Sur notre France, enfin, brille un nouveau soleil. C'en est fait de la Muse imbécile et canaille, Qui dans les caboulots grimace, insulte et braille Un argot de prison qu'on a pris en dégoût, Et que, breuvage infect, on recrache à l'égoût. Reprends ton franc-parler et ton rire sonore ; Par tes chants d'autrefois viens nous charmer encore, En ces temps où l'on voit plus d'un sceptre trembler. Plus d'un pouvoir vieillir, plus d'un trône crouler, Riante majesté, tu gouvernes sans peine : Salut à toi, Chanson, salut à toi, ma Reine !

Adieu le carnaval et sa joyeuse escorte ! Adieu le mardi gras qu'un autre âge connut ! Les masques ont vécu, la mascarade est morte, Et la Folie a mis ses grelots au rebut.

Tout disparaît ainsi, tout s'éteint de 1% sorte; Entraînant chaque jour un peu de ce qui fut Le Temps, ce vieux jaloux, brise, moissonne, emporte Tout..., jusqu'aux immortels qu'abrite l'Institut.

Les trônes et les rois, les courtisans funestes, Les prétendants fourbus, avec leurs manifestes, Tout passe sans retour de la vie au trépas.

Pour nous, amis, buvons, ce soir, à l'Immortelle, Qui ne vieillit jamais, qui toujours est nouvelle : A la Chanson, enfin, celle qui ne meurt pas !

Bonjour, bonne Chanson ! c'est à toi la parole

Raconte nous un peu, belle et joyeuse folle,

Ce que tu fis pendant les heures et les jours

De ce beau mois d'avril si propice aux amours.

Mois qui voit tout germer, mois qui voit tout renaître,

Mois si lent à venir, si prompt à disparaître.

Tout le long des ruisseaux et des buissons fleuris,

Dis-nous ce que tu fis loin du bruyant Paris.

Car la Ville, O ma belle ! est pour toi comme un bagne,

Ce qu'il te faut surtout c'est la verte campagne,

Avec ses champs, ses fleurs, son horizon vermeil.

Ses bois où l'ombre joue avec le gai soleil.

Dis-nous, Chanson, dis-nous si les feuilles nouvelles

Cachent de frêles nids et de petites ailes.

Dis-nous si, t'égarant dans les sentiers ombreux,

Tu rencontras au bois ces couples amoureux

Qui tout pleins du printemps et de sa douce fièvre

Vont, la main dans la main, la lèvre sur la lèvre.

Et ces autres amants, poètes des buissons, Les fauvettes, tes sœurs, tes frères, les pinsons, Les as-tu vus parmi les aubépines blanches, Cherchant discrètement à cacher sous les branches Le cher berceau qui doit, après un doux labeur, Abriter quelques jours le fruit de leur bonheur? Peut être aussi, devant ces fleurs, cette verdure, Ces oiseaux, ces trésors de la riche nature As-tu, philosophant, faisant large ton vers, Célébré l'artisan, auteur de l'univers?

Non celui que des sots, en leur aveugle rage, Voudraient nous façonner à leur vilaine image; Mais l'Ouvrier divin, qui toujours est debout, Qu'on ne voit nulle part, qu'on devine dans tout. Allons, muse d'amour, ma poétique abeille, De ton riche butin vide ici la corbeille :

Tous nos cœurs sont à l'unisson

Pour te fêter, bonne Chanson !

A P. Duplay.

