NUIT D^ETE
La chaleur du jour est calmée ; Viens goûter, ô ma bien -aimée,
La nocturne fraîcheur.
L'air plein de parfums nous enivre ; C'est l'heure où l'on éprouve a vivre
Une extrême douceur.
Regarde : la lune arrondie S'élève comme un incendie .
Au-dessus du coteau ; Elle efQeure le gazon pâle , Et donne des teintes d'opale
Aux murs du vieux château.
Quel silence ! allons sous la voùtc De ces noirs marronniers... Écoute :
Ce bruit... n'entends-tu pas?
Non, c'est le grillon qui s'attarde, La<blanche phalène... Regarde :
Ne vois-tu rien là-bas?
Ne vois-tu pas des formes blanches
Glisser deux par deux sous les branches ,
En se tenant ainsi?
Inclinons-nous , ce sont les âmes Des seigneurs et des nobles dames
Qui s'aimèrent ici.
Oh ! qu'ils sont pâles , les ancêtres ! Un jour pourtant de nouveaux maîtres
Les auront à leur tour , Ces mystérieuses allées , Ce château , ces nuits étoilées ,
Et ces fièvres d'amour.
Âh ! si , pour un dessein semblable , Ils vont, à l'heure favorable.
Par le même chemin , S'ils se penchent au pied d'un arbre, Pareils à des groupes de marbre ,
Et la main dans la main ,
Que , touchés de notre prière , Ils daignent jeter en arrière
Un regard attristé ; Ils verront passer nos deux ombres. Blanches sous les marronniers sombres ,
Par une nuit d'été.