LE NID ABANDONNÉ
Dans un jardin du voisinage Deux merles avaient feit leur nid ; Trois œufs furent le témoignage Du doux serment qui les unit.
Je les ai vus sous ma fenêtre , De la pointe à la fin du jour, Couver, trois semaines peutrêtre , L'espoir tardif de leur amour.
Les petits ont vu la lumière ; J'entends leurs cris ; il faut nourrir Cette jeunesse printanière Qu'on craint toujours de voir mourir.
Que de soucis et que de joie ! On ne peut rester endormi :
Sans cesse il faut guetter la proie ; Il faut éviter l'ennemi.
O vertu y tendresse immuable , O soins constants , travaux passés , Par quel amour insatiable Serez-\ous donc récompensés ?
Ce matin , des cris de détresse Dans le jardin ont résonné :
Les merles voletaient sans cesse Autour du nid abandonné.
Sans doute , un épervier rapide , Une couleuvre aux yeux perçants , Ou des enfants , troupe perfide , Auront surpris les innocents?
. Non y dès qu'ils ont senti leurs ailes , Les ingrats ont fui pour toujours, Avides d'amitiés nouvelles, Oublieux des vieilles amours.
Ils vont étaler leur plumage , Voler et chanter dans le ciel , Sans entendre le cri de rage Qui sort du buisson paternel.
A quelles cruelles épreuves Seront soumis les fils ingrats !
L'affection, comme les fleuves, Descend et ne remonte pas.
Allez , enfants , douces chimères , Rêves menteurs qui nous charmez , Vous n'aimerez jamais vos mères Autant qu'elles vous ont aimés.