Si, par hasard, en allant par la ville, Vous rencontrez séduisante beauté, A l'œil mutin, à la démarche agile, Cheveux épars et bonnet de côté, Age : vingt ans ; des roses sur la joue, Bouche vermeille, où constamment se joue Un rire franc... quelquefois effronté; Un peu volage, un peu leste, un peu folle,. Comme un bambin qui revient de l'école, O mes amis, s'il vous arrive un jour De renconter en chemin cette belle, Dites-lui bien qu'elle a tout mon amour; Dites-lui bien que je brûle pour elle ! Mais gardez-vous de la trop retenir, Car cette enfant à l'œil plein de malice, Volant toujours vers un nouveau plaisir, Ne suit en tout que son changeant caprice. Ce qui convient à son tempérament,

C'est l'imprévu, le bruit, le mouvement, Le blé qu'on bat, la forge qu'on allume, Les lourds marteaux retombant sur l'enclume, Les doux soupirs de l'enfant au berceau; Le vent qui pleure ou le chant de l'oiseau, Tout ce qui vit, se meut, travaille, vibre, Plait à son cœur, à sa nature libre.

Si, pour payer une douce rançon, Elle est venue un jour à Saint-Etienne, C'est qu'avant tout la belle est plébéienne, Et qu'elle veut, avec son sans façon, Que dans ses bras amoureux la retienne Quelque joyeux et vigoureux garçon.

Puis, Saint-Etienne est la patrie où brille Maint ornement dont toute aimable fille Aime toujours à parer ses vingt ans :

Or, la Chanson... ma belle, ne s'habille Q'avec des fleurs et des rubans !

^ ja -«^g^.^ S),.

A Antonin Lugnh

Je n'ai rimé que peu de sonnets en ma vie : Ce poème, à la fois maussade et langoureux, Fut toujours, à mes yeux, fort peu digne d'envie; Pourtant c'est le parler chéri dès amoureux.

Or, la douce beauté dont mon âme est ravie, Aimant à se jouer quelquefois de mes feux, Pour chanter ses attraits aujourd'hui me convie A faire celui-ci, tiré par les cheveux.

Apprenez donc, Messieurs, que mon enchanteresse A pour elle, d'abord, force, grâce, jeunesse, Esprit intarissable et gaîté de pinson ;

Q'on admire partout sa verve et son sans gêne,

Et qu'ici, chaque mois, elle commande en reine;

« Mais son nom? » direz-vous... « Parbleu, c'est la Chanso

Au Caveau algérois.

De la Chanson connaissez-vous l'histoire ?

On dit qu'un jour, dans le sacré vallon, Erato, fille de Mémoire, Reçut un baiser d'Apollon.

Mais l'intéressant de la chose Fut que de ce baiser charmant Naquit, dans le même moment, Une fillette blonde et rose, Qu'alors, et sans plus de façon, Les dieux nommèrent la Chanson.

Depuis ce jour, la poétique fille Vit sur la terre, où sans cesse elle brille Par son esprit, sa grâce et sa beauté, Chantant le vin, l'amour et la folie, D'un chant d'espoir consolant la patrie, Semant partout sa verve et sa gaîté Au gré de sa fantaisie.

Elle a déjà couru bien des pays,

Mais c'est sous le beau ciel de France Qu'elle a voulu, de préférence,

2l4 TOASTS A LA CHANSON

Que ses amants fussent choisis.

Désaugiers sourit à la belle, Le doux Dupont la courtisa, Béranger fut adoré d'elle, Mais qui la rendit immortelle Ce fut Nadaud qui l'épousa.

Oh ! cette trinité bénie :

Béranger, Nadaud et Dupont :

L'esprit, l'amour, la poésie,

La bonté, la philosophie,

La couleur, la forme et le fond,

Que d'art pur et quelle harmonie !

Comparée aux choses que font

Ces rapsodes de la voirie,

Dont plus d'un fait le Rodomont...

Va donc, chanson canaille et sotte !

Bâtarde née on ne sait où, Dans la sentine et dans la crotte, D'une truande et d'un marlou, Tu prétends que tu suis la trace De ces poètes merveilleux ?

Allons donc ! tu n'as pas d'aïeux !

Non, tu n'es pas fille de race; Non, tu n'es pas fille des dieux, Ni d'Anacréon, ni d'Horace; Va, l'égout a marqué ta place ; Tu ne vivras qu'un lustre ou deux Et tu crèveras dans ta crasse !

xr

A Charles Formentïn.

