‹ Chansons grisesChapitre 15 sur 15 · FINALE · texte numérisé non relu

FINALE

La vie vient frapper à ta porte, Ouvriras-tu, vieux songe creux ?

Laisse pleurer ton âme morte Dans son pays tendu de bleu.

Accueille la joie qu'on t'apporte Même mensongère à tes yeux; Les vœux sont tue's que ton rêve escorte Dans les décors dont nulle ne veut.

Ici-bas pourquoi tant de larmes?

N'est-il pas temps d'être homme enfin ? Les amours tristes que tu blâmes Te laissent calme et sans chagrin.

L'oubli vit sur la bouche des femmes, Et que t'importe un songe vain ?

Il est d'autres routes en ton âme Que celles dont tu t'entretiens.

Demeure sans pleurs, cris, ni sourires Devant l'arrêt de ton destin; Quitte l'étreinte de ton souvenir Pour t'en aller vers les matins.

Que la beauté puisse te suffire A rester fort, doux et serein; Salueur t'empêchera de souffrir — Drape ta douleur dans ton dédain.

Mon cœur était fait pour aimer, Je l'ai offert, on l'a laissé...

La fleur qu'on cueille reste fanée.

Ma bouche était faite pour rire, Mais maintenant elle est crispée...

Trop de deuil couvre mon souvenir.

Mes yeux voulaient pleurer de joie, Toutes mes larmes sont versées...

Rien ne demeure de l'autrefois.

Ah ! ma tendresse, la donner!

Je l'ai offerte, on l'a laissée...

Le vent froid émonde la feuillée.

Mon cœur aurait souhaité s'ouvrir, Une l'ouvrit et s'est penchée...

Hélas! Elle ne sut que rire.

Mon cœur était fait pour souffrir, Mais maintenant je l'ai fermé Et dans la mer j'ai jeté sa clef.

L'ombre s'est faite claire. Au loin des vols s'espacent.

Et c'est presque l'aurore, et la nuit comme lasse

D'avoir été si longue à couvrir mon destin

Recule lentement vers l'au-delà lointain

Où son mystère couvre un autre continent.

Délivré des regrets et calme maintenant

Devant le décor bleu qui s'éclaire et s'allume,

Resté victorieux du charme de la brume,

Debout près de la mer nouvelle où je me songe

De voir partir un jour tenter un nouveau songe,

Je regarde la chute éparse des étoiles

Dont les rayons tissaient les fils dorés du voile

Où j'espérais ta face, amante trop aimée;

Et j'aperçois là-bas sur la mer éclairée

Vers le soleil surgi par delà les nuages,

Dédaigneux aujourd'hui des temps et des orages,

Monter majestueux et beau de son essor

L'antique oiseau divin dont j'avais dit la mort,

Et je sens dans mon âme au fond de mon ennui

Quelque chose qui bat de l'aile et qui frémit

Et qui semble frôler vers la terre ou partir

Les cordes en appel d'une lointaine lyre

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