‹ ChansonsChapitre 13 sur 201 · LA LORETTE DU LENDEMAIN · texte numérisé non relu

LA LORETTE DU LENDEMAIN

Tétais coquette ,

J'étais lorette ; Mais qu'ils sont loin, mes beaux jours d'autrefois l

La république

Démocratique A détrôné les reines et les rois !

Quelle foreur a fait tourner leurs tètes ! Hommes légers , ils ont tout jeté bas ! Ils étaient fous , ils sont devenus bétes , Et leurs journaux ne les guériront pas.

O décadence !

Toute la France Fume aujourd'hui des cigares d'un sou !

L'argent est rare ,

On est avare, Et les messieurs aiment. ... je ne sais où !

Que sont-ils donc , ces fringants gentilshommes Qui jetaient l'or sur les tapis douteux?... Us sont fondus, et, sottes que nous sommes, Tous nos louis sont partis avec eux.

Adieu, conquêtes,

Joyeuses fêtes, Où le Champagne au lansquenet s*unit;

Belles soirées ,

Nuits adorées Qu'un jeu commence et qu'un autre finit !

De mes succès voici pourtant la place ; Mais quel silence en mes salons déserts ! Sur mon sofa la poussière s'amasse , Et tout le jour mes rideaux sont ouverts....

Plus de mystère ;

Là, solitaire.

Je fais des bas ou j'arrose mes fleurs ;

Et, quand arrive

La nuit tardive , Je reste seule et je crains les voleurs !

Je ne l'ai plus, mon galant équipage ; Tom est chassé , mes chevaux sont vendus ; Mon serin seul est resté dans sa cage ; Il chante à peine , et je ne chante plus ! . . .

Robes nouvelles ,

Bijoux, dentelles, Ma tante , hélas ! sait où je vous ai mis ;

Elle s'envole ,

Ma gaité folle ; Plus de plaisirs , plus d'amants , plus d'amis !

Oiseaux plumés qu'a dispersés l'orage , Ils vont chercher un monde plus parfait .

Mon épicier devient un personnage; Arthur n'est rien , Oscar est sous-préfet !

Mon cœur est vide ,

Mon front se ride ; Mon boulang^er ne me fait plus crédit —

Je crois qu'on sonne ! . . .

Non, non, personne

Que devenir en cet état maudit?

Faudra-t-il donc , pour gagner l'existence , Tombant plus bas dans mon étroit sentier, De mes attraits tarifer l'impudence, Et du plaisir enseigner le métier?

Ou bien , plus sage ,

Dans un village Irai-je , au loin , racheter mon passé ?

Ou, pauvre fille.

Avec l'aiguille, Dois-je finir comme j'ai commencé?

Ou bien , quittant cette terre chérie , Irai-je enfin chercher fortune ailleurs?... Non, non, jamais !... La France est ma patrie, Je veux attendre ici des jours meilleurs.

J'étais coquette,

J'étais lorette; Mais qu'ils sont loin mes beaux jours d'autrefois !

La république

Démocratique A détrôné les reines et les rois !

LE MELOi\.

J'aime la terre de bruyère, J'aime les rayons du soleil ; A sa bienfaisante lumière »

Je deviens riant et vermeil.

J'aime la cloche bien fermée Qui me défend de l'aquilon ; J'aime une couche parfumée ; Je suis melon.

Je suis l'unique providence Des charlatans et des auteiu^s ; Je suis la dernière espérance Des filous et des directeurs.

Je suis le héros des bitumes , Et dans les mines de charbon Je prends des actions posthumes :

Je suis melon.

Je crois aux éternelles flammes Des maris anciens et nouveaux , Â la fidélité des femmes , À la bonne foi des journaux , Aux convictions politiques De Démosthène et de Platon , Aux peupliers démocratiques :

Je suis melon.

Je pousse dans la chambre unique (J'en aimerais deux cependant),

Et je couvre la république Sons la cloche du président.

Dans cette fertile Champagne, Je pousse , à côté du chardon , Jusqu'au sommet de la montagne :

Je suis melon.

En un mot, je suis le seul maître De ce globe où nous végétons ; Et, dans les planètes, peut-être Ai-je d'illustres rejetons.

Vous , enfin , juges peu sévères , Qui m'écoutez là.... tout de bon, Donnez-moi la main , chers confrères , Je suis melon.

L'ALTOMXE.

Déjà l'automne maladive Du temps précipite le cours , Chassant la saison fugitive De la jeunesse et des amours.

J'ai vu mourir les fleurs nouvelles , Jaunir l'ombrage du bois vert ; J'ai vu s'enfuir les hirondelles :

Printemps, adieu; salut, hiver.

Plus de romanesques voyages Où le hasard guide nos pas ;

Plus de joyeux pèlerinages Que Lisette n'avoûrait pas !

Mais , prés du foyer sédentaire , Réglant nos droits et nos devoirs, Nous allons réformer la terre :

Longs jours, adieu; salut, longs soirs.

Des souvenirs de la jeunesse Nous avons une ample moisson ; Chacun de nous à sa maîtresse Dit adieu dans une chanson.

Mais le temps , qui flétrit les roses , Des fruits amène la saison ; Laissons les mots, pensons aux choses : Plaisirs, adieu; salut, raison.

L'âge survient, Tàge nous chasse; Après nous , nos fils vont venir ; Sans regrets de tout ce qui passe , Portons nos yeux vers l'avenir.

Et si quelque image chérie Parfois revient nous émouvoir.

Ne pensons plus qu'à la patrie !...

Regrets, adieu; salut, espoir.

Page 1