Qui donc, en France, a dit, doutant de l'avenir:

La Chanson a vécu, la Chanson va mourir?

Quoi ! pour chanter l'amour n'est-il plus de trouvère ?

Panard a-t-il noyé la gaîté dans son verre ?

Et, voulant éclairer la nuit de son tombeau,

Béranger t'a-t-il prise, ô Chanson, doux flambeau?

Non, l'œuvre ne meurt pas lorsque finit le maître: Quand un soleil s'éteint une étoile peut naître. L'histoire est là, disant qu'après Anacréon Peut surgir un Marot, un Ronsard, un Piron. Désaugiers, par l'esprit, peut s'approcher d'Horace, Béranger l'égaler par la forme et la grâce.

Et qu'importe, après tout, qu'à leur sotte façon Quelques rimeurs poussifs habillent la Chanson ; Que, pour les applaudir, un public qui s'abuse Aille s'usant les mains? Il est une autre Muse

2l6 TOASTS A LA CHANSON

Qui, pour nous consoler des vers de maint lourdaud, Sut inspirer Dupont, Charles Gille, Nadaud. De Desforge au cercueil résonne encor la lyre; De Colmance on entend le franc et large rire.

Non, la vieille Chanson ne nous a pas tout dit: Il est encor chez nous du cœur et de l'esprit. Tant qu'on aura des fleurs pour embaumer la terre, De jolis enfants blonds pour gouverner Cythère, Tant qu'aux flancs des coteaux le raisin mûrira, Les cœurs s'épancheront, et la Chanson vivra !

Pour la Femme et la Chanson.

Chansonniers, commençons par suivre un bon usage : A la femme rendons un poétique hommage. Quand ce sexe charmant se trouve parmi nous, Modérons notre voix, faisons nos chants plus doux ; Mettons dans nos refrains des fleurs et des sourires, Faisons passer nos cœurs tout entiers dans nos lyres. Sans la femme, pour moi, je le dis sans détours. Il n'existe ici-bas ni soleil, ni beaux jours.

Nous lui devons bien tous quelques douces ivresses,

Et, pour nous acquitter de toutes ses caresses,

Il nous faudrait compter, depuis nos premiers ans,

Et nos bonheurs passés et nos bonheurs présents.

Pourquoi donc, de nos jours, hurle-t-on sur nos scènes,

Ces refrains dégoûtants, ces fadaises obscènes.

Où d'insultes, la femme a toujours large part ?

2l8 TOASTS A LA CHANSON

Pourquoi...? C'est que longtemps un régime bâtard.

Étouffant dans les cœurs toute noble pensée,

Voulut que de nos mœurs la pudeur fut chassée !

Alors, il nous légua ces rimeurs avilis,

Ces vieillards de vingt ans, aux cerveaux ramollis,

Ceux qu'on voit le matin, sortant d'infectes bouges,

Le visage défait, les yeux brûlants et rouges,

Ceux, enfin, qui, trempant leur plume aux noirs limons,

Vivant dans les enfers, nous chantent leurs démons.

Ceux-là n'ont pas connu ce bonheur sans mélange D'un cœur qui librement avec un cœur s'échange. Ils ne comprennent pas comment le travailleur, Revenant harassé d'un long jour de labeur, Trouve, pour dérider un front souvent morose, Et l'épouse chérie et le chérubin rose, Qui, d'aussi loin qu'il peut le voir sur le chemin, Court, lui télégraphie un baiser de la main, Et, montrant le plaisir qui dans ses yeux éclate, De ses deux bras mignons lui fait une cravate.

Non, tous ces bonheurs vrais, toutes ces voluptés, Qui ne sont pas rendus s'ils ne sont pas goûtés, Nous les devons surtout à celle qu'on diffame... Chansonniers, buvons donc à l'amour, à la femme !

A Alphonse Coutard-

Je bois à La Chanson, reine de nos agapes, A cette majesté jeune et belle toujours, Qui puise sa gaîté dans le doux jus des grappes. Et dont les sujets sont de joyeux troubadours.

