LES PÊCHEUSES DU LOIRET
Salut , la rivière aux eaux bleues , Au rivage sombre et discret , Dont le parcours compte trois lieues , Et que l'on nomme le Loiret.
J'étais assis là sous l'ombrage, Pensant je ne sais trop à quoi ; Je vis , à travers le feuillage , Une barque glisser vers moi.
Je crus y distinguer deux femmes Voguant sur le miroir changeant , Qui coupaient, au tranchant des rames, Le bleu céleste en grains d'argent.
Comment et quelles étaient-elles?
Je ne sais... Pourquoi le savoir?
Le lieu , l'instant les faisaient belles , Et je ne dois pas les revoir.
Bientôt, à la pointe d'une ile Où le courant tourne et s'endort, La barque se tint immobile , Gomme un navire assis au port.
Et puis , sérieuses et dignes , Elles prirent dans le bateau Deux roseaux armés de deux lignes Qu'elles allongèrent sur l'eau.
Longtemps je les vis attentives Amorcer en vain les poissons.
Et les ablettes fugitives Jouaient avec leurs hameçons.
Oh ! quelle heure délicieuse Nous passâmes là tous les trois , Dans cette extase sérieuse Que donnent l'eau , l'air et les bois !
Je voulus bâtir leur histoire , Je leur construisis un roman Dont je n'ai pas gardé mémoire.
Et que je retrouve en dormant.
Mais, hélas! par mon imprudence, Une pierre dans l'eau plongea ;- Sa chute trahit ma présence ; Le charme était rompu déjà.
En me voyant elles sourirent.
Et je leur fis , triste et confus , Un salut qu'elles me rendirent, Et qu'elles ne me rendront plus.
Et depuis, lorsque, sur la grève, Près de l'eau je marche distrait.
Je salue encore en mon rêve Les deux pêcheuses du Loiret.