CHANSON NAPOLITAINE
Du temps de nos amours,
Ma toute belle , Vous entendiez toujours
Ma ritournelle.
Je comptais vos trésors
Et VOS merveilles ; Vous vous bouchiez alors '
Les deux oreilles.
Je vous disais ceci, Ceci ; cela , mille autres choses ;
Je vous parlais aussi Des lis, des myrtes et des roses.
De vos jardins fleuris
Fermez les portes :
Les myrtes sont flétris ,
Les roses mortes.
L'amour m'a consolé ,
Non pas le vôtre ; Pour un cœur envolé ,
J'en trouve un autre.
Les jours suivent les soirs ,
En ce bas monde; , Vos cheveux sont trop noirs ;
J'aime une blonde.
C'est ici, près de vous, Que j'ai trouvé l'art de lui plaire;
Ses yeux bleus sont plus doux Que votre oeil noir n'était sévère.
Voyez comme sa main
Presse la mienne...
Passez votre chemin;
Dieu vous soutienne !
Elle me plaît ainsi ,
Ne vous déplaise.
En prenez- vous souci?
J'en suis fort aise.
:m GUSTAVE NADAUD.
Eh quoi ! vous douteriez
De ma parole ?
Je crois que vous riez?
Vous êtes folle.
De votre grand pouvoir Vous connaissez mal la mesure ;
Vous allez la savoir, Et, s'il faut qu'ici je le jure.
Je jure devant vous.
Devant Dieu même...
Je jure à vos genoux
Que je vous aime.
LA BLCHE DE XOEL.
Noël ! la bûche est allumée !
Et je suis seul, chez moi, la nuit.
Causons avec le feu, sans bruit,
Porte fermée.
Il peut trouver longs mes discours ; Moi, j'estime les siens trop courts.
Noël ! la bûche est allumée !
Noël ! la bûche est allumée !
0 bûche de Noël , es -tu
Le rameau d'un cèdre abattu
Dans ridumée? Mais non ; je sais bien qu'autrefois Tu fus un chêne dans les bois.
Noël ! la bûche est allumée !
Noël ! la bûche est allumée !
Parle-moi de nos jours heureux :
Tu descends des coteaux ombreux ,
Tout embaumée , Apportant dans notre cité Les parfums du dernier été.
Noël ! la bûche est allumée !
Noël ! la bûche est allumée !
As -tu vu des amants s'asseoir % En attendant l'heure du soir Accoutumée?
Chut! on entend un bruit de pas...
Non : c'est un cerf qui fuit là -bas.
Noël ! la bûche est allumée !
Noël ! la bûche est allumée !
Viendrais-tu pas de la forêt Où , sans se perdre , s'égarait
Ma bien -aimée?
Les vieux chênes reverdiront , La mousse au pied , la feuille au front. Noël ! la bûche est allumée !
Noël ! la bûche est allumée !
Mais toi , tes destins vont finir :
Allez y bonheur et souvenir ,
Gendre et fumée.
Adieu , ma bûche de Noël :
Tout rentre en terre ou monte au ciel. Noël ! la bûche est consumée !
HACADAH.
Il faut que ma colère éclate :
J'ai traversé le boulevard ; Me voilà fait comme un cauard...
Pardon , je crois que je me flatte.
Quel est cet affreux badigeon?
Gomment nommez-vous ce mélange De sable , de pierre et de fange , Qui semble un produit de Dijon ?
Macadam , patron de la boue , Reçois cette chanson d'hiver D'un piéton crotté qui te voue A tous les diables de l'enfer !
Il nous vient de l'Ecosse antique, Ton vieux système recrépi; La banque du Mississipi Sortait de la même boutique.
Pourtant, je dois le confesser, Tu nous fais voir des choses neuves ; Paris a maintenant dix fleuves, Et pas un pont pour les passer !
Macadam , patron de la boue , Reçois cette chanson d'hiver D'un piéton crotté qui te voue A tous les diables de l'enfer !
Quelquefois , le long du rivage , Je chemine, cherchant un gué;
CHANSONS. 3*r
Je vois le peuple triste ou gai Qui tourne ou force le passage.
Les uns marchent sur les talons, Les autres enfoncent leurs pointes ; Et moi , l'œil fixe et les mains jointes , Je me dis : « Il le faut , allons ! »
Macadam , patron de la boue ,
Recois cette chanson d'hiver
D'un piéton crotté qui te voue A tous les diables de l'enfer !
Combien j'ai vu de pauvres dames
Relever leurs jupons bouffants ,
Et dresser leurs petits enfants
A ce métier d'hippopotames !
Puis , quand ils sont au beau milieu ,
Voici les équipages... gare!
Tout s'embourbe dans la bagarre...
Ils sont sauvés , merci , mon Dieu !
Macadam , patron de la bouc , Reçois cette chanson d'hiver D'un piéton crotté qui te voue A tous les diables de l'enfer !
Oui , je le sais , vous êtes riches ,
Vous avez des chevaux de choix,
Et , sans y penser , je le crois ,
Vous éclaboussez les caniches.
Au moins , du haut de vos coussins ,
Regardez en bas , je vous prie ;
Messieurs de la cavalerie ,
Vous oubliez les fantassins.
308 GUSTAVE NÂDAUD.
Macadam , patron de la boue , Reçois cette chanson d'hiver D'un piéton crotté qui te voue A tous les diables de l'enfer !
Si j'étais peintre ou statuaire.
Je représenterais Paris S*élevant seul sur les débris Des vieilles cités de la terre.
Ses traits seraient nobles et beaux , Il aurait le geste suprême ; Son front ceindrait le diadème , Et ses pieds auraient des sabots.
Macadam , patron de la boue , Reçois cette chanson d'hiver D'un piéton crotté qui te voue A tous les diables de l'enfer !
Eh quoi ! je parle de statue ?
C'est la tienne qu'on dressera :
Je la vois , devant l'Opéra , De ton manteau jaune vêtue.
Les cochers et les décrotteurs Te devaient certes cette offrande , Et, sur le socle, je demande A graver ces couplets vengeurs.
Macadam , patron de la boue , Reçois cette chanson d'hiver D*un piéton crotté qui te voue A tous les diables de l'enfer !