Elle a déjà doublé de nombreuses étapes, Disant partout nos pleurs, nos plaisirs, nos amours, Riant au nez des sots, des Césars et des papes, Gardant son franc parler même au milieu des Cours.

Cette majesté-là vit exempte d'alarmes, Son peuple la chérit et célèbre ses charmes ; Elle brille sans faste et règne à sa façon.

Son sceptre est un grelot, son trône est une tonne, Et des fleurs du printemps elle fait sa couronne : A ma Reine je bois, je bois à La Chanson !

A J.-B. Clémen

Nous l'avons, par ma foi, Messieurs, échappé belle Oui, nous avons failli sombrer en la querelle, Et peu s'en est fallu qu'en cet ardent combat Notre vieille Chanson à la fin succombât.

Ainsi, c'est décidé : nos chansonniers d'élite N'ont, à ce qu'il paraît, ni talent, ni mérite. Désaugiers ?... Allons donc ! ce rimeur ne sait rien, C'est un rimeur fossile, antédiluvien.

Pour Béranger, il n'a ni coloris, ni style, C'est un rimeur bourgeois... c'est presque un imbécile! Trop vieux aussi, trop vieux le chansonnier Nadaud. Quant à Pierre Dupont, c'est un rustre, un lourdaud. Le chantre de l'amour, des fleurs, de la jeunesse, Musset, le doux Musset, lui-même par la presse, (J'entends certaine presse,) est aussi condamné, C'est encore un bourgeois, un rimeur suranné.

Chacun a son paquet, chacun à son tour tombe... Peste, vous allez bien, messieurs, quelle hécatombe ! Comptons: un, deux, trois, quatre et cinq, est-ce bien tout r Peut-être pourriez vous trouver, étant en goût, Pour ce jeu de massacre encor d'autres victimes...

Voyons, cherchez, nombreux sont les faiseurs de rimes,

Le grand poète Hugo fut aussi, s'il vous plaît,

Epris de notre muse et fit plus d'un couplet.

Lamartine à bien fait une fois en sa vie

Au moins une chanson, un couplet à sa mie.

Voyons, vous*>«'avez plus personne à mettre au feu ?

C'est fâcheux : vous savez vous contenter de peu.

Ainsi donc Désaugiers, et la verve et le rire, Béranger, la raison et la fine satire, Dupont, la muse ailée, à qui tout plaît, sourit, Nadaud, le sentiment, et la grâce et l'esprit, Ajalbert vous l'a dit, il faut boucler vos guêtres (*) Vous êtes démodés, allez vous-en, mes maîtres, Vos fins couplets pensés et rimes avec art, Tout ça c'est rococo, bon à mettre au rancart !

En vain vous réclamez, amoureuses Lisettes,

Fleurs du quartier latin, séduisantes Musettes,

Sémillantes Claras, folles Mimi-Pinsons,

C'est dit, ils sont jugés, vos rimeurs de chansons.

La chanson avec eux pour toujours est battue,

A Paulus nous voulons dresser une statue :

Lui seul a du savoir et du tempérament,

Il gambille... il est donc bien dans le mouvement.

En revenant d'ia r'vue avec le cœur à l'aise

Ce chant mâle, après tout, vaut bien la Marseillaise.

Eh bien, non ! braves gens, qui, sans plus de façon Condamnez à la mort notre vieille Chanson ! Vos traits ne portent pas, et, ne vous en déplaise, Jamais ne s'affirma mieux la muse française. Vous pouvez agiter vos foudres en fer-blanc, Vous ne parviendrez pas à lui percer le flanc. Toujours jeune, toujours plus aimée et plus belle, La Chanson chantera, car elle est immortelle.

(*) Figaro 11 Février et 17 Mars 1888.

A Mma Emilie Mathieu.

