‹ ChansonsChapitre 130 sur 201 · CHANSON NAPOLITAINE · texte numérisé non relu

CHANSON NAPOLITAINE

Du temps de nos amours,

Ma toute belle , Vous entendiez toujours

Ma ritournelle.

Je comptais vos trésors

Et VOS merveilles ; Vous vous bouchiez alors '

Les deux oreilles.

Je vous disais ceci, Ceci ; cela , mille autres choses ;

Je vous parlais aussi Des lis, des myrtes et des roses.

De vos jardins fleuris

Fermez les portes :

Les myrtes sont flétris ,

Les roses mortes.

L'amour m'a consolé ,

Non pas le vôtre ; Pour un cœur envolé ,

J'en trouve un autre.

Les jours suivent les soirs ,

En ce bas monde; , Vos cheveux sont trop noirs ;

J'aime une blonde.

C'est ici, près de vous, Que j'ai trouvé l'art de lui plaire;

Ses yeux bleus sont plus doux Que votre oeil noir n'était sévère.

Voyez comme sa main

Presse la mienne...

Passez votre chemin;

Dieu vous soutienne !

Elle me plaît ainsi ,

Ne vous déplaise.

En prenez- vous souci?

J'en suis fort aise.

:m GUSTAVE NADAUD.

Eh quoi ! vous douteriez

De ma parole ?

Je crois que vous riez?

Vous êtes folle.

De votre grand pouvoir Vous connaissez mal la mesure ;

Vous allez la savoir, Et, s'il faut qu'ici je le jure.

Je jure devant vous.

Devant Dieu même...

Je jure à vos genoux

Que je vous aime.

LA BLCHE DE XOEL.

Noël ! la bûche est allumée !

Et je suis seul, chez moi, la nuit.

Causons avec le feu, sans bruit,

Porte fermée.

Il peut trouver longs mes discours ; Moi, j'estime les siens trop courts.

Noël ! la bûche est allumée !

Noël ! la bûche est allumée !

0 bûche de Noël , es -tu

Le rameau d'un cèdre abattu

Dans ridumée? Mais non ; je sais bien qu'autrefois Tu fus un chêne dans les bois.

Noël ! la bûche est allumée !

Noël ! la bûche est allumée !

Parle-moi de nos jours heureux :

Tu descends des coteaux ombreux ,

Tout embaumée , Apportant dans notre cité Les parfums du dernier été.

Noël ! la bûche est allumée !

Noël ! la bûche est allumée !

As -tu vu des amants s'asseoir % En attendant l'heure du soir Accoutumée?

Chut! on entend un bruit de pas...

Non : c'est un cerf qui fuit là -bas.

Noël ! la bûche est allumée !

Noël ! la bûche est allumée !

Viendrais-tu pas de la forêt Où , sans se perdre , s'égarait

Ma bien -aimée?

Les vieux chênes reverdiront , La mousse au pied , la feuille au front. Noël ! la bûche est allumée !

Noël ! la bûche est allumée !

Mais toi , tes destins vont finir :

Allez y bonheur et souvenir ,

Gendre et fumée.

Adieu , ma bûche de Noël :

Tout rentre en terre ou monte au ciel. Noël ! la bûche est consumée !

HACADAH.

Il faut que ma colère éclate :

J'ai traversé le boulevard ; Me voilà fait comme un cauard...

Pardon , je crois que je me flatte.

Quel est cet affreux badigeon?

Gomment nommez-vous ce mélange De sable , de pierre et de fange , Qui semble un produit de Dijon ?

Macadam , patron de la boue , Reçois cette chanson d'hiver D'un piéton crotté qui te voue A tous les diables de l'enfer !

Il nous vient de l'Ecosse antique, Ton vieux système recrépi; La banque du Mississipi Sortait de la même boutique.

Pourtant, je dois le confesser, Tu nous fais voir des choses neuves ; Paris a maintenant dix fleuves, Et pas un pont pour les passer !

Macadam , patron de la boue , Reçois cette chanson d'hiver D'un piéton crotté qui te voue A tous les diables de l'enfer !

Quelquefois , le long du rivage , Je chemine, cherchant un gué;

CHANSONS. 3*r

Je vois le peuple triste ou gai Qui tourne ou force le passage.

Les uns marchent sur les talons, Les autres enfoncent leurs pointes ; Et moi , l'œil fixe et les mains jointes , Je me dis : « Il le faut , allons ! »

Macadam , patron de la boue ,

Recois cette chanson d'hiver

D'un piéton crotté qui te voue A tous les diables de l'enfer !

Combien j'ai vu de pauvres dames

Relever leurs jupons bouffants ,

Et dresser leurs petits enfants

A ce métier d'hippopotames !

Puis , quand ils sont au beau milieu ,

Voici les équipages... gare!

Tout s'embourbe dans la bagarre...

Ils sont sauvés , merci , mon Dieu !

Macadam , patron de la bouc , Reçois cette chanson d'hiver D'un piéton crotté qui te voue A tous les diables de l'enfer !

Oui , je le sais , vous êtes riches ,

Vous avez des chevaux de choix,

Et , sans y penser , je le crois ,

Vous éclaboussez les caniches.

Au moins , du haut de vos coussins ,

Regardez en bas , je vous prie ;

Messieurs de la cavalerie ,

Vous oubliez les fantassins.

308 GUSTAVE NÂDAUD.

Macadam , patron de la boue , Reçois cette chanson d'hiver D'un piéton crotté qui te voue A tous les diables de l'enfer !

Si j'étais peintre ou statuaire.

Je représenterais Paris S*élevant seul sur les débris Des vieilles cités de la terre.

Ses traits seraient nobles et beaux , Il aurait le geste suprême ; Son front ceindrait le diadème , Et ses pieds auraient des sabots.

Macadam , patron de la boue , Reçois cette chanson d'hiver D'un piéton crotté qui te voue A tous les diables de l'enfer !

Eh quoi ! je parle de statue ?

C'est la tienne qu'on dressera :

Je la vois , devant l'Opéra , De ton manteau jaune vêtue.

Les cochers et les décrotteurs Te devaient certes cette offrande , Et, sur le socle, je demande A graver ces couplets vengeurs.

Macadam , patron de la boue , Reçois cette chanson d'hiver D*un piéton crotté qui te voue A tous les diables de l'enfer !

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