L'IMPROVISATEUR DE SORRENTE
Un improvisateur, par un beau soir d'été , Passait au bord du golfe où se baig[ne Sorrente. La foule l'entoura , nombreuse et turbulente ; Il prit donc sa guitare et chanta. J'écoutai Sa voix mâle et vibrante.
Que vous chanterai-je ce soir?
Si quelq^i'un désire savoir . Qui me retient en son pouvoir, Je dirai que c'est une biiine.
Sa lèvre est un matin vermeil , Sa joue un printemps au réveil; Elle a tout l'éclat du soleil , Avec la pâleur de la lune.
Son front se perd dans les sommets Où la neige ne fond jamais , Et, pour les baiser, tu te mets Sous ses pieds , ô mer azurée !
Venise, Milan et Turin Sont les trois perles de Técrin Qui lui font un collier d'airain ; Et Rome , la %'ille sacrée ,
Rome est son cœur; le sentez-vous?
Mettez-lui la main sur le pouls , Et vous jugerez à ses coups De la fièvre qui la tourmente.
Mais sa volupté, la voilà :
Naples, Naples, saluez-la!
Versez le vin de Marsala Dans la coupe de mon amante !
Elle chante comme Toiseau;
La grâce naît sous son pinceau ;
Elle sacre avec le ciseau
Les blocs arrachés de la fange.
Ses vierges descendent du ciel
Dire la gloire d'Israël ;
Sa douceur a nom Raphaël ,
Et sa puissance Michel-Ange.
Et je me dis avec effroi :
•Fût-il prince, empereur ou roi, Qui donc serait digne de toi , O ma fiancée immortelle?
Et le Vésuve seulement Répond par son tressaillement; Un douloureux enfantement Se prépare en sa citadelle.
Oh ! quelle sinistre rougeur, Fjorsque viendra le jour vengeur,
GHAr^SOr^S. 331
Et que le fleuve voyageur Versera sa lave écumante !
Quand la foudre aura retenti , Peuple, tu seras averti.
Versez le Lacryma-christi Dans la coupe de mon amante !
Le chanteur s'arrêta; la foule, avec terreur. Écoutait.... écoutait.... Mais une ritournelle Arriva jusqu'à nous , et le peuple inBdèle Oublia l'Italie et le pauvre chanteur Pour une saltarelle !