Je bois à la Chanson, à la muse française, A celle qui partout, aimant se mettre à l'aise, Dit nos pleurs, nos plaisirs, nos vices, nos vertus', Et fait rentrer l'espoir dans les cœurs abattus. Non à cette chanson qu'un certain public prône, Sale et bête goton qui dans les concerts trône, Factice amusement d'un peuple d'énervés, De filles sans pudeur et de petits crevés ; Mais à cette chanson leste, vive et coquette, Qui fit les plus beaux jours de la vieille goguette, Soit que de Juvénal prenant le fouet vengeur Elle en cingle un fripon, un sot, un oppresseur ; Soit que, se reposant sous les ombreuses treilles, Elle chante Bacchus et les grappes vermeilles. Tout lui plaît, l'intéresse et parle à son esprit, Le sujet le plus grand comme le plus petit; Note sentimentale, ou sévère, ou grivoise, Tout sourit, tout convient à sa verve gauloise. C'est l'abeille qui vole et puise tour à tour Son miel dans la folie et le vin et l'amour.

Fine avec Déranger, rieuse avec Colmance,

Coquette avec Nadaud, la Chanson vient de France;

File a tout du français : l'allure et la fierté,

Les mobiles désirs et surtout la gaîté.

De nos rimeurs joyeux a-t-on perdu les traces?

On croit rire aujourd'hui quand on fait des grimaces.

Chansonniers qui briguons le poétique honneur

De ne vouloir rimer que suivant notre cœur,

De nos maîtres restons les fidèles apôtres,

Recueillons leur esprit pour le transmettre à d'autres

Il est encor pour nous, au champ de l'avenir,

Et du grain à semer et des fleurs à cueillir.

A Jean Bach-Sisley.

Mesdames, c'est à vous que ma fable s'adresse. Un jour, (l'Amour sans doute avait passé par là), Sous les myrtes fleuris qui couvrent le Permesse, Une sœur d'Apollon, ô surprise! enfanta...

Le poupon était rose et plein de gentillesse, Les Dieux étaient ravis, seul Jupin protesta. On dépêcha l'enfant, fruit d'une douce ivresse, Sur terre : Anacréon le vit et l'adopta.

Il grandit, se forma, devint une merveille;

Sa voix, doux chant d'oiseau, n'avait pas sa pareille.

Mais, direz-vous, était-ce une fille, un garçon?

M'y voici. Par son cœur, son esprit et sa grâce, Cet enfant, digne en tout des lauriers du Parnasse, Devait être une femme et s'appeler Chanson!

bJUffcr^

A Xavier Privas.

Il est une adorable et docte souveraine, Qui vit toujours joyeuse et gouverne sans peine. Le cœur chaud, l'esprit vif, belle comme le jour, Folle comme un pinson, jeune comme l'Amour,

Cette sœur de la poésie,

Cette riante majesté

Pour royaume a la Fantaisie,

Et pour devise la gaîté.

De luxe, ma capricieuse N'en veut avoir, n'en eût jamais :

Souvent une table boiteuse, Souvent la guiguette fumeuse Furent son trône et son palais.

La soif de conquérir ne la tourmentant guère, Aux soucis seulement ma reine fait la guerre. On ne la verra pas, rêvant de gros budgets, Ecraser sous l'impôt ses malheureux sujets.

Elle ne connaît pas les querelles sinistres ; Il est vrai qu'elle n'a ni chambres, ni ministres, Sous son pouvoir, enfin, son peuple vit content,... Et plus d'un peuple, hélas! en voudrait dire autant !

Mais cette reine si touchante,

Qui nous conduit sages et fous,

Où la trouver, me direz-vous '.

Mais partout où l'on rit et chante.

Car cette majesté, charmante et sans façon, Que j'acclame en mes vers, c'est la reine Chanson!

Dans son calme imposant, j'aime le mois d'octobre, Bien que de ses rayons le soleil soit plus sobre, Et qu'on sente déjà quelques frissons dans l'air, Bien qu'il ouvre, ce mois, les portes de l'hiver, Je l'aime avec ses fruits et ses dernières roses.

