LE SULTAN
Le Sultan qui règne à Byzance Est enfermé dans son sérail ; On s'agenouille en sa présence ; On se tait devant le portail.
Depuis le lever de l'aurore Jusqu'à ce que le jour ait fui , Il regarde l'eau du Bosphore , Et le Sultan se meurt d'ennui.
De la Perse à l'Adriatique , Et du Danube on ne sait où , L'Europe, l'Asie et l'Afrique Sont le collier qu'il porte au cou.
Il a des pachas qui s'exercent A s'emparer du bien d'autrui , D'autres pachas qui les renversent Et le Sultan se meurt d'ennui.
Il a des courtisans sans nombre , Il a des gardes panaches , Des ulémas en robe sombre Et des vizirs endimanchés.
Il a des flatteurs qu'il décore Pour mettre sa pipe à l'étui , Et pour lui dire qu'on l'adore : Et le Sultan se meurt d'ennui.
Il a des actrices chrétiennes Pour le distraire par leur jeu , Et des troupes européennes Pour faire l'exercice à feu.
Il a des sultanes instruites A se dévoiler devant lui , Et des banquiers israélites....
Et le Sultan se meurt d'ennui.
Il a chaque jour les harangues Des ambassadeurs de tout rang ,
Qui lui parlent toutes les langues , Excepte celle qu*il comprend.
Chacun y de Pilate à Gaïphe , S'efforce à lui servir d'appui;
Il a lord Strattford de Redcliffe
Et le Sultan se meurt d'ennui.
Écoute , ma jeune maîtresse , Tu ne sais pas , toi , simple cœur, Tous les soucis de la richesse , Tous les tourments de la grandeur.
Mais c'est pour nous que l'herbe pousse , Que le soleil luit aujourd'hui; Viens, Tair est pur, la vie est douce. Et le Sultan se meurt d'ennui.