‹ ChansonsChapitre 142 sur 201 · L'IMPROVISATEUR DE SORRENTE · texte numérisé non relu

L'IMPROVISATEUR DE SORRENTE

Un improvisateur, par un beau soir d'été , Passait au bord du golfe où se baig[ne Sorrente. La foule l'entoura , nombreuse et turbulente ; Il prit donc sa guitare et chanta. J'écoutai Sa voix mâle et vibrante.

Que vous chanterai-je ce soir?

Si quelq^i'un désire savoir . Qui me retient en son pouvoir, Je dirai que c'est une biiine.

Sa lèvre est un matin vermeil , Sa joue un printemps au réveil; Elle a tout l'éclat du soleil , Avec la pâleur de la lune.

Son front se perd dans les sommets Où la neige ne fond jamais , Et, pour les baiser, tu te mets Sous ses pieds , ô mer azurée !

Venise, Milan et Turin Sont les trois perles de Técrin Qui lui font un collier d'airain ; Et Rome , la %'ille sacrée ,

Rome est son cœur; le sentez-vous?

Mettez-lui la main sur le pouls , Et vous jugerez à ses coups De la fièvre qui la tourmente.

Mais sa volupté, la voilà :

Naples, Naples, saluez-la!

Versez le vin de Marsala Dans la coupe de mon amante !

Elle chante comme Toiseau;

La grâce naît sous son pinceau ;

Elle sacre avec le ciseau

Les blocs arrachés de la fange.

Ses vierges descendent du ciel

Dire la gloire d'Israël ;

Sa douceur a nom Raphaël ,

Et sa puissance Michel-Ange.

Et je me dis avec effroi :

•Fût-il prince, empereur ou roi, Qui donc serait digne de toi , O ma fiancée immortelle?

Et le Vésuve seulement Répond par son tressaillement; Un douloureux enfantement Se prépare en sa citadelle.

Oh ! quelle sinistre rougeur, Fjorsque viendra le jour vengeur,

GHAr^SOr^S. 331

Et que le fleuve voyageur Versera sa lave écumante !

Quand la foudre aura retenti , Peuple, tu seras averti.

Versez le Lacryma-christi Dans la coupe de mon amante !

Le chanteur s'arrêta; la foule, avec terreur. Écoutait.... écoutait.... Mais une ritournelle Arriva jusqu'à nous , et le peuple inBdèle Oublia l'Italie et le pauvre chanteur Pour une saltarelle !

Page 1