‹ ChansonsChapitre 102 sur 201 · LA FORET · texte numérisé non relu

LA FORET

Un jour, j'errais solitaire Dans ce bois plein de mystère Qui nous fit des jours si doux ; Je laissais à la dérive Aller ma pensée oisive; Sans doute elle alla vers vous.

Car j'étais dans cette allée

Isolée Que vous connaissez si bien ;

Et l'on pense a ce qu'on aime

Alors même Qu'on croit ne penser à rien.

Déjà la rapide automne

Avait flétri la couronne

Des tilleuls prompts à jaunir,

Et les feuilles détachées

Sous mes pas craquaient séchées,

Quand je vous sentis venir.

Je vis s'emplir de lumière

La lisière Des bosquets hospitaliers , Et, sur les branches muettes,

Les fauvettes Dirent leurs chants printaniers.

De sa longrue écharpe verte La forêt s'était couverte :

Vous reveniez parmi nous.

Vous marchiez encor plus belle ; C'était la saison nouvelle . Qui revenait avec vous.

Nous nous assîmes ensemble

Sous ce tremble Qui se balance là-bas ; Et, dans nos propos intimes.

Nous nous dîmes Ce que l'on se dit tout bas.

Vous aviez repris, moins fière , Votre indulg^ence première ,

Votre sourire perdu; Vous excusiez mon audace, Car rien ne marque la trace D'un baiser. pris et rendu.

Tout à coup un corbeau passe

Dans l'espace, Poussant un cri plein d'effroi...

L'illusion de mon rêve

Fut trop brève ; Vous n'étiez pas près de moi.

Le ciel chargé de nuages Étendait sur les bocages Son manteau lourd de frimas ; L'avenue était déserte; La forêt n'était pas verte ; Les oiseaux ne chantaient pas.

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