LA PETITE VILLE
J'habite une petite ville Où l'on tient des propos affreux ; Nous sommes là deux ou trois mille Citoyens des plus dangereux.
L'on médit, Ton glose, Ton tranche; Croiriez-vous qu'en plein jour on dit.
On dit qu'il fait beau le dimanche , Quand il a plu le vendredi.
Pas de question qu'on n'aborde Dans ce petit pays perdu ; On oserait parler de corde Dans la demeure d'un pendu.
On n'a plus de respect pour l'âge :
L'autre jour, un enfant m'a dit...
M'a dit qu'à souffler le poUige , Le potage se refroidit.
Dans ce tripot qui se déguise Sous le nom de Cercle des Arts , Il faut voir comme on catéchise Les rois , les sultans et les czars.
En s'abreuvant de limonade, Le docteur Chavasson prétend...
Prétend qu'on est toujours malade.
Quand on n'est jamais bien portant.
Une céhbataire infirme
Dit qu'un berger lui jette un sort ;
CIIANSOISS. 2i9
Une veuve agréable affirme
Que Louis dix-sept n'est pas mort.
En cousant une carmag^nole ,
Une couturière soutient
Soutient que Tamant qui s'envole Ne vaut pas le mari qu'on tient.
Le dimanche , on dîne en famille ; Mais, quand arrive le café, Une mère emmène sa fille , Tant son cousin est échauffé.
Il faut chanter, dit le notaire ;
Mais un vieux marg^illier répond «
Répond qu'à danseuse légère Il faut allonger le jupon.
Enfin, chacun dit ce qu'il pense, Et c'est imprudent en effet, Car notre ville est en Provence ; Vous jugez du bruit qu'il s'y fait.
Un de ces jours, ils vont se battre; Aussi, pour mon compte, je crois — Je crois que deux et deux font quatre ; De quatre ôtez un, reste trois.