‹ Chansons grisesChapitre 13 sur 15 · ROMANCE · texte numérisé non relu

ROMANCE

Le soir était d'oubli sur nos deux destinées... Tu penchais au balcon la grâce surannée De ton profil lointain comme sur une estampe; La lune était d'argent sur la mer reflétée; Nous avions voilé l'éclat trop dur des lampes...

Le soir était d'espoir sur nos deux destinées... Tu rêvais, presque heureuse, être près de l'année Où la terre enfin belle accueillerait tes vœux ; L'air était tiède et lourd d'odeurs de fleurs fanées ; Nous rêvions la vie en un paradis bleu...

Le soir était d'amour sur nos deux destinées... Ta tête se faisait plus douce à mes pensées, Et la mienne, rêveuse, appelait ta tendresse ; Au large de la nuit, c'étaient des voix voilées ; Nous vécûmes l'amour des divines caresses...

Le soir était d'adieu sur nos deux destinées... Tu t'en allas pensive et comme chagrinée Et je ne connus plus ta pâleur effacée ; La brise se leva sur l'aurore lassée... Le soir était d'oubli sur nos deux destinées...

Chansons vagues !e long des rues Chantées par de vagues chanteurs blêmes Qui soupirent jusqu'aux sixièmes Où des jeunes filles rêvent , qu'on les aime.

Chansons vagues des caboulots

Où les mêmes refrains idiots

Endorment ceux qui ne veulent pas dormir tôt

Parce qu'ils rêvent de femmes nues.

Chansons vagues de l'autrefois Retenues au hasard des rêveries, Comme les voix du passé flétri Qui revient peser sur notre vie.

Chansons vagues de l' aujourd'hui Où toute notre misère crie, Où l'on pleure quand on rit, Où l'on se cherche quelque loi.

Toutes lointaines quelquefois, Elles reviennent vers mon ennui Comme des cloches dans la nuit, Comme du vent dans les grands bois.

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