La campagne, en ces jours, prend des teintes moroses La terre n'ayant plus de biens à nous offrir, Fière de ses travaux, semble se recueillir, J'entends quand la vendange est partout terminée : Car si le mois d'octobre est un roi de l'année, C'est qu'il préside encore aux fêtes des coteaux, Qu'il voit cueillir la grappe et remplir les tonneaux Dont la liqueur bientôt, rayonnant dans les verres, Déridera les fronts, même les plus sévères.

Mais ce qui fait encor que ce beau mois me plaît C'est qu'ici je revois mes amis au complet,

C'est qu'il ramène, enfin, plus d'un cher infidèle

Qui l'été revenu, partant à tire d'aile,

S'en va, le cœur joyeux, dans la campagne en fleur,

Aux eaux, dans les grands bois, pleins d'ombre et de fraîcheur,

Faire gentils duos avec d'autres poètes,

Les rossignols bavards et les tendres fauvettes,

Et qu'on voit revenir, au plus léger frisson,

Pour chanter avec nous et boire à la Chanson !

A Henri Pelit.

Salut à la Chanson, à la muse féconde, Qui va, la joue en fleur, le bonnet de côté, Eparpillant ses vers aux quatre coins du monde, Communiquant à tous sa verve et sa gaité !

Si, depuis de longs mois, exerçant ma faconde, Dans un toast inédit je porte sa santé, C'est que je l'aime bien, la chère vagabonde, Et que dans son baiser j'ai bu la volupté !

Ne me demandez pas pourquoi rien ne me lasse A louer son esprit, à célébrer sa grâce. Peut-on bien se lasser à chanter ses amours?

Or, pour moi, la Chanson est comme ces maîtresses Dont nos cœurs ont senti les brûlantes caresses: On les quitte un moment... on y revient toujours !

Les sombres jours sont revenus.

L'hiver, malgré son air aimable, Prouve, hélas ! une fois de plus Que rien ici-bas n'est durable.

Adieu, campagne, adieu, grands bois !

Avec sa barbe enfarinée, Décembre arrivé, en vieux sournois, Fermant les portes de Tannée, Nous confinant, pour de longs mois.

Près de la triste cheminée.

Ainsi tout s'use, disparaît :

Les heures, les saisons, les choses, Sans qu'on en comprenne les causes, Sans qu'on en sache le secret.

Les Mangins à longue moustache, Les Césars à triple panache ; Les œuvres du génie humain, Les expositions immenses,

2j2 TOASTS A LA CHANSON

Le sujet ou le souverain, Les royautés, les présidences, N'ont pas toujours un lendemain, Et nous voyons, chose incroyable, Des intrigants, des orgueilleux, Des gens qui, constamment heureux, Croyant leur sort interminable, Pensant que tout est fait pour eux Dans cette nature admirable, Font des rêves sur chaque objet, Entassent projet sur projet, Ne se doutant pas qu'il existe Un maître auquel rien ne résiste :

Le Temps, qui, mêlant tour à tour, La vertu saine avec le crime, Le grotesque avec le sublime, Sans distinction, chaque jour, Les pousse en cette mer immense De l'oubli, de l'indifférence, Où tout s'engouffre sans retour

Mais si le Temps brise, terrasse

Nos rêves, nos bonheurs réels,

Nos idoles et nos autels,

Peut-on dire que tout s'efface ?

Non ! Sans vouloir trop les chercher,

Jl est des choses immuables

Que de ses ailes redoutables

Le Temps ne peut même toucher.

Au nombre de ces immortelles, Toujours jeunes et toujours belles, O mes amis, plaçons d'abord La Liberté, ce bien suprême, Par qui l'on vit, par qui l'on aime, Qui rend l'homme vaillant et fort ; L'Amour, ce baume à nos misères, Le Vin, qui, riant dans nos verres, Prend toute douleur et l'endort, Puis l'Espérance aux ailes roses ; Enfin, celle qui, sans façon, Met des rayons aux fronts moroses, Et qui vit de toutes ces choses, Cette charmeuse : la Chanson !

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