‹ ChansonsChapitre 137 sur 201 · NUIT D^ETE · texte numérisé non relu

NUIT D^ETE

La chaleur du jour est calmée ; Viens goûter, ô ma bien -aimée,

La nocturne fraîcheur.

L'air plein de parfums nous enivre ; C'est l'heure où l'on éprouve a vivre

Une extrême douceur.

Regarde : la lune arrondie S'élève comme un incendie .

Au-dessus du coteau ; Elle efQeure le gazon pâle , Et donne des teintes d'opale

Aux murs du vieux château.

Quel silence ! allons sous la voùtc De ces noirs marronniers... Écoute :

Ce bruit... n'entends-tu pas?

Non, c'est le grillon qui s'attarde, La<blanche phalène... Regarde :

Ne vois-tu rien là-bas?

Ne vois-tu pas des formes blanches

Glisser deux par deux sous les branches ,

En se tenant ainsi?

Inclinons-nous , ce sont les âmes Des seigneurs et des nobles dames

Qui s'aimèrent ici.

Oh ! qu'ils sont pâles , les ancêtres ! Un jour pourtant de nouveaux maîtres

Les auront à leur tour , Ces mystérieuses allées , Ce château , ces nuits étoilées ,

Et ces fièvres d'amour.

Âh ! si , pour un dessein semblable , Ils vont, à l'heure favorable.

Par le même chemin , S'ils se penchent au pied d'un arbre, Pareils à des groupes de marbre ,

Et la main dans la main ,

Que , touchés de notre prière , Ils daignent jeter en arrière

Un regard attristé ; Ils verront passer nos deux ombres. Blanches sous les marronniers sombres ,

Par une nuit d'été.

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