‹ ChansonsChapitre 115 sur 201 · LETTRE · texte numérisé non relu

LETTRE

d'un JÊTUDIANT a UNB lÎTUDIANTR.

Je t'ai promis , petite folle , De t'écrire au moins une fois Avant ma rentrée à l'école ; J'obéis toujours, tu le vois.

Que te dirai-je? Que je t'aime....

Méchante, vous le savez bien.

Puis , tu me répondrais de même , Et cela ne prouverait rien.

Parlons plutôt de mon voyage :

Je m'amuse comme un enfiant; Je suis chez mon oncle-héritage De qui tu rêves si souvent.

Toi qui n'as jamais, que je pense.

Dépasse Saint-Cloud ou Pantin , Tu te figfures que la France N'existe qu'au pays Latin.

Détrompe-toi, ma bonne amie, La province a des habitants Qui vivent avec bonhomie , Et qui sont toujours bien portants.

Ils ont un soleil magniBque, Un air pur, un vaste horizon ; Depuis que le printemps abdique, L'automne est la douce saison.

Je vois d'ici des paysages Gomme on en peint dans les ^tableaux ; Les prés , les bois et les villages Posent exprès sur les coteaux.

Là-haut y, la butte aride et sèche ; J'y chasse , sans savoir pourquoi y Là-bas , la rivière où je pèche , Ce qui me fait penser à toi.

Puis , c'est une saveur champêtre Qui semble sortir du terroir; Des paysans , sans me connaître , En passant, me disent bonsoir.

Tu ne te doutes pas des choses Que l'on peut apprendre en courant :

Sais-tu ce qui produit les roses? — Des rosiers. — Cela te surprend ;

2(î8 GUSTAVE NADAUD.

Car tu n*as jamais lu Malherbe, Ni BufFon, ni monsieur Cousin.

On fait le foin avec de l'herbe , Et le vin avec du*raisin.

Une autre chose que j'admire, Ce sont les moulins : c'est charmant; Cela tourne a mourir de rire ; On n'a jamais bien su comment.

Il faut que je te dise encore Que je suis vivement épris D'une étrangère : c'est l'aurore, Qu'on n'a jamais vue à Paris.

Ce matin, près de la rivière, Je marchais, un livre à la main ; J'ai découvert une chaumière Où ne conduit aucun chemin;

Un toit de mousse et de verdure , Etroit pour un , large pour deux ; Un nid construit par la nature Pour abriter un couple heureux.

Et je me disais que la vie Y pourrait être douce un jour.

Pour peu que ma philosophie Se parfumât de ton amour.

Et voilà les rêves que j'aime, En attendant les jours frileux , Et ma chambrette du cinquième Et le cours de Duranton deux.

Adieu , ma chatte ; sois bien sag^e , Tiens tout ce que tu m*as promis , Et réponds à mon griffonnage En me parlant de nos amis.

Adieu , je t'embrasse à pincettes Sur ton col blanc , sur ton œil noir, Et surtout sur les deux fossettes Qui m'ont pris mon cœur, un beau soir.